La Commedia dell' arte

«Pour être juste dans la comédie, il faut d'excellents partenaires.» Fanny Ardant

C'est l'Italie qui peut se prévaloir d'être le berceau de beaucoup de formes d'expression artistique. C'est à elle que l'on doit surtout le théâtre populaire, plus connu sous le nom de Commedia dell'arte. Ses personnages sont des caricatures d'autres héros du théâtre classique. Verlaine les a immortalisés dans un poème qui décrit l'intrigue simpliste de la farce que jouent des acteurs rôdés aux fantaisies excessives propres aux méridionaux.
Cette tradition populaire a permis l'éclosion d'un théâtre et d'un cinéma qui ont su exploiter toutes les situations burlesques où aucun personnage de la société n'est épargné: carabiniers, juges, médecins, hommes politiques... Mais qu'on ne s'y méprenne pas, dans la vie réelle, la justice italienne est féroce: elle se donne toujours les moyens de mettre de la lumière sur des affaires qui paraissent ténébreuses sous d'autres cieux et les nombreux présidents du Conseil qui ont eu affaire à elle peuvent en témoigner. Le procès qui va s'ouvrir bientôt à Milan à la demande des procureurs milanais possède tous les ingrédients à scandales qui risquent d'éclabousser l'autre rive de la Méditerranée où l'on s'attend à une série de procès qui mettront en relief, si tout se passe normalement, toutes les défaillances de gestion. C'est un véritable drame que les acteurs joueront sur scène sous la lumière aveuglante des projecteurs d'une accusation qui a utilisé tous les moyens légaux pour boucler son enquête. Ce qui se passe en coulisse n'aura aucun effet sur les répliques: d'ailleurs, les souffleurs sont en grève...
Les défaillances de gestion furent-elles sciemment voulues ou ne sont-elles que l'expression du système du parti unique? Hier, déjà, le procès de l'une des caisses de la banque Khalifa avait mis à nu non seulement les failles du système bancaire algérien, les faiblesses des mécanismes ou l'absence des appareils de contrôle des opérations financières, mais encore il avait exposé à ciel ouvert le manque de rigueur dans le travail des uns et des autres. Ce laisser-aller volontaire, complice ou à mettre au compte de l'ignorance ou de l'intelligence de certains fonctionnaires ou employés, ne fait que conforter ceux qui n'ont cessé de dénoncer le système depuis le second été de la discorde, quand d'éminents hommes de la Résistance nationale ont claqué la porte des institutions mises en place, pour ne pas participer au système du parti unique. Comment en est-on arrivé là? Quand un groupe d'individus croient avoir raison plus que d'autres, qu'ils sont plus patriotes et qu'ils sont infaillibles. La raison du plus fort est toujours la meilleure. C'est ainsi qu'à peu d'exceptions près, ce sont toujours les mêmes gabarits de personnages que nous voyons défiler aux postes de responsabilité. Quand les caciques succèdent aux caciques, comment empêcher alors les trafics d'influence qui s'instaurent dans un appareil administratif bureaucratique où le mode de recrutement fut longtemps dominé par un article 120 encore pas né. Comment expliquer alors qu'un modeste fonctionnaire au salaire modeste et qui s'est présenté à la barre de ce procès à retentissements, puisse justifier le patrimoine immobilier qu'il détient? Il faudrait à un salarié moyen économiser une partie de son salaire intégral depuis la prise de la smala d'Abdelkader pour arriver à un tel résultat. Moralité: pierre qui roule n'amasse pas mousse. Conclusion, ceux qui ont roulé les autres avec des discours lénifiants, ont eu toute latitude et toutes les complicités pour se faire une place au soleil. Comme le soleil ardent d'ici ne leur suffisait pas, ils ont tout fait pour bénéficier d'une autre place au soleil plus tempérée chez l'ancienne puissance coloniale. Ce qui revient à dire, en définitive, que s'il y avait eu une démocratie avec alternance au pouvoir, les responsables feraient vite, au péril de leurs postes, la différence entre servir et se servir. On aurait, bien entendu, connu de tels procès plus tôt, et les dommages économiques seraient moindres. Car personne n'a définitivement raison. Et il ne restera de l'oued que ses pierres et du gaz, que le schiste fracturé et des comptes en Suisse...