L'île de la liberté

«Les Américains, comme les Européens, érigent des statues à leurs grands morts.» Bernard Shaw devant la statue de la Liberté.

Le scénariste de bandes dessinées Hergé place son héros Astérix dans le dernier bastion de résistance gauloise contre l'occupant romain dans la profonde Bretagne, pays de René Vautier, entre autres. Moi, je placerai volontiers le dernier bastion (victorieux) communiste contre l'impérialisme, à Cuba, la isla de la Libertad, comme l'appellent les nostalgiques de l'épopée de la Sierra-Maestra. Rappelons pour les amoureux (un terme pas trop hallal) du 7ème art que le cinéma Hollywood de la rue Meissonnier a été baptisé Sierra-Maestra à l'occasion de la visite du Che à Alger en 1963 et que ce cinéma a été fermé, après restauration, par un élu intégriste qui voulait à tout prix empêcher les amoureux de la liberté de s'y retrouver...
Ce que l'on retiendra peut-être des deux mandats d'Obama qui a fait tant de promesses non tenues, c'est d'avoir fait passer une loi qui assure une couverture sanitaire à tous les Américains, d'une part et que, d'autre part, il a pris langue avec les dirigeants de La Havane et que cette dernière initiative a eu pour résultat de dé-diaboliser le régime castriste au point que le président français s'est empressé d'être le premier président occidental à rendre visite aux frères Castro... Cependant, il faut reconnaître que ce petit pays a été boycotté par tous les pays de l'Otan depuis plus d'un demi-siècle et qu'il a connu les affres d'un embargo sauvage de la part des USA, embargo d'autant plus éprouvant après la liquidation de l'Urss par l'équipe Gorbatchev. Les relations avec la petite île n'ont jamais été de tout repos. Les Cubains avaient entamé un début de guerre d'indépendance contre l'Espagne: la férocité de la répression obligea les Américains à y intervenir et l'explosion d'un cuirassé américain dans le port de La Havane déclencha une guerre hispano-américaine en 1898. L'influence américaine sur les régimes cubains qui se sont succédé va se faire très pesante de 1898 à 1959: Cuba était devenu le grand jardin de la première puissance mondiale en raison de sa proximité et des investissements importants opérés par les patrons et la mafia américains. Cuba était connue pour être la «boîte de nuit américaine». Cela changea avec le triomphe de la révolution castriste pour récupérer sa souveraineté nationale. La réponse américaine fut immédiate: elle arma des contre-révolutionnaires sur l'île et organisa un débarquement militaire en 1961 dans la baie des Cochons, expédition qui tourna au désastre pour les services américains. Pire, les Américains qui refusaient tout crédit aux entreprises américaines installèrent un embargo très sévère et organisèrent des actions terrorisres contre Cuba: les documents officiels des États-Unis désormais déclassifiés montrent qu'entre octobre 1960 et avril 1961, la CIA a introduit à Cuba 75 tonnes d'explosifs lors de 30 missions aériennes clandestines et 45 tonnes d'armes et d'explosifs lors de 31 infiltrations maritimes. La CIA a réalisé durant cette courte période de sept mois 110 attentats à la dynamite, a placé 200 bombes, a fait dérailler 6 trains, a brûlé 150 usines et a déclenché 800 incendies dans des plantations. Entre 1959 et 1997, les États-Unis ont réalisé 5780 actions terroristes contre Cuba. 804 sont des actes terroristes d'envergure, dont 78 bombardements contre la population provoquant des milliers de victimes. Les attentats terroristes contre Cuba ont coûté la vie à 3478 Cubains et ont paralysé à vie 2099 personnes. Entre 1959 et 2003, il y a eu 61 séquestrations d'avions et de bateaux. Entre 1961 et 1996, 58 attaques à partir d'embarcations maritimes ont touché 67 objectifs économiques et la population. La CIA a dirigé et soutenu 299 groupes paramilitaires constitués de 4000 individus. Ils sont responsables de 549 assassinats et ont fait des milliers de blessés. En 1971, l'agression biologique a causé la destruction d'un demi-million de porcs. En 1981, l'introduction de la dengue hémorragique a fait 344.203 victimes, 158 décès dont 101 enfants. Le 6 juillet 1982, 11.400 personnes ont été touchées en un seul jour. La grande majorité de ces agressions était préparée en Floride par l'extrême droite d'origine cubaine organisée et financée par la CIA.
Les Européens qui achetaient leur sucre à la Cuba de Batista se remirent à la culture de la betterave sucrière dès l'avènement de Castro... La liberté coûte cher!