Eveil

«Il y a deux histoires: l'histoire officielle, menteuse, puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements.» (Honoré de Blazac)

«Tous les grands écrivains qui ont surmonté leur pudeur, ont tourné leurs regards vers leur tendre jeunesse et ont saisi avec justesse, le moment où ils ont cessé de prendre les vessies pour des lanternes. Et je crois qu'il faut toujours revenir à la biographie de Si Abdelhamid pour pouvoir produire un discours aussi cohérent que possible: sa vie de militant a débuté au lycée où coexistent les enfants des deux communautés que tout oppose. Etant issu d'une famille aisée, on peut se demander quel a été l'élément déclencheur de la précoce prise de conscience chez l'individu. Est-ce par solidarité avec ses camarades moins fortunés qui vivent leur pauvreté comme une insulte à leur indignité, alors que les enfants pieds-noirs ignorent la gêne ou la pénurie? Est-ce à cause d'un enseignement ajusté sur mesure à l'histoire d'une métropole qui paraît si lointaine aux yeux des petits indigènes? Je me demande toujours pourquoi les programmes de l'enseignement correspondent toujours aux objectifs du régime en place, dont les porte-paroles ne ratent pas une occasion pour louer les bienfaits et la supériorité de l'objectivité et de l'esprit scientifique, nécessaire à la lutte contre l'obscurantisme? Je ne reviendrai pas sur le fameux «Nos ancêtres, les Gaulois...» qui ornait nos tableaux noirs, tracé avec une calligraphie parfaite par des mains qui n'ont jamais tremblé devant un tel mensonge. Je me suis surpris à sourire si nos homologues d'Afrique noire recevaient avec le même aplomb ces pieux mensonges destinés à former une France unie, mais pas solidaire. Je profite d'ailleurs de cette parenthèse pour rendre hommage à Assia Djebar qui n'a pas manqué de relever cette ineptie dans son discours de réception à l'Académie française. Il n'y a rien de plus frustrant que de se voir absent dans les cours d'histoire ou d'explications de textes: nous avons tout appris sur la vie quotidienne des Grecs, des Romains, des Gaulois, des Francs, des Normands. Nous avons appris un nombre incalculable d'anecdotes qui ont fait la grandeur des rois européens...L'épopée arabe est vécue en accéléré comme une malheureuse parenthèse. Pffft, en quelques lignes, sept siècles d'histoire passent à la trappe! Pour l'histoire de l'Afrique du Nord, ce n'est qu'un grand trou noir qui ne s'éclaire qu'avec la venue des multiples civilisateurs venus répandre la bonne parole aux populations étourdies par les effets d'un soleil léthargique.
Les Berbères, ils n'existent pas! Et ce qui est drôle, c'est que même le régime bâathiste qui a pris ses sources à El-Azhar sera victime du même déni! Les Berbères? Ce sont des Arabes venus du Yémen et qui auraient oublié leur langue d'origine... Et pourtant, saint Augustin mérite une bonne place dans l'histoire, autant que Voltaire ou Ibn-Khaldoun.... Si les Français ont commis la fatale erreur d'enseigner dans le détail les principes et les fondements de la Révolution de 1789 et dont les arguments seront repris à la lettre par tous les hérauts et tribuns du Mouvement national, avant d'inspirer les destructeurs d'idoles, les bâathistes n'avaient que les splendeurs andalouses à faire briller aux yeux d'une jeunesse avide de reconnaissance.
C'est quand même un comble que l'histoire des peuples du Maghreb ne soit enseignée qu'à la lumière de leurs envahisseurs: l'histoire des dynasties berbères d'Ibn Khaldoun sera remisée dans les Archives réservées aux chercheurs et érudits tandis que sa Muqqadima sera portée aux nues... Le Maghreb central restera à jamais le repaire favori des pillards, des pirates et, dans le meilleur des cas, des bandits d'honneur... C'est cette marginalisation physique et théorique qui peut produire le déclic salutaire chez tout individu doué d'un raisonnement logique.»