Bégaiement

«L'histoire ne se répète pas: elle bégaie.» Karl Marx

Tout le monde avait salué la promptitude de François Hollande d'avoir intervenu avec sa mine contrite des grands jours quelques minutes seulement après le crash de l'Airbus A320 au-dessus d'un petit village des Alpes, dans le sud-est de la France, une région qui ne connaît aucun conflit local.
Depuis, minute par minute, les agences de presse se sont relayées pour annoncer, chacune à sa façon, de nouveaux détails pour comprendre les causes et les circonstances de la catastrophe. Il faut revoir à froid la montée dramaturgique opérée graduellement comme un avion qui décolle avec tous ses équipements et ses paramètres en harmonie: avec une rapidité ahurissante les rédactions des télévisions de l'Hexagone dépêchent leurs équipes de reportage. Une armada de cameramen et de journalistes investissent le camp provisoire installé au pied du massif inaccessible où a eu lieu la catastrophe qui a mis fin à la vie de 144 passagers et de six membres d'équipage. Sur un plateau léché par les brumes, des baraquements provisoires ont été installés pour abriter les divers éléments qui vont intervenir dans ce drame: l'armée et ses hélicoptères, les gendarmes et leurs hélicoptères et les chiens de montagne, 366 sapeurs-pompiers et la meute des journalistes à l'affût des précisions sur l'origine et les circonstances de la tragédie. Une vague de fièvre s'est emparée des plateaux télés où les présentateurs affichent des mines et un ton de circonstance.
C'est l'intervention rapide du président de la République française qui donne le ton de la solennité du drame en annonçant l'accident, en présentant ses condoléances aux familles des victimes, en les assurant de sa solidarité et en faisant état des messages qu'il a adressés à la chancelière allemande et au roi d'Espagne qui sont concernés en premier lieu par la catastrophe. L'Assemblée française est aussi sollicitée et se manifeste par une minute de silence et un message de solidarité. Le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur français président une cellule de crise. Sur les plateaux télés, les spécialistes de l'aviation civile et les journalistes scientifiques sont mis à contribution pour éclairer le téléspectateur. On décortique le curriculum de l'avion: sa date de naissance, son état et la date de sa dernière révision. Sur le terrain, ce sont les responsables des corps constitués qui sont interviewés. Des scènes des deux aéroports concernés par ce vol avorté sont transmises pour ajouter à la dramaturgie la note qui manquait: le deuil des familles des victimes. Des croquis montrant le plan de vol de l'appareil sont accompagnés des commentaires et des hypothèses sur le crash. Jean-Pierre El-Kabbach avait même demandé l'origine du copilote sur qui tout le monde (surtout la compagnie Germanwings) a essayé «d'essuyer le couteau» en piochant dans son dossier santé et affectif, comme si le lieu de naissance du copilote pouvait signifier quelque chose... Un détail important avait échappé aux observateurs focalisés sur le terrorisme: l'ampleur des moyens d'intervention pour sécuriser les lieux du drame et la superficie sur laquelle se sont éparpillés les débris de l'appareil (20.000 m²).
Cela m'a rappelé étrangement l'affaire du vol A93 en Pensylvanie qui a suscité toutes les contradictions et toutes les incohérences possibles en ces circonstances. L'autre évènement est le crash du Vol 990 d'EgyptAir, un Boeing 767 de la compagnie égyptienne Egyptair s'abîme en mer au large de la côte est des États-Unis avec 217 personnes à bord. Peu après le décollage de New York, le deuxième copilote demande avec insistance à remplacer le premier copilote avant l'heure prévue puis, peu après, le commandant de bord l'aurait laissé seul au poste de pilotage. Ce dernier aurait alors volontairement coupé le pilote automatique et prononcé plusieurs fois I rely on God (je m'en remets à Dieu). Lorsque le commandant de bord parvient enfin à revenir dans le cockpit, il rattrape l'appareil qui descendait en piqué, mais le copilote avait coupé les moteurs. Le Boeing fait une chute de 33.000 pieds (environ 10.000 m) en 83 secondes puis est pulvérisé à la surface de la mer. Il n'y a pas de survivant. Un défaut des rivets de la gouverne de profondeur est attesté (des modifications ont dû être réalisées sur plusieurs appareils en service) mais il n'expliquerait pas tout. L'hypothèse du suicide du copilote est retenue par le bureau américain d'enquête et contestée par la partie égyptienne.
Ce suicide pourrait être lié à l'interdiction pour le copilote de retourner à nouveau aux États-Unis, interdiction prononcée la veille par le chef pilote à la suite d'une affaire de moeurs. La frustration du copilote de n'avoir jamais été promu commandant de bord à quelques mois de sa fin de carrière est également avancée. On s'aperçoit que les deux affaires présentent des similitudes. Malgré la confirmation par les canaux officiels de la lecture des deux boîtes noires qui confortent la thèse du suicide, l'intervention du service de renseignements russe remet les compteurs à zéro: l'avion aurait été victime d'une bavure des manoeuvres de l'Otan dans la région et dont personne n'a parlé. Si la Guerre froide n'est pas morte, les agences d'informations ont du pain sur la planche.