Dates symboles

«Les dates exactes et les litres de sang sont des querelles d'historiens.» Anonyme

Les dates sont des productions intellectuelles de l'esprit humain faites pour fertiliser la mémoire. Se souvenir, c'est apprendre et c'est comprendre surtout les faits historiques pour mieux gérer le présent et l'avenir. Il y a des journées qui sont ainsi marquées du sceau fatidique de l'Histoire pour un peuple déterminé, et certaines le sont pour deux peuples que la géographie et l'histoire ont unis pour le meilleur et pour le pire. L'habileté et le talent d'un homme politique, se mesurent à la capacité d'exploiter ces précieux repères, que sont les dates marquées par des évènements historiques d'une grande portée. Et le mois de février est, on ne sait pas pourquoi (mais les coupeurs de cheveux en quatre nous l'expliquerons peut-être un jour...), assez riche en événements dignes de célébration, à plusieurs titres. Jusqu'à 1971, le 24 Février était surtout connu et célébré pour avoir été le jour où Aïssat Idir et ses compagnons ont fondé le syndicat Ugta pour servir de bras ouvrier au mouvement libérateur et pour remplacer le seul syndicat fantoche alors toléré par les forces coloniales: F.O.
C'était l'occasion pour les responsables du pouvoir d'alors, de faire de longues dissertations sur la portée d'un tel événement, sans s'étendre sur la biographie du fondateur en chef et sur les conditions atroces de sa mort en détention. On ne parlait jamais de l'Usta, centrale créée par les messalistes le 20 février 1956, pour la bonne raison que Messali n'existait plus dans l'Histoire officielle... Mais c'est Boumediene, communicateur en chef, qui saura redonner à cette date la dimension que ses objectifs politiques et sociaux lui assignaient. En effet, la nationalisation entière des hydrocarbures, outre qu'elle redonnait plus de vigueur à une souveraineté nationale qui s'affermissait chaque jour un peu plus, jetait une projection précise des buts du pouvoir d'alors, qui se définissait comme révolutionnaire: les dividendes politiques étaient pour les responsables politiques et les bénéfices matériels étaient destinés à améliorer le quotidien de la masse de main-d'oeuvre qui était alors logée à mauvaise enseigne.
Le capital qui serait amassé grâce à l'exploitation des richesses minières nationales, devait servir à l'implantation d'une industrie que le colonialisme n'a pas voulu créer en 132 ans d'occupation et d'exploitation. On vivra hélas, les tristes jours où les successeurs de Boumediene, tourneront le dos à cette ambition nationale qui aurait pu retenir beaucoup de jeunes chez eux, et ont préféré gaspiller un trésor non renouvelable dans l'importation de gourmandises et de produits de luxe. Il semble à présent que le pays vit toujours sur cette lancée qui le rend chaque année plus dépendant de l'importation, et qu'aucun signe visible ne semble indiquer une quelconque volonté de mettre un frein à cette course vers l'abîme. L'avalanche de coups bas dont a été victime la société chargée d'encadrer l'exploitation des ressources gazières et pétrolières, n'est que le corollaire d'une politique aveugle, dont l'unique but fut un pillage éhonté, mené tous azimuts par des escrocs internationaux. Donc, il faut saluer comme il se doit, cet éveil salutaire qui a voulu marquer cette date commémorative par l'ouverture d'un des procès qui tenteront (on sait que les voies de la justice sont incertaines même si elles sont pénétrables) de faire la lumière sur cette scabreuse et ténébreuse affaire.