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LE RAMADHAN

L'essentiel

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Le musulman sincère n'a pas double visage ou de postures ambiguësLe musulman sincère n'a pas double visage ou de postures ambiguës

Le but est de se souvenir de l'essentiel, se maîtriser pour devenir pleinement humain.

Jeûner est un acte de foi. En ces temps modernes qui se sont construits sur le sentiment areligieux, voire antireligieux, la pratique du jeûne interpelle la société partout dans le monde en crise et témoigne que des citoyens ne renoncent pas au sens spirituel de l'existence, tout en assumant leur modernité.
La vie exige de témoigner paisiblement ce à quoi nous croyons. Le musulman sincère n'a pas double visage ou de postures ambiguës. Il reste attaché à ses racines et s'ouvre sur le monde. Il témoigne clairement et sait ou doit savoir qu'il a pour devoir de devenir fort, créatif et responsable.

Faire son examen de conscience
Il doit produire des idées et des richesses pour défendre ses droits et développer la société. Le meilleur être est le plus pieux et en même temps celui qui est utile à l'humanité. Jeûner permet de faire son examen de conscience, de rester lucide, afin de témoigner en toute sérénité. Ainsi, toute attitude passive, fermée, égoïste ou rigoriste n'est pas conforme à l'Islam. Etre utile et bénéfique pour son pays et l'humanité est une exigence coranique. Chacun doit sans cesse se dire que puis-je faire d'utile, de bien pour la patrie?
La priorité est d'élever la condition humaine dans sa société et de pratiquer la justice. Il est des actes qui permettent l'esprit critique, de voir clair et de donner du sens à la vie. Jeûner, au sens de s'abstenir momentanément d'actes naturels et de prendre du recul, correspond à cet horizon.
Il ne s'agit pas de se couper du monde, mais de cultiver le sens de la dignité, de prendre du recul et de donner une signification profonde à la vie, afin de bien sengager pour le bien commun. Le jeûne durant le mois de Ramadhan est un des cinq piliers de l'Islam. C'est le pilier le plus pratiqué. Il implique une abstention et une relation secrète, intime et profonde avec ce qui définit l'humain, la raison en lien avec la foi.
Etre musulman c'est connaître que la vie nécessite des repères, des valeurs et une éthique. Nous ne pouvons pas nous comporter de n'importe quelle manière. S'abstenir, un temps, sur le plan physique, de manger, de boire, et de toute relation qui satisfait le corps et les désirs, de l'aube au coucher du soleil, est une forme de rupture avec ce qui entrave notre vue. Jeûner est une forme de libération réfléchie. Sur le plan moral, il s'agit de s'abstenir de mauvaises pensées, ou de postures qui réduisent nos qualités de citoyen. Le point le plus saillant à rappeler à tous réside dans le fait que jeûner n'a pas pour but de devenir inactif, improductif ou stérile. Jeûner vise à se régénérer pour pouvoir participer pleinement à la vie de la Cité, en s'attachant au sens paisible et profond et non point à la superficialité et aux apparences.
Le but est de se souvenir de l'essentiel, se maîtriser pour devenir pleinement humain, vivre un état d'intériorité spirituel, plus que les autres périodes de l'année, afin de contribuer au bien commun. Un bel acte de foi et d'humanisme n'a de sens que s'il est en symbiose avec l'intérêt général. Eduquer, expliquer, tolérer le droit à la différence est le chemin de la sagesse. Dieu guide à sa lumière qui Il veut. Jeuner c'est partager avec les autres un état d'esprit qui dépasse le matériel. Le Ramadhan est le mois de la communauté, du bien commun, dit un hadith du Prophète (Qsssl).

Apprendre à vivre ensemble
Il s'agit de faire halte un mois, ensemble, pour fraterniser, s'élever et prendre du recul par rapport au vertige de la vie mondaine et terrestre. Il s'agit de se souvenir de l'origine de la vie et du temps béni de la descente du Coran durant ce noble mois afin de bâtir une société ouverte, équilibrée et responsable. Jeûner pour se souvenir d'autrui, des pauvres et des déshérités. S'élever, apprendre le dépassement de soi et faire le bien est favorisé par l'acte de jeûner. Jeûner durant le mois de Ramadhan, avec la prière, c'est l'acte religieux par excellence, l'acte de confiance, qui lie le croyant à son Créateur, de manière particulière. Jeûner c'est s'affirmer comme humain et comme société civile qui donne du sens à l'existence. Il est un acte culturel, car il produit des pratiques et des traditions sociales et culturelles de partage, de communion et d'entraide. Le Jeûne durant le mois de Ramadhan est un acte de témoignage spirituel où seule la modération est le bon chemin. Ni refuser le monde ici-bas, ni s'y noyer et s'y perdre, mais se préparer à l'autre monde en honorant la vie par le bien commun. A l'opposé des extrémismes, c'est un devoir humain.
Le musulman, qualité qui signifie celui qui se remet à Dieu en confiance, pratique ce jeûne conformément à sa foi et à la prescription claire et limpide du Coran, pour faire acte de piété en vue du bien. Sans l'ombre d'un doute, c'est une pratique religieuse d'utilité publique. Même les plus grands mystiques ou les esprits croyants les plus libres ne l'ont jamais ignoré pour donner l'exemple. Les Prophètes, d'Adam à Jésus, en passant par le Patriarche sidna Ibrahim, tout comme évidemment le Sceau des Prophètes, tous ont pratiqué le jeûne. Sans oublier les sages des cultures religieuses du monde, non monothéistes. Jeûner consiste aussi à se mettre en dialogue avec soi-même et les autres, afin d'apprendre à vivre ensemble. Pour dialoguer, il faut apprendre à écouter, donner et recevoir. Le désir et la volonté sincère de partager avec l'autre, sans rien lui imposer, ce que l'on croit être vrai, juste et beau s'affirment. Dialoguer pour savoir d'où l'on vient soi-même. Avoir à la fois la conscience et la fierté d'être ce que notre foi, notre parcours, notre histoire et notre terre ont fait de nous. Ceux qui, sans mémoire, déracinés, sans repères, méprisent l'autre différent auront des difficultés à dialoguer. On doit avoir la passion de l'étonnement, du questionnement, de son identité et l'humilité de se laisser transformer, de recevoir, de rester fidèle aux principes cardinaux de sa foi et religion. Une identité est la synthèse de valeurs multiples et évolutives. Une conjugaison entre les sources pérennes et les données évolutives. Dialoguer c'est reconnaître, sans syncrétisme, ni relativisme, que l'autre a une part de vérité et que nul n'est monolithique. On ne dialogue pas pour convertir par la ruse ou la force l'autre différent, ni prétendre lui faire la leçon.
Vivre humainement c'est témoigner à la fois fièrement et humblement de la vérité à laquelle nous croyons, sans prétendre détenir le monopole de la vérité. Aider l'autre à me comprendre et m'ouvrir à d'autres angles de vue pour le comprendre. Un dialogue n'est pas seulement un face-à-face entre deux étrangers, deux adversaires, ou deux êtres différents, il est aussi un dialogue avec soi -même. Pour avancer, rester vigilant et garder l'horizon ouvert. Il y va de l'avenir de tous. Jeûner c'est affirmer sereinement sa foi, sans exclure la nécessité du dialogue pour que l'autre me comprenne et respecte la différence.

Valoriser les valeurs de justice
En Orient, la relation humaine reste forte, mais d'un côté, le sous-développement et la tentation néfaste du repli intégriste, d'un autre côté, la mondialisation-occidentalisation et le libéralisme sauvage commencent à poser des problèmes de fond, sans oublier les interférences et les velléités d'hégémonies préjudiciables à l'indépendance et l'identité des peuples. Priorité à l'éducation, à la communication et au savoir pour réduire les fossés et garder vivante notre vision du monde. En Occident, il n'est pas aisé de jeûner dans une société majoritairement non-croyante ou non musulmane, mais cela peut être stimulant, d'autant que la sécularité et des valeurs communes lient tous les citoyens, croyants et non-croyants. Il est légitime d'expliquer à tous que c'est dans la tolérance et le respect que chacun doit évoluer et que la vie commune doit se passer dans le respect d'autrui différent. Les délires de certains, sous prétexte de modernisation et de libéralisation, qui souhaitent mettre fin à ce pilier de la foi, ne ridiculisent qu'eux-mêmes. Tout comme sont en porte-à-faux ceux qui jeûnent de manière mimétique et superficielle avec un esprit extrémiste, d'énervement et de fermeture sur soi. La lumière de la foi si haute et si profonde se moque des dérives et agitations. Jeûner est un chemin intime de l'élévation sereine qui doit s'affirmer comme un acte humaniste. Malgré tant de dérives ou d'écart entre la théorie et la pratique, le musulman, témoin incorruptible d'un sens de la vie équilibré et humaniste, doit être éduqué, civilisé et ouvert. Il ne pourra que rester sociable, serein et confiant et s'atteler aux problèmes du développement. Dans une mondialisation en manque de civilisation, il contribue à recréer du sens, du lien social et à valoriser les valeurs de justice, en somme, à reposer des questions essentielles.

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