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«Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça.» Coluche / Le Chômeur

C'est le cri de guerre lancé il y a quelques années par un Stéphane Hessel combatif mais désespéré de voir les problèmes des masses populaires mal gérés par des partis traditionnels méprisants, toutes tendances confondues. Engoncés dans de vieilles habitudes et retranchés dans des attitudes anachroniques, ils ne parviennent pas à se débarrasser de vieux réflexes qui stérilisent toutes leurs velléités. Dans les pays européens où la démocratie était à ses premiers balbutiements, le paysage politique se divisait grosso modo en deux camps: celui des royalistes, partisans d'une féodalité foncière et celui des républicains, porte-paroles de la bourgeoisie montante. Avec l'avènement des idéologies socialiste et marxiste, l'affrontement se fera entre conservateurs qui défendent les idées libérales et le capital, et les marxistes qui se feront les avocats d'un nombreux prolétariat. La fin de la Première Guerre mondiale provoquera une définitive scission entre les socialistes adeptes du fait colonial et d'une pluralité partisane et les communistes qui soutiendront la lutte des peuples dominés et la dictature du prolétariat. La fin de la Seconde Guerre mondiale engendrera un flux de réformes sociales favorables aux masses laborieuses en même temps qu'elle suscitera une longue Guerre froide entre le bloc de l'Est qui expérimentera une forme de socialisme rigide et autoritaire et des pays occidentaux praticiens d'une économie libérale et d'une politique néocoloniale très agressive.
L'avènement du belliciste Ronald Reagan et de Margareth Thatcher provoquera une vive tension internationale qui entraînera un effondrement du bloc socialiste. En même temps, une politique libérale outrancière grignotera petit à petit les acquis sociaux durement gagnés par la classe ouvrière depuis 1945. Les partis dits de gauche commenceront à perdre peu à peu leurs bases sociales tandis qu'une économie mondialisée installée par la constitution de grands ensembles économiques efface toute référence nationale au capital. Les crises économiques engendrées par cette nouvelle situation précipitent les couches les plus favorisées et les pays les plus fragiles dans une précarité économique tandis que les multinationales commencent à gérer des capitaux transcontinentaux: les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. Une situation à laquelle ne peuvent pas répondre les partis de gauche qui essaient d'utiliser des recettes du capitalisme pour soigner une maladie structurelle. Cela provoquera immanquablement de la part des masses populaires de certains pays dits développés, une méfiance et un désengagement vis-à-vis des partis de gauche qui subissent une inexorable érosion électorale. Des pays entiers minés par la crise des subprimes sont secoués par des manifestations violentes où ceux qui n'ont plus accès à l'emploi, au logement et au crédit, exprimeront leur ras-le bol des formations politiques et des hommes politiques inefficaces et corrompus.
Les affaires de corruption qui éclatent au grand jour pèseront lourd dans l'attitude des masses populaires qui commencent à créer un peu partout en Europe, à divers degrés d'importance, un front antilibéral qui commence à prendre de l'ampleur. En Italie, c'est un parti créé par un comique qui fera peur aux vieux partis de droite et de gauche. Dans une Grèce prête à succomber sous le poids d'une dette accumulée par les partis libéral et socialiste, c'est un nouveau parti antilibéral qui gouverne, tandis qu'en Espagne, berceau de ce nouveau mouvement qui regroupe aussi bien citoyens de gauche qu'écologistes, un raz-de-marée électoral vient de propulser le mouvement des indignés au siège de la municipalité de Barcelone, deuxième ville du pays. Un espoir pour tous les indignés du monde et une satisfaction posthume pour Stéphane Hessel.

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