Terre promise

«La terre promise: par qui?» Kurzas «Le peuple élu: par qui?» Mirou

Est-ce que c'est parce que c'est le mois de mars ou bien est-ce parce que les agences d'information n'ont rien à nous mettre sous la dent (pas de massacre spectaculaire à l'horizon, un scandale financier supérieur a celui qui a causé le krach boursier lié aux subprimes, de nouveaux manuscrits de la mer Morte à l'Est d'Eden..., enfin quelque chose qui nous pousserait à surfer fiévreusement sur Internet pour découvrir le pourquoi du comment) pour nous proposer une avalanche d'informations sur la planète Mars, notre plus proche voisine. Il y a bien longtemps que ce caillou de l'espace a excité l'impuissante curiosité des habitants cloués sur la planète bleue. La taille, le changement de couleurs dont se pare la planète rouge, dû sans doute aux saisons successives qui donnent le fol espoir d'une existence de vie à un paysage qui paraît au premier abord figé, mais dont l'orogenèse parait semblable à celle de la Terre. Mars est une planète tellurique, comme le sont Mercure, Vénus et la Terre, environ dix fois moins massive que la Terre, mais dix fois plus massive que la Lune. Sa topographie présente des analogies aussi bien avec la Lune, à travers ses cratères et ses bassins d'impact, qu'avec la Terre, avec des formations d'origine tectonique et climatique telles que des volcans, des rifts, des vallées, des mesas, des champs de dunes et des calottes polaires. La plus grande montagne du système solaire, Olympus Mons (qui est aussi un volcan bouclier), et le plus grand canyon, Valles Marineris, se trouvent sur Mars. Mars a aujourd'hui perdu la presque totalité de son activité géologique interne, et seuls des événements mineurs surviendraient encore épisodiquement à sa surface, tels que des glissements de terrain, sans doute des geysers de CO2 dans les régions polaires, peut-être des séismes, voire de rares éruptions volcaniques sous forme de petites coulées de lave. Les dernières hypothèses concernent une hypothétique existence de l'eau sur la planète: les calottes glaciaires et le ravinement laissé par l'écoulement d'un liquide sur les pentes des reliefs font rêver les chercheurs et laissent espérer une possibilité de survie sur une planète dépourvue d'atmosphère, donc d'oxygène. Et les plus fantastiques scénarios ne cessent de s'écrire sur les bureaux des férus de science, des fanatiques de science-fiction et autres rêveurs lassés de la morne quotidienneté terrestre. Si certains pensent que la planète rouge a perdu une grande partie de son eau dans l'espace, par simple évaporation, les plus optimistes aiment à croire que des richesses hydriques sont tapies sous la couverture désertique, comme ces nappes fossiles vieilles de 100.000 ans, qui parsèment l'aride Sahara. Alors, cette perspective met l'eau à la bouche des aventuriers avides de grandes découvertes et d'explorations de mondes inconnus: si l'eau existe, la vie peut exister. Alors, ils préparent des scénarios sur une possible colonisation de Mars, sur une future exploitation de richesses minières (qui dit colonisation dit exploitation). Des scénarios dignes d'Exodus sont proposés aux agences spatiales des grandes puissances, avec en perspectives des dividendes incommensurables. Et si les Martiens existaient? Subiraient-ils le sort des Amérindiens victimes d'un génocide irréversible, seront-ils transformés en esclaves pour l'exploitation des mines et seront-ils les premières victimes d'un nouveau commerce triangulaire? Et si les colons de Mars faisaient sécession et proclamaient leur indépendance vis-à-vis de la métropole? Déposséderont-ils les Martiens comme les Palestiniens ont été spoliés de leur patrie et seront-ils parqués dans un immense camp de concentration plus grand que Ghaza? Verront-ils des murs se dresser en lieu et place des canaux qui rident la planète? Seront-ils victimes de l'indifférence de l'ONU galactique? Une censure sans nom frappera-t-elle tous ceux qui essaieront de les défendre? Y aura-il un mur des Lamentations où des hommes en tresses viendraient gémir leurs
litanies pour justifier l'injustifiable holocauste? Ou alors, dans le meilleur des cas, le peu d'eau qui existerait sur Mars, servirait-il à fracturer le schiste gazier?