Equilibres

«Timeo Danaos et dona ferentes» «Je crains les Grecs et les cadeaux qu'ils nous font.» Virgile

Il faut se méfier des transferts technologiques que le Nord accorde au Sud. Au XIXe siècle, les nations européennes, profitant du développement industriel que leurs richesses naturelles et leur science leur ont permis, n'ont pas hésité à détruire de grands empires comme ceux de l'Inde et la Chine pour pouvoir développer leurs marchés.
Quand a sonné l'heure des indépendances et des ambitions nationales, ces mêmes pays du Nord, se sont délestés de leurs industries polluantes pour les refiler à ces nations surpeuplées où la pléthore de main-d'oeuvre à bon marché permet des dividendes exceptionnels aux investisseurs.
Depuis, les rapports de force n'ont guère changé: les pays du Nord maîtrisent les industries de pointe et les pays du Sud sont confrontés aux douloureux problèmes générés par la pollution. La question est encore plus dramatique dans les pays qui vivent les déficits structurels inhérents au régime de la rente minière, où le fossé qui se creuse entre riches et pauvres, sépare encore plus dramatiquement les qualités de vie des nantis et des démunis.
Il n'y a qu'à regarder les quartiers riches et les quartiers pauvres pour se rendre compte que les chances de survie ne sont pas les mêmes pour les uns et les autres.
Les progrès industriels ont engendré un inconvénient majeur pour l'humanité: la pollution. Elle affecte tous les environnements et toutes les aires où s'effectuent les activités humaines. L'eau, l'air, la terre portent les stigmates d'une industrialisation sauvage, dont le but principal est la rentabilité.
Quand l'homme a pris conscience des effets néfastes de son activité, il est déjà trop tard. C'est dans les années 1960 que les observateurs ont pu observer les signes inquiétants de la pollution. Un court métrage tourné au Japon, La maladie de Minamoto, montre des enfants souffrant de malformations congénitales dues à l'accumulation de métaux lourds, comme le plomb et le mercure, dans l'organisme humain.
L'homme, se situant en haut de la chaîne alimentaire, absorbe toutes les pollutions fixées dans les organismes des animaux dont il se nourrit. Il faut préciser que la baie de Minamata recevait tous les rejets chimiques des industries avoisinantes.
Depuis, les pays développés ont essayé d'apporter des solutions à leurs industries: ils se sont débarrassés des industries polluantes en les délocalisant vers les pays du tiers-monde qui rêvaient, depuis longtemps, du transfert de technologie: ce transfert a causé beaucoup de drames, comme la célèbre tragédie de Bhopal (Inde).
Pour d'autres industries plus stratégiques, les pays développés ont multiplié les filtres dans les usines ou les stations d'épuration. Ils ont même supprimé certaines matières, comme l'amiante, dont les effets nocifs se font encore sentir chez ceux qui ont travaillé dans les usines de fibrociment.
Cependant, les choix d'énergie, la multiplication de stations d'épuration où les précautions de fabrication ne sauraient suffire, puisqu'à l'horizon se profilent déjà les effets inconnus des OGM qui sont déjà imposés à certains pays du tiers monde, dont les administrations, corrompues ou non, ne peuvent s'opposer aux pressions des industries agroalimentaires américaines qui ont le monopole de cette nouvelle arme de la famine.
Après le transfert des pollutions, les pays du tiers-monde risquent de voir leur environnement profondément affecté par des cultures que certains pays européens refusent.
Demain, les régions touchées par les nouveaux modes d'exploitation minière, connaîtront peut-être leur Minamata et leur Bhopal.