Usurpations

«Plagiat: quand la copie est meilleure que l'original» Kurzas

L'inspiration est parfois capricieuse: elle déserte les salons de l' artiste reconnu pour se réfugier dans les bras d'un obscur tâcheron qui n'a pas tant demandé. En cela, il n'y a rien de dramatique, sauf pour l'artiste reconnu qui se torture les méninges pour retrouver la volage muse. Mais il arrive que la situation se complique quand le trio vaudevillesque se forme, s'assoit à la même table et que l'adultère non consenti soit consommé. Alors, c'est le drame. Cet adultère est appelé dans l'expression artistique plagiat. Dans sa version industrielle, on l'appelle contrefaçon: c'est sous cette forme qu'il est le plus combattu dans les pays industrialisés car il présente une forte nuisance aux intérêts économiques. Le plagiat est considéré comme une faute morale, civile, commerciale et/ou pénale consistant à copier un auteur ou créateur sans le dire, ou à fortement s'inspirer d'un modèle que l'on omet, délibérément ou par négligence, de désigner. Il est souvent assimilé à un vol immatériel. Le «plagiaire» est celui qui s'approprie indument, ou frauduleusement tout ou une partie d'une oeuvre littéraire, technique ou artistique. Le plagiat, qui ne fait pas l'objet d'une définition juridique, est une forme de contrefaçon. Certains opèrent une distinction entre le plagiat, emprunt grossier et le «démarquage», où le texte subit des modifications variées pour brouiller les pistes. Le plagiat semble aussi vieux que la création artistique, puisqu'il apparaît pour la première fois dans les épigrammes du poète satirique Martial, lequel se plaint à un ami que ses oeuvres ont été appropriées par un autre. Pourtant à cette époque, le plagiat est un jeu d'école qui légitime ce type d'emprunt, souvent avoué ou connu. Ainsi, Sénèque engage les auteurs à «digérer» leurs prédécesseurs. Au Moyen Âge, trouvères et troubadours ne cessent de se copier. La tradition orale est alors encore plus importante que la tradition écrite, avec des oeuvres qui ne sont pas signées. Avant la découverte de l'imprimerie, les copistes n'hésitent pas à faire commerce des écrits, qu'ils ont copiés pour leur compte. À la Renaissance, la réapparition des manuscrits grecs et romains favorise le plagiat, alors que se développe, progressivement la conception patrimoniale de l'oeuvre littéraire et la diffusion du livre par la librairie. Le terme prend son sens au XIXe siècle et désigne alors les oeuvres dont le caractère original n'est pas jugé suffisant pour les faire entrer dans la littérature. Avec le temps et le développement de l'impression à grande échelle, le plagiat n'empiète plus seulement sur les terrains de l'originalité ou de la moralité, mais également sur celui de la propriété.
C'est au moment où l'enjeu financier est important, qu'entrent en ligne de compte ce qu'on appelle les droits d'auteurs. La première fois que j'ai entendu parler de plagiat fut lors du célèbre procès qui opposa Charles Trénet à Charlie Chaplin, à propos de la mélodie de la célèbre chanson La Mer (1938) que l'on sent dans la musique du film La Comtesse de Hong-Kong et que Petula Clark interprète dans C'est ma chanson. Ce fut Charles Aznavour qui fut désigné comme expert pour arbitrer entre les deux autres Charles. Des rumeurs non vérifiées ont longtemps circulé autour de la paternité du célèbre détective Sherlock Holmes. Même les prix Nobel ne sont pas épargnés.La talentueuse Leïla Benmansour fait un lien entre Albert Camus et Stephan Zweig: «Après une longue prospection, nous avons découvert qu'Albert Camus avait un secret en rapport avec son roman L'étranger, qui engendra une grande souffrance à son auteur. Une souffrance d'autant plus atroce, qu'elle l'arrachait des êtres vivants pour ne le laisser dépendre que d'un mort: Stefan Zweig. Qu'a donc de commun, cet écrivain juif autrichien avec l'écrivain «franco-algérien», tant ils vivaient aux antipodes et tant apparemment rien ne les reliait et tant il est quasiment sûr qu'ils ne se connaissaient pas, si ce n'est peut-être par oeuvres interposées?
D'autres auteurs:Troyat, Ardisson, Poivre d' Arvor, le Grand rabbin Bernheim. Un ministre allemand se démet pour avoir plagié un tiers pour la rédaction de son mémoire universitaire...... Dans notre monde à nous, un célèbre cinéaste a été esté en justice à Paris par un grand écrivain. Donc, il ne faut pas s'étonner que le talent du roi du raï Khaled soit contesté. D'énormes sommes (en euros sont en jeu). Mieux vaut en rire. La copie à titre humoristique et par exemple le pastiche, est en France exclue de l'application de la loi sur la propriété intellectuelle.