Douloureuses révisions

«La rigueur, c'est l'austérité plus l'espoir.» Pierre Mauroy

Annoncée comme la mesure phare du plan du gouvernement pour faire face au contrecoups de la chute des cours du brut, la promulgation d'une loi de finances complémentaire pour 2015 est l'objet, depuis quelques jours, de spéculations. Il faut comprendre par là que le gouvernement ne veut plus être angoissé par une facture des importations qui a dépassé la limite du raisonnable et du supportable. Mais pas seulement. Le gouvernement semble décidé enfin à aller serrer la main à l'opérateur privé, l'invitant, non à s'enliser davantage dans l'oeuvre d'importation, mais de s'investir pleinement dans le métier de l'exportation qui, faut-il le reconnaître, n'a pas été jusqu'ici une tradition algérienne depuis, notamment, l'envolée des prix du pétrole début des années 2000. Ainsi, il a indiqué que la LFC 2015 «comprendra des décisions et des mesures visant à assurer une meilleure maîtrise du commerce extérieur à travers, notamment, la lutte contre la corruption et la fraude dans le financement des importations pour mettre fin à l'anarchie qui caractérise cette activité». Le gouvernement veut ainsi mettre le doigt là où ça faisait mal: la corruption et la fraude à l'importation qui sont les deux canaux par lesquels transitent traditionnellement les devises expédiées vers l'étranger... Donc, il faut s'attendre à une «rationalisation» des dépenses publiques, simple euphémisme devant permettre juste d'éviter d'évoquer un plan d'austérité nécessaire pour maîtriser le budget de l'Etat, rien n'est moins sûr en ce qui concerne l'objectif de la démarche actuelle. Les contacts entre le ministère des Finances et les différents départements ministériels se multiplient comme à chaque fois qu'il s'agit de préparer une loi de finances, à la différence près qu'à défaut de tenter de répondre aux doléances des différents secteurs en matière d'allocation de ressources, il s'agit cette fois de la démarche inverse. Au lieu de prendre des mesures qui risquent d'être remises en cause si demain, le prix du brut reprenait son envol, le gouvernement ne devrait-il-pas remettre sur les rails la machine économique rouillée par une politique tournée vers l'importation? Saurons-nous un jour prochain gérer notre pays et faire fructifier, comme le font les autres peuples, les lourds investissements faits dans l'équipement, les infrastructures et la formation de deux générations?
Cesserons-nous d'être les éternels assistés et les tributaires privilégiés d'une manne pétrolière que la Divine Providence a généreusement placée sous nos pieds? Les gouvernants actuels ou à venir pourront-ils, enfin un jour, compter sur d'autres revenus que ceux des hydrocarbures pour réaliser une accumulation primitive qui assurerait au pays un décollage en douce comme l'ont opéré les pays émergents, après des décennies de crise et de tâtonnements économiques? Tous les facteurs sont pourtant réunis pour permettre cette révolution structurelle qui poussera le pays dans la catégorie des pays industrialisés, ceux qui fabriquent les machines et produisent les biens de consommation et les services indispensables à la modernité, l'argent est là pour l'acquisition des machines, des brevets et licences, l'argent est disponible pour la formation des agents économiques bien que nombre de cerveaux algériens soient obligés d'émigrer pour pouvoir s'exprimer à l'aise. Il y en a dont les réussites sont exceptionnelles et servent d'exemples au génie et à la capacité d'intégration des cadres ou hommes d'affaires d'origine algérienne.
Alors, pourquoi cet éternel et complexant déséquilibre de la structure des revenus? Pourquoi les entreprises publiques des trois secteurs économiques ont-elles fait faillite dans leur écrasante majorité? Le choix des hommes qui les ont dirigées (on sait toujours que le politique ne fait pas bon ménage avec l'économique, quand le politique veut être le dominant bien sûr)? Ne sommes-nous pas capables de produire et de diriger l'appareil de production? Faut-il se poser la question: pourquoi le travailleur algérien dans une entreprise publique n'a-t-il pas le même comportement que dans une entreprise privée ou une entreprise étrangère? La réponse se trouverait-elle à la base ou au sommet?