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Démocratie «clés en main?»

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Elections plurielles en Irak, première consultation électorale en Arabie Saoudite. Si en Irak, c´est un peu un retour aux sources, en Arabie Saoudite ce scrutin, le premier du genre, constitue une véritable révolution. Mais une «révolution» très encadrée, car non seulement tous les Saoudiens n´ont pu être inscrits sur le registre électoral, mais surtout ces élections municipales (la moitié des nouveaux édiles sont élus, l´autre moitié est désignée par les autorités) ont eu lieu sans la participation des . De fait, au pays du conservatisme wahhabite, pour les Saoudiens, l´octroi parcimonieux de cette demi-citoyenneté ne résout en rien les problèmes de démocratie et de libertés auxquels se heurte la population locale qui plie sous le joug de l´une des monarchies les plus absolutistes du monde. Fallait-il voter pour voter, ou était-ce pour l´Arabie Saoudite, pressée par l´Occident de se réformer, un gage d´ouverture contrôlée, qui laisse les choses en l´état, tout en donnant l´impression d´avancer alors même que mettre un bulletin dans une urne n´a jamais signifié démocratie, et a fortiori, libertés et droits de l´Homme. De fait, les élections qui ont eu lieu récemment en Irak et qui se poursuivent en Arabie Saoudite, donnent à voir l´image contrastée d´un monde arabe toujours à la recherche d´un équilibre introuvable du fait même des régimes autoritaires qui sont établis dans ces contrées qui balancent encore entre les choix de la modernité et le maintien dans le Moyen Age, avec tout ce que cela implique aux plans politique et social. Entre un Irak laïque, qui sort certes d´une longue dictature et une monarchie saoudite rétrograde, où l´esclavage a encore cours, il n´y a vraiment pas photo. Ainsi, au moment où les Irakiens renouent avec les urnes, les Saoudiens découvrent un concept, le suffrage universel, -par lequel les citoyens expriment un choix politique-, qui sans doute, représente pour les sujets de Sa Majesté Fahd Ibn Abdelaziz, un fait nouveau, mais pour la monarchie un pis-aller, sinon un barbarisme de mauvais aloi. De fait, seule une petite minorité de Saoudiens, sans les , a été admise à accomplir le geste civique de voter. A contrario, en Irak, les vannes ont été ouvertes à fond et les binationaux, qui ont quitté le pays depuis des décennies, et même des Juifs israéliens, -certes d´origine irakienne-, ont été autorisés à participer à cette étrange kermesse censée donner aux citoyens irakiens de choisir des représentants qui auront la délicate tâche de mettre au point la future loi fondamentale qui marquera le destin de ce pays. De fait, la manière avec laquelle les gouvernants en Irak, -un scrutin ouvert à tous les vents-, et en Arabie Saoudite, -une consultation strictement encadrée et parcimonieuse- ont procédé à ces élections, confine au folklore et a peu de rapport avec la démocratie et le choix citoyen. En Irak, il fallait coûte que coûte organiser ce scrutin même si 20% de la population, les sunnites, brillent par leur absence qui ont décidé de boycotter les élections législatives du 30 janvier dernier. Le Parlement irakien ainsi élu est-il représentatif, ses membres vont-ils pouvoir travailler dans la sérénité, quand l´une des composantes du pays sera absente des travaux de mise au point d´une Constitution qui dessinera le devenir du pays? Quels objectifs sont assignés à des élus saoudiens qui en sont encore à la découverte du suffrage universel et du rôle de l´édile dans la marche des collectivités locales? Or, la démocratie, et son corollaire, la participation des citoyens à la gestion des affaires du pays, -aussi naturelle dès lors de l´existence d´un Etat-, ne s´improvise pas et est la résultante d´une culture démocratique qui n´existe ni en Irak, ni en Arabie, Saoudite. L´Occident, et singulièrement les Etats-Unis, qui pensent pouvoir exporter la «démocratie clés en main» dans les pays arabes, font là un mauvais calcul et une grave erreur de jugement en faisant brûler les étapes à des peuples qui ont toujours vécu sous le joug de pouvoir autoritaire dont nombre de potentats arabes ne comprennent pas encore la signification des mots «démocratie» et «liberté», tous se considérant comme les hommes providentiels de leurs peuples. De fait, la démocratie est une lutte communautaire de longue haleine à laquelle la majorité des peuples arabes ne sont pas préparés. Et c´est cette réalité qui a été renvoyée par les récents scrutins en Irak et en Arabie Saoudite, confortée par l´indécision des Arabes à prendre, par eux-mêmes, en charge les réformes qui s´imposent à eux sans qu´ils y soient contraints de l´extérieur. Aussi, une démocratie artificielle, à l´esbroufe, n´a jamais contribué à asseoir les libertés et les droits de l´Homme.

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