Il était une fois dans le Sud

«Le cinéma, ce n'est pas une reproduction de la réalité, c'est un oubli de la réalité. Mais si on enregistre cet oubli, on peut alors se souvenir et peut-être parvenir au réel.» J.L. Godard

Dans la difficile tâche d'allonger chaque jour un billet qui puisse faire réfléchir un peu le lecteur, le faire sourire ou l'exaspérer, il est une chose compliquée, celle de se renouveler. Que trouver pour contenter d'abord le lecteur qui vient de dépenser l'équivalent de 200 gr de patates ou de 25 cl de lait? Il faut ensuite satisfaire le rédacteur en chef qui a des comptes à rendre à qui de droit. Et tout cela sans ennuyer le personnel de saisie et les correcteurs (trices)....
Se renouveler. Ah! la bonne affaire: comment trouver un thème original dans la routine quotidienne. Allez donc faire écarquiller les yeux de l'Algérien moyen blasé par les scandales financiers qui se succèdent actuellement à un rythme tel qu'on commence à confondre telle banque avec telle autre, tel escroc avec tel ex-fonctionnaire, enfin... En attendant le prochain festival de Cannes, je suis bien tenté d'imaginer un scénario sur la nouvelle ruée vers l'or qui nous dit-on, a provoqué un véritable boom financier chez les quincaillers de Tamanrasset et une crise de logement dans les geôles de è la société fantôme australienne qui a fait semblant de s'occuper du gisement d'Amesmessa. Voilà un scénario digne du «Trésor de la sierra Madre» qui devrait donner des idées à Monsieur Cinéma pour nous concocter un scénario qui sera vite transformé en «western» targui grâce aux bons auspices de l'association des bijoutiers du clair de lune. Je ne sais pas comment qualifier ce geste qui consiste à mettre en valeur les richesses d'un sous-sol gaspillé ou négligé par des fonctionnaires marrons...Ce n'est pas mon genre de tirer sur les ambulances: j'attendrais le procès de Sonatrach 2 et d'Amesmessa1 pour me prononcer. Il ne faut jamais interférer dans les affaires qui sont en cours d'instruction. Mais avouez que le sujet est tentant: une ville fantôme désertée par les figurants de la pseudo société australienne, des touffes d'herbes sèches roulées par le vent sous un soleil implacable.
Une caravane de dromadaires qui s'arrête à l'entrée de l'ancien bureau du DG: les portes des bâtisses ont disparu et les tôles qui servent de toit gémissent de concert avec le frou-frou d'une éolienne qui brasse du vent: elle tourne pour rien. Les jeunes déchargent leurs maigres paquetages et entrent dans le bâtiment préfabriqué (tout comme la société australienne): chacun d'eux porte sur son visage l'histoire d'un passé douloureux. Les années de chômage à Ouargla, les manifestations durement réprimées et pour finir un travail pénible sur le tronçon In-Salah-Tamanrasset sur le chantier de toutes les espérances. C'est en suivant le tracé du plus grand aqueduc de l'Afrique qu'ils se sont retrouvés à Tam, plaque tournante de tous les espoirs déçus et des rêves brisés: des Africains du Sud qui remontent vers le Nord et des Africains du Nord qui ont perdu le leur. Et c'est dans ces bouges où se rencontrent les trafiquants en tous genres qu'est née leur nouvelle vocation: ramasser l'or à la pelle là où les excavatrices n'ont pas réussi. Des escrocs s'improvisent sourciers et offrent leurs services à prix d'or: un bâton magique en guise de compteur Geiger et quelques incantations et l'affaire est dans le sac.
Autour de ce noyau d'orpailleurs vont venir se greffer tous les petits métiers parasites: le cuisinier marocain, l'épicier tunisien, le tueur à gages lybien et le prêteur sur gages qatari... Gageons qu'un tel film aura le succès mérité quand Tam sera choisie comme la capitale de la culture africaine.