Embargos

«Le corps enferme l'esprit dans une forteresse; bientôt la forteresse est assiégée de toutes parts et il faut à la fin que l'esprit se rende.» Marcel Proust

Dans les régimes où les responsables politiques sont censés oeuvrer pour le bien- être des citoyens, la pénurie était chose courante. On ne saura jamais si ces pénuries récurrentes étaient le revers obligatoire de la médaille de la politique sociale, si elles découlaient de l'incompétence des dirigeants ou bien si c'était l'arme absolue pour occuper le peuple... L'arme économique a été toujours utilisée entre adversaires ou belligérants. Elle précède ou va en parallèle avec l'affrontement armé qui demeure la solution finale...
Jadis, il suffisait d'accaparer l'eau, d'en barrer l'accès au type d'en face pour décider de l'issue d'un conflit. En d'autres temps, c'est le siège d'une ville ou le blocus de tout un pays qui pourrait avoir un certain poids dans le rapport des forces opposées. Les plus fins font des ententes secrètes avec des fournisseurs de matières essentielles pour affamer, étrangler l'ennemi ou créer une pénurie qui engendrera sans doute une situation de crise capable de déstabiliser le régime en place. Croyant venir à bout de la perfide Albion, Napoléon lui imposa un long embargo: c'était sans compter sur les ressources de la famille Rothschild qui vint au secours de la royale couronne et finança toutes les campagnes contre l'empereur français. Avant Jésus-Christ et bien avant Dieudonné, Napoléon fut lui aussi victime du lobby juif qui n'avait pas encore pris la teinte du sionisme. De nos jours, on a assisté à un embargo qui a duré plus de quarante-trois ans: c'est celui décidé par la Maison-Blanche contre Cuba, coupable d'avoir nationalisé les entreprises, les casinos et les plantations appartenant aux Américains. Cet étau handicape cruellement l'économie cubaine, surtout depuis la disparition de l'Urss: les sociétés qui traitent avec le régime castriste n'auront pas accès à l'énorme marché américain. L'appel d'Obama au Congrès pour la levée de cet inhumain embargo est peut-être la plus importante décision politique après le démantèlement des bases américaines de lancement de fusées en Turquie, aux frontières de l'Urss. C'était juste la partie cachée de la crise des fusées soviétiques à Cuba. Un autre embargo, plus cruel celui-là, décidé par les Nations unies sous la férule du gendarme américain, fut appliqué d'une manière incomplète certes, mais affecta durement et la population irakienne et la capacité de résistance de l'Etat irakien.
Ailleurs, on a vu la prise en otage des biens de certains Etats ou de leurs personnalités politiques, par les pays occidentaux. Les dictateurs du tiers-monde, étant donné l'instabilité politique qui prévalait sous les tropiques, et en prévision des vieux ou des mauvais jours, avaient tous ou presque pris la précaution de se constituer une cagnotte conséquente et des résidences sur les bords de la Loire, du Léman ou sur la Côte d'Azur, des séjours de prédilection pour les âmes chagrines. On a vu dans le passé, le bras de fer qui a opposé le régime de l'ayatollah et la Maison-Blanche sur la fortune du shah. Cela s'est soldé par une prise en otage du personnel de l'ambassade US à Téhéran et des négociations assez longues où l'Algérie, avec Mohamed-Seddik Benyahia, a brillé. Evidemment, le commun des mortels ne saura jamais les aboutissants de ces tractations. La fortune des dictateurs étant toujours un sujet qui intéresse l'opinion publique, la presse progressiste n'avait pas manqué d'en faire son cheval de bataille quand il fallait accélérer la chute de Mobutu: sa fortune extérieure équivalait à la dette extérieure du Zaïre!
On se souvient tous de la campagne sans merci menée par l'Union européenne contre Ceausescu: outre les cadavres de la sinistre mise en scène de Timisoara, on lui avait prêté une fortune suisse. Une fois mort, il fut révélé qu'il ne possédait pas un lei. Hier encore, des journaux ont accusé le leader maximo, Fidel Castro, de posséder un milliard de dollars à l'étranger. Ce qui a fait sortir de ses gonds le vieux combattant. Mais le plus injuste fut l'embargo décrété par l'Occident contre les Palestiniens, coupables d'avoir choisi démocratiquement à Ghaza un gouvernement Hamas.