L’occident et l’orient

Prémonition. «Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas», avait prédit André Malraux. Et depuis la première année de ce nouveau siècle, le monde se déchire, violemment, par spiritualités interposées. L´Américain Samuel Huntington, professeur de sciences politiques jusque-là inconnu, publie en 1993 un essai sociopolitique Le choc des civilisations, lu par les seuls initiés, et accède brusquement à la célébrité à la suite des attentats terroristes perpétrés le 11 septembre 2001 contre les USA. Au nom de la lutte antiterroriste, les USA de George W.Bush déclenchent, la première année de ce XXIe siècle, une véritable croisade contre le monde musulman. Les attentats ont été commis par des Arabes au nom du djihad islamique, estiment-ils. Ils occupent l´Afghanistan et l´Irak, menacent l´Iran et la Syrie, isolent la Palestine, le Yémen, la Libye, secouent le Pakistan...Désormais, «arabe» renvoie à musulman et «terrorisme». L´amalgame est semé dans le conscient collectif de tout le monde occidental. Les nouveaux philosophes, penseurs et autres romanciers ne tarissent plus sur le sujet. Le succès est assuré pour tout écrit, essai ou roman de fiction traitant de l´islam ou du terrorisme. En 2005, un petit journal danois saisit l´occasion pour se payer, gratuitement, une campagne publicitaire mondiale en publiant des caricatures du Prophète de l´Islam (QSSSL). Le monde musulman s´enflamme. Des batailles commerciales et diplomatiques sont engagées entre Etats. Trois années plus tard, en ce 14 février 2008, ce sont 17 journaux danois qui, au nom de la liberté de la presse (dont la journée est célébrée le 3 mai, pour rappel), remettent ça. La même semaine, c´est la somalienne Ayaan Hirsi Ali qui est accueillie sur tous les plateaux de télés françaises et par les plus hautes autorités du pays pour son «engagement et sa lutte» contre l´Islam tout simplement. Elle affirme, tout haut, que l´Islam est incompatible avec la démocratie, oubliant au passage, que l´Islam est la deuxième religion du monde occidental. Jeudi dernier, elle a été accueillie au Parlement européen. L´Europe s´est dit prête à lui accorder les deux millions d´euros/an, nécessaires à sa protection et sa sécurité. Confondue pour mensonge par la Hollande qui lui avait offert la nationalité et un poste de députée, Mme Ayaan Hirsi Ali a été «répudiée» par le pays de Van Gogh et des moulins à vent.
Et la Shoah? Dans le même ordre d´idées, l´Occident, particulièrement l´Europe, coupable de la plus grande horreur que des hommes ont infligé à d´autres hommes, la Shoah, a réussi par un travail de propagande insidieuse à associer, dans l´imaginaire de ses peuples, l´extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, au conflit qui oppose, aujourd´hui, Israël au monde arabe sur la question palestinienne. Voilà un crime contre l´humanité commis par les seuls Occidentaux, auquel ils veulent associer les Arabes et les musulmans en les qualifiant d´antisémites. Ces derniers n´ont jamais, du plus lointain de leur histoire, persécuté ou assassiné une quelconque tribu juive. Au contraire. Ce sont les démocraties européennes qui ont fécondé l´antisémitisme qui a abouti aux camps d´extermination. Les Juifs vivant dans les pays arabes, à cette époque, furent aidés et protégés par leurs cousins germains arabes. Cette propagande de l´Occident est en vérité au service de l´Etat sioniste d´Israël. Elle pardonne et permet de fermer les yeux sur l´occupation de la Palestine et les crimes des sionistes.
Encore eux et nous. 2008 marque bien des anniversaires européens et arabes. Pour l´Europe, le 1er janvier 2008 marque le 50e anniversaire de l´entrée en vigueur du Traité de la CEE, signé en mars 1957. Ils étaient six pays fondateurs de l´actuelle Union européenne: l´Allemagne, l´Italie, la France, la Belgique, le Luxembourg et la Hollande. Ils sont aujourd´hui 27 pays, et bientôt plus. Ils ont grandi. Chez les Arabes, le 1er février 1958 naquît la République arabe unie (RAU) réunissant l´Egypte nassérienne et la Syrie (le Liban inclus). Feu Gamal Abdel Nasser fut élu le 22 février 1958 par référendum, président de la RAU. République qui obtint même un siège à l´ONU et projetait de réunir un maximum de pays arabes. Trois ans plus tard, en 1961, ce fut le divorce. L´Egypte garda l´emblème et le nom jusqu´en 1971. Depuis, les pays arabes érigent, fortifient et parfois se disputent les frontières qui sont censées les réunir, pendant que les Européens suppriment les frontières qui les séparent.

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