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Le coeur est un chasseur solitaire

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«Mais pendant ces années de silence, j'ai compris qu'il y avait des problèmes de la langue arabe écrite qui ne relèvent pas actuellement de ma compétence. C'est différent au niveau de la langue de tous les jours. C'est pourquoi, faire du cinéma pour moi ce n'est pas abandonner le mot pour l'image. C'est faire de l'image-son. C'est effectuer un retour aux sources du langage.» Assia Djebar

«Je ne comprends pas. Pourtant, Assia n'est pas réputée pour être une écrivaine, défenseure de l'identité berbère. La seule cause qu'elle a toujours affichée dans ses romans est celle de la femme algérienne. Et cela d'une manière explicite elle ne l'a jamais caché» avait repris Sid-Ahmed d'un air dubitatif.
«C'est parce que l'écrivaine en question fut un être plein de retenue. Tu sais, il y a deux sortes d'artistes: ceux qui se contentent de réaliser leurs ouvrages selon leurs objectifs, sans regarder ni à droite ni à gauche, sans faire attention aux critiques méritées ou injustes, traversant la vie d'un pas assuré et digne jusqu'au bout de leurs certitudes. Et puis, il y en a d'autres qui se mêlent aux bruits, aux chahuts de la rue, échangent des propos avec les interlocuteurs qui les interpellent et affichent leur credo sur toutes les ondes que leur offrent les médias.
En deux mots, il y a les extravertis et les artistes pleins de retenue. Dans la chanson, nous avions deux exemples typiques: Matoub Lounès qui faisait de très belles chansons, aussi efficaces que des RPG. Cela ne suffisait pas à cet incomparable artiste, puisqu'il militait autrement: par ses tonitruantes déclarations enflammées sur la place publique, par sa continuelle action militante. Il entretenait inlassablement toute polémique concernant la cause sacrée qui l'habitait. En face, il y a Aït-Menguellet qui, lui, se contentait de tresser un poème et de le roucouler d'une voix douce sur une simple mélodie: aux auditeurs de l'interpréter à leur guise. Alger, ses trottoirs, ses bars, ses rues, ses bureaux retentissent encore des échos des deux inséparables acolytes qu'étaient Kateb Yacine et M'hammed Issiakhem qui avaient poussé l'outrecuidance jusqu'à défiler, un 1er Mai 1966, contre Boumediene en arborant un écriteau revendiquant un syndicat libre.
Assia Djebar n'était pas de ce style: elle n'avait jamais eu le besoin d'emprunter le rafiot d'un parti, de colporter des slogans ou de mêler sa signature à d'autres pour revendiquer quelque chose: Assia était de ceux qui savaient convaincre d'une simple phrase, doucement murmurée comme une sentence irrévocable. Tout comme Mouloud Mammeri pour lequel elle vouait un immense respect, une simple conférence d'elle est un cours magistral.
Alors qu'un écrivain avait curieusement cessé d'écrire, parce qu'il avait découvert que le français n'était pas la langue de son peuple, alors qu'un autre avait été condamné sans appel parce qu'il avait déclaré que l'arabe était une langue étrangère, tout comme le français, alors qu'un troisième avait définitivement abandonné la forme et le langage habituel, parce qu'il croyait que seule une élite le lisait, Assia a simplement tout en conservant «le butin de guerre» comme arme de communication, momentanément quitté le salon confortable du roman pour s'intéresser, tout comme l'avait fait Mammeri avant elle, à l'histoire profonde de son pays. Elle a tout simplement et momentanément rangé son cahier pour utiliser la pellicule. Ce fut une éprouvante et enrichissante aventure qu'elle vécut là. Elle eut le mérite, après avoir triomphé avec La Nouba des femmes du mont Chenoua, de composer un opéra à l'endroit de la femme maghrébine: la Zerda est un film d'archives qui montre la vision qu'avait l'occupant de la femme maghrébine. Ce film avait aussi l'avantage de ressusciter un glorieux combattant maghrébin injustement oublié, le moderniste AbdelKrim El Khettabi.
Comme Assia était une personne pleine de tact, elle ne livrait jamais ses idées en vrac et ne procédait pas de jugements à l'emporte-pièce. Elle prenait soin d'utiliser des codes discrets fin que son interlocuteur reçoive d'elle un message clair, sans nuances et sans provocation aucune. Un jour, après lui avoir déclaré mon penchant pour la cause berbère, elle me dit tout simplement: «L'Algérie est avant tout méditerranéenne et africaine et tous les édits du monde ne l'en détacheront pas.»

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