Avis de coup de vent

«En toute chose, il faut considérer la fin.» Jean de la Fontaine

Toute personne douée de raison devrait méditer cette profonde pensée qui avait été reprise par le poète de la tradition française pour servir de moralité à sa célèbre fable Le Renard et le Bouc.: du simple consommateur au plus puissant des décideurs. C'est en visionnant une série télévisée consacrée aux rois de France, que j'ai relevé cette édifiante idée: tout roi doit se soucier du bien-être de ses sujets. Mais c'est l'action du décideur en politique et en économie qui doit retenir toute l'attention, puisqu'elle engage tout un pays où vit une nombreuse population. Il doit faire preuve de circonspection, car toutes les initiatives prises peuvent avoir des conséquences irréversibles sur une catégorie de gens qui n'ont pas voix au chapitre. S'il est vrai que toute décision prise engage le futur de toute personne, chacun devrait tourner sept fois (ou plus) l'idée dans sa tête, avant de concrétiser un quelconque projet. Que ce soit pour le mariage, la construction d'une maison ou l'achat d'un équipement, toutes les éventualités devraient être envisagées par celui dont le portefeuille aura à supporter toutes les conséquences de son acte. Evidemment, nous passerons vite sur le mariage, acte essentiel qui modifie toute une vie ou sur la construction d'une maison qui peut mobiliser l'attention d'un agent économique pendant une grande partie de son existence, pour nous arrêter sur l'achat des équipements d'un ménage.
Si elle est susceptible d'augmenter le confort d'une famille, l'acquisition d'équipements électroménagers ou de véhicules privés mobilise les ressources d'un ménage, aussi bien pour l'achat que pour l'entretien. Quand les ressources d'un ménage sont insuffisantes pour un règlement de l'achat au comptant, il a recours au crédit, c'est-à-dire à l'endettement, à une spéculation sur ses ressources futures. Si les institutions étatiques ou non, en tirent un bénéfice financier (taxes, assurances, intérêts) le consommateur, lui, en sort lessivé. Mais il doit se résigner puisqu'il n'a pas d'autre alternative pour régler ses problèmes de transport ou de vie tout court.
L'encouragement au crédit décidé, pendant la période des vaches grasses, par des gouvernements soucieux de redistribuer d'une manière discutable la richesse, grâce à un baril de pétrole au prix fort, sans que soit menée en parallèle une politique d'industrialisation, a permis à une myriade d'importateurs de prospérer: voitures, appareils électroménagers, meubles, sont à la portée des bourses les plus modestes, cibles faciles du surendettement! Alléchés par l'acquisition facile, des ménages se laissent entraîner vers un gouffre sans fin. Un vrai tonneau des Danaïdes! Cependant, si la politique du tout-importé et de la désindustrialisation a compromis le développement du pays, la pente glissante peut être remontée par une prise de conscience patriotique et par des correctifs rigoureux. Par contre, dans l'affaire de l'exploitation du gaz de schiste, le défi est beaucoup plus important et les enjeux sont vitaux pour une région dont la seule richesse n'est pas soumise à l'influence de Wall Street ou au chantage des braconniers d'outarde: l'eau, qui a mis des siècles à se concentrer en certains points et qui a permis à des générations de survivre. Survivre, est le mot qui convient à ceux qui ne sont concernés par aucune rente. La tempête soulevée ces derniers jours, aura-t-elle un impact sur ces mêmes acteurs politiques qui décident un jour «pour» et un jour «contre». Un éventuel changement d'attitude est-il à mettre sur le compte de la météo économique?