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«Pour arriver, il faut mettre de l'eau dans son vin jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de vin.» Jules Renard

Actuellement, une violente campagne est menée contre le ministre du Commerce: elle inonde tous les salons de coiffure et tous les cafés. Elle prend appui principalement sur la mesure que le ministre proposait sur la suppression d'autorisation de commercialisations de boissons alcoolisées. Ce sont en général des gens proches des réseaux intégristes, ceux qui ferment les yeux sur toutes les autres atteintes à la morale et aux bonnes moeurs, qui enfourchent ce nouveau cheval de bataille qui présente avant tout un danger pour le trafic de drogue qui, lui, est épargné. C'est un secret de polichinelle le fait de dire que la contrebande de drogue est le nerf de la guerre de tous les réseaux terroristes, de l'Afghanistan jusqu'au Maghreb désuni.
Evidemment, cette chronique ne prétend pas participer au vieux débat sur ce qui est licite, ce qui est toléré et ce qui est interdit: elle laisse ce sujet assez grave aux institutions qui comptent assez de doctes personnes pour en débattre, les nombreuses mosquées, les instituts et la Faculté de médecine qui peut ajouter un grain de sel scientifique aux discussions byzantines.
Cependant, il ne faut pas laisser les porteurs de claquettes monopoliser le discours ambiant qui s'invite à un moment où des affaires beaucoup plus sérieuses doivent occuper l'esprit des patriotes: les scandales de corruption à répétition ne doivent pas faire oublier que l'hypocrisie est le premier pêché mortel en religion. Il est trop facile de faire semblant.
L'histoire du monde et de notre pays a vécu des expériences qui doivent éclairer ceux qui se laissent séduire par le discours rassurant de ceux qui oublient les leçons du passé. Au lendemain de l'indépendance, Ben Bella, pour se rallier la frange ulémiste a voulu d'un coup de décret effacer cent trente-deux années de colonialisme: en interdisant la consommation (et non l'achat) de boissons alcoolisées aux nationaux, on a vu fleurir des arrière-boutiques dans tous les débits de boissons alcoolisées.
La consommation augmenta et même les prix avec. Les chansonniers de l'époque furent de la partie pour persifler cette mesure démagogique: au refrain de la chanson des volontaires «Djib el balla ouel fass», ils répliquèrent par le paillard «Djib el qaraâ ouel kass». Cela résonna longtemps dans tous les bars parallèles d'Alger et des environs. Boumediene fut plus futé: il augmenta progressivement l'impôt sur les boissons alcoolisées jusqu'à les mettre hors d'atteinte des petits salaires qu'il gela judicieusement. Il finit par faire arracher les vignes, point final à la mise à mort d'une agriculture jadis florissante.
Pour revenir au monde qui nous entoure, il suffit de se pencher sur l'histoire des Etats-Unis qui connurent leur deuxième plus douloureuse période (après celle de la guerre de Sécession): ce fut la décennie de la prohibition. Un gouvernement sensible au lobby des ligues de vertu et du puritanisme, mit l'alcool hors la loi.
Aussitôt, un réseau infiniment enchevêtré de gangsters organisa un réseau de contrebande, comprenant des distilleries clandestines, des lieux de consommation discrets. Cela entraîna un phénomène de corruption qui gangrena toute l'administration. Le crime organisé fit la loi et précipita le pays dans une crise économique et morale dont il eut toutes les peines du monde à se relever. Chez nous, des walis illuminés ont pris la grave décision d'interdire les lieux de consommation officiels de boissons alcoolisées: ils portent sur la conscience tous les morts qui ont jonché les routes qui mènent au paradis artificiel.
La consommation d'alcool, c'est comme l'histoire: c'est l'école qui doit éclairer le futur citoyen sur ses dangers et sur le péril de toutes les drogues.

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