Persiflage

«La conversation où l'esprit de raillerie est supprimé paraîtra toujours ennuyeuse et insipide.» Richard Brinsley Butler Sheridan

Je demande par avance, pardon à ma charmante collègue Amira Soltane qui s'est foulé le poignet à force de jouer de la zapette pour essayer de trouver, dans le fouillis du désordre étoilé, un programme digne d'intérêt et de commentaire. Si je m'incline devant elle, c'est parce que, je crois être obligé d'empiéter sur ses plates-bandes. Je sollicite donc son indulgence, mais c'est plus fort que moi: cette semaine j'ai été vivement interpellé par un fait qui m'a fait sursauter et a failli me faire tomber de ma bancale chaise. C'est le terme persiflage. Voilà un vocable qui doit retenir tous les observateurs du monde politique: il tombe comme un grêlon en plein été. D'ailleurs, le Larousse est avare pour le définir: il le traduit simplement en raillerie, moquerie et dérision. Voilà des mots qui ne doivent pas émouvoir un personnage politique si l'on juge par toutes les critiques, les railleries, les moqueries, les protestations, les marches, les émeutes, les péripéties judiciaires qui tournent chaque jour le monde politique en ridicule et font perdre toute crédibilité à tous ceux qui s'entourent de l'écharpe de la grandiloquence, du sérieux et de la gravité quand ceux-ci sont mis à mal par l'incompétence. Persiflage! Cela sonne comme le fameux coup de prosélytisme qui a conduit plus dun devant les cours de justice dont les bureaux sont déjà embouteillés par des affaires beaucoup plus sérieuses! Donc, après l'intervention du président de l'Autorité de l'audiovisuel auprès d'une chaîne de télévision dite privée, c'est-à-dire indépendante du Trésor, d'El-Mouradia, de l'Assemblée, du Parlement ou de tout autre lieu géométrique relevant du pouvoir politique, pour lui reprocher son «persiflage», tous les philologues et exégètes sont invités à relire la Constitution qui existe ou bien, tous les rédacteurs chargés de préparer la future Loi fondamentale, à se pencher sur ce terme nouveau qui a failli provoquer une tempête dans le monde médiatique. Soyons clairs, le Code de l'Information en vigueur ne retient que l'insulte, la calomnie, la diffamation et la propagation de fausses nouvelles tendant à mettre en péril l'ordre public qui sont passibles de poursuites. Oui, on sait bien que pour moins que cela des personnes ont dû se justifier devant monsieur le juge pour de simples allusions ou de propos frisant l'ambiguité... L'allusion, la caricature, la dérision ne sont employées que quand les moyens d'investigation font défaut: n'allez pas demander à un pauvre journaliste qui nage dans un monde opaque et fermé sur lui-même de vous pondre, du jour au lendemain, une information de la taille du fameux Watergate qui a fait exploser les ventes du Washington Post au temps où Internet n'existait que dans les laboratoires de l'armée US. Le journaliste prisonnier dans son fameux polygone étoilé est obligé de s'abreuver aux sources étrangères qui fournissent les numéros des comptes bancaires de ceux qui crient tous les jours à la main de l'étranger quand un patriote naïf ose mettre en doute des décisions économiques discutables. L'écrivain public qui, hier encore était la cible d'un terrorisme pas toujours aveugle, est obligé tous les jours d'employer le conditionnel quand il s'inspire des indiscrétions de la cour de Milan, car les personnes qui y sont citées doivent avoir encore le bras long. Donc, il faut faire usage de sagesse et ne pas trop tirer sur la corde: il faut simplement rappeler que la personne la plus respectée dans le monde politique français depuis le début de la Seconde Guerre mondiale fut l'homme du 18 Juin, le général de Gaulle, personnage qui fut raillé, ridiculisé par le Canard Enchaîné et par Charlie Hebdo qui lui fit même une couronne funéraire à sa taille. Vivement les Guignols de l'info dans le Paf national: c'est la nation toute entière qui en sortira grandie et souriante. Tout le monde sait que le parti unique n'est pas mort puisque subsistent encore ses vieux réflexes.