Chambre à part

«La chambre des députés, la moitié sont bons à rien. Les autres sont prêts à tout.» Coluche

Dernièrement, je faisais malicieusement (ou du moins, je le croyais), référence à l'Italie comme source de culture, d'art et de civilisation. On ne finira jamais de s'extasier devant les réalisations des hommes issus de ce peuple qui a illuminé la Méditerranée pendant des siècles, imposant leurs lois, leurs dieux, leurs coutumes et leur paix armée. On ne peut s'empêcher d'ajouter à leur génie, la création d'une maffia qui s'est distinguée sur plusieurs continents et dont les ramifications empruntent des chemins impénétrables. Cette tache noire qui rend suspect tout marché ou tout jugement en cours dans la péninsule ou dans les territoires qui lui sont associés, ne saurait faire oublier que la littérature et le cinéma italiens sont une source inépuisable pour les amateurs de situations comiques. Les premiers auteurs latins avaient déjà inventé les diverses formes de ce théâtre qui fut d'abord muet: la mime et la pantomime. Les gestes et les mimiques suffisaient à des acteurs expérimentés et rôdés pour faire passer leur message à des spectateurs venus se défouler pour se venger d'un pouvoir dictatorial. Cette longue expérience de dictatures, depuis l'Empire jusqu'à Mussolini en passant par la papauté, a rendu le discours politique non crédible auprès des citoyens, enfin du moins ceux qui ne croient plus au Père Noël. C'est ainsi que la grande majorité des oeuvres littéraires italiennes porteront le sceau de la satire sociale ou politique, ne ménageant aucune institution, sacrée ou profane. La profusion dans la création artistique permettra à de nombreux talents de s'exprimer et de connaître une renommée internationale grâce à une production de qualité: les Toto, De Sica, Manfredi, Sordi, Gassmann, Begnini, sont des labels de qualité.
Le manque de sérieux prêté à la chose politique a atteint son point culminant quand, une célèbre actrice du cinéma porno, la Cicciolina, s'est portée dès 1979, candidate aux élections législatives sur la liste du parti des Verts, la Ligue du Soleil. Ce ne sera qu'en 1987 qu'elle obtiendra un siège au Parlement où elle continuera à militer contre le nucléaire, contre la famine dans le monde et pour les droits de l'homme: ce qui ne l'empêchera pas de continuer une vie professionnelle bien remplie, si j'ose m'exprimer ainsi. Mais c'est l'acteur comique Beppe Grillo qui se distinguera de plus en plus pour ses attaques contre un corps politique italien miné par les nombreux scandales de corruption. Eloigné de la télévision, il créera par le biais de la presse écrite et d'Internet un mouvement pour l'épuration des chambres parlementaires et européennes. Sa proposition était toute simple: interdire la réélection de députés condamnés d'une manière définitive dans des scandales financiers. Les nombreuses tracasseries judiciaires ne le découragèrent point et il continua son combat donquichottesque contre la banque, le Vatican et Berlusconi. Son succès fit monter son parti à la deuxième place dans le paysage politique italien. Faut-il mettre au compte de celui qui lutte pour la transparence dans la gestion ce geste, ô combien majestueux, des députés du Mouvement cinq étoiles (M5S), fondé par l'ancien comique Beppe Grillo, qui s'étaient engagés en 2013 à restituer à l'Etat une partie de leurs salaires et indemnités perçus en tant que parlementaires? «Chaque membre de la chambre des députés et du Parlement de Bruxelles, appartenant à ce parti politique italien de l'opposition, avait promis de renoncer à 1000 euros par mois, au moins, au profit d'un fonds d'aide aux jeunes entrepreneurs. Accusés par leurs collègues des autres partis de s'adonner à un discours démagogique, voire populiste, ces derniers ont prouvé, deux ans après, qu'ils étaient sérieux dans leur démarche. Il faut dire que le Parti démocrate de gauche (PD) au pouvoir avait fait une promesse similaire lors de sa campagne électorale, mais ne l'a pas tenue. Et voilà que les élus du M5S annoncent, eux, avoir constitué un trésor public'' de 10 millions d'euros, qui sera géré par le ministère du Développement économique et sera consacré à l'aide aux petites entreprises en difficulté ou aux jeunes voulant créer une société.» Voilà un geste qui honore une vocation suspecte sous d'autres cieux.