Locomotive

«La règle, l'équerre, le compas, on en usera pour bâtir le monde, ou pour triompher des ennemis.» Antoine de Saint-Exupéry

Les ménages n'en peuvent plus! Les bourses définitivement aplaties par un niveau des prix excessif, n'arrivent plus à satisfaire l'offre exubérante d'une politique d'importation débridée. C'est la raison pour laquelle, ceux qui réfléchissent pour trouver un équilibre dans le mouvement des flux monétaires, pensent à déterrer la fameuse formule du crédit qui fit florès quand les banques ouvraient généreusement leurs coffres pour vous faire acheter des produits fabriqués dans leur majorité en Asie. Le crédit, c'est bien, mais c'est une arme à double tranchant si elle n'est pas guidée dans le bon sens: avant d'encourager les ménages à acheter des biens de consommation courante, ne vaut-il pas mieux de booster le marché de l'immobilier qui connaît une stagnation effarante au vu des prix exorbitants affichés par les annonces immobilières. Construire des logements doit être la priorité de tout gouvernement désireux de relancer la machine économique. Quand le bâtiment va, tout va! Cette vieille expression sortie de la bouche d'un ministre de l'Economie de l'Etat français, garde toujours et partout la vérité qu'elle porte en elle et qui est vérifiée chaque jour que Dieu fait. Cette personne avisée savait de quoi elle parlait. Quand un vaste programme de logements est entrepris par un gouvernement, on sait que cela induit une création de beaucoup d'emplois, non seulement dans le domaine du bâtiment (maçonnerie, plomberie, menuiserie, électricité...), mais entraîne aussitôt à la périphérie la création d'autres emplois.
Cet effet boule de neige aura pour conséquence de dynamiser la vie économique dans un vaste mouvement d'entraînement. La construction d'un logement, au-delà de la mobilisation du personnel qualifié qu'elle entraîne et l'utilisation des matériaux nécessaires à sa construction, va servir à caser un couple qui fatalement va chercher à équiper sa maison: meubles, électroménager..., autant de dépenses qui vont gonfler la demande des ménages. Il y a aussi l'augmentation de la demande en produits industriels: fer rond, ciment, brique, faïence...
Cependant, cela ne suffit pas dans un pays où les salaires ont tendance à stagner: en effet, les revenus des ménages sont juste suffisants pour assurer la subsistance de la famille. Non seulement les salaires doivent être calculés en fonction des besoins mais encore la politique du revenu doit être orientée dans l'encouragement à l'accession à la propriété. Les conditions de crédit doivent être améliorées: la quote-part de l'acheteur doit être revue à la baisse, le taux d'intérêt réduit. Mais cela ne saurait suffire à créer la dynamique économique escomptée si à la base, on ne réglait pas les problèmes liés à la corruption: conditions d'achat de lot de terrain à bâtir, conditions d'octroi de permis de construire, conditions de règlement des actes notariés nécessaires à l'obtention du titre de propriété.
Il y a aussi le problème qui dure encore, la disponibilité des matériaux de construction. Corruption et trafics en tous genres sont à l'origine de ces pénuries qui grèvent sérieusement l'activité et affectent le respect des délais impartis à la réalisation d'un projet. C'est ce qu'avait dénoncé jadis, un entrepreneur chinois engagé dans le vaste programme de construction de l'Aadl. Il avait déclaré qu'en Chine, il mettrait six mois de moins qu'en Algérie.
Il avait aussi déploré le manque de ponctualité dans le règlement des paiements du personnel ou des factures. Employer du personnel étranger et favoriser des sociétés étrangères pour la concrétisation des projets de construction, n'est pas un élément qui puisse avoir un effet bénéfique sur la résorption du chômage. Quand tous ces problèmes auront été résolus, les hauts responsables de l'Etat auront mérité de prendre la truelle avec laquelle ils posent la première pierre. C'est ce que retiendra la postérité.