Avocats levez-vous!

«Un accusé est cuit quand son avocat n'est pas cru.» Pierre Dac

Pour mener sa lutte, le FLN avait engagé la bataille sur plusieurs fronts: le combat armé pour mettre la puissance coloniale dans une insécurité totale, la propagande pour mobiliser le peuple et une diplomatie offensive pour rallier les nations étrangères. Devant la force de répression menée par la puissance occupante, le FLN dut faire appel à un corps de métier qui opère en plein soleil et dans la légalité: les avocats qui n'ont pas toujours bonne presse dans l'imagerie populaire qui croit dur comme fer que ces individus en robes noires qui hantent les prétoires, les coulisses des Palais de justice et les bureaux d'affairistes, sont des êtres sans scrupules et âpres au gain. Rien n'est plus faux. C'est pourquoi, il faut saluer l'heureuse initiative d'un collectif d'avocats patriotes qui ont demandé en 2010 de faire de la journée du 23 Mars, date anniversaire de l'assassinat de Maître Ali Boumendjel par l'odieux bourreau Aussaresses, la Journée nationale de l'avocat. Ce qui a été célébré dignement la semaine dernière avec un hommage appuyé à Me Boumendjel et Me Vergès. Il faut dire que le métier d'avocat est l'un des plus difficiles. Souvent, des problèmes moraux se posent au défenseur d'un individu accusé d'un crime que la morale même du défenseur réprouve et condamne. C'est la raison pour laquelle il doit, avec le talent qu'il possède, utiliser toutes ses connaissances des lois qui composent les différents codes et les défauts, les coins obscurs ou ambigus des textes pour essayer, sinon de faire acquitter l'accusé, du moins amoindrir la peine requise par un procureur implacable.
L'avocat peut aussi conseiller son client dans les réponses à donner lors de l'instruction et tout au long de la procédure pour atténuer son cas. Cela, c'est le cas en temps de paix et dans une société sainement structurée, avec une justice indépendante du pouvoir politique. Mais en temps de guerre ou durant les périodes troubles de terrorisme et de guerre civile larvée, la tâche est des plus ardue. C'est pour cela qu'il faut saluer le courage, l'abnégation et le désintéressement des avocats qui ont bravé les mitraillettes, les menaces de mort, les insultes et les quolibets des «ultras» pour oser défendre les militants du FLN incarcérés en Algérie et en France. Si certains ont été tout de même guillotinés, d'autres ont sauvé leur tête grâce au talent de ces avocats, algériens ou français, qui ne se sont pas contentés de défendre des condamnés mais de servir de soutien moral aux accusés, d'avoir une part active dans la logistique du FLN et de mobiliser la presse nationale et internationale pour en appeler à l'opinion publique autour de la question des droits de l'homme. Certains ont pris une part active dans la lutte de Libération nationale comme Me Boumendjel, liquidé par Aussaresses et le bâtonnier Lamrani, assassiné dans les maquis de l'Est. D'autres ont été assassinés par l'OAS: Me Ould Aoudia Mokrane à Paris et Me Popie à Alger. D'autres ont heureusement survécu comme Me Bentoumi, Me Vergès, Me Roland Dumas (qui subit encore les menaces du lobby sioniste) et Me Braudet. Ce dernier ayant brillamment défendu les accusés arrêtés lors du 17 octobre 1961 et dans les arrestations qui ont suivi le massacre du métro Charonne. D'autres avocats, comme Me Ali Yahia Abdenour, Me Brahimi, Me Bourayou et Me Mokrane Aït-Larbi, continuent inlassalement avec talent et obstination, la dure lutte pour les droits de l'homme, la liberté d'expression et le respect de la Constitution.
Me Ali Boumendjel serait fier d'eux!