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Un mort, beaucoup de questionnements

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Les attentats de ces derniers jours, les menaces qui pèsent sur la stabilité du Liban, mettent le pays des Cèdres au bord du gouffre au moment où la communauté internationale focalise sur l´assassinat de l´ancien Premier ministre Rafik Hariri, dont l´ONU vient de rendre public, jeudi, le rapport de la commission d´enquête diligentée par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Outre les tensions entretenues autour du départ des forces militaires syriennes, de l´exigence de l´opposition portant sur la démission du président Emile Lahoud, du procureur général et des chefs de six services de sécurité, c´est encore l´élucidation du meurtre de Hariri, les circonstances de ce forfait et la divulgation du (des) nom(s) du (ou des) commanditaire(s) derrière ce crime qui mobilisent aujourd´hui l´opposition et la société civile libanaise. De fait, le Liban traverse une mauvaise passe qui rappelle, par certains de ses aspects, la situation prévalant en 1974/1975 à la veille de la guerre civile qui ravagea le pays des Cèdres, et c´est le spectre du retour de la guerre qui hante aujourd´hui un Liban qui n´a jamais été aussi près de l´explosion. Aussi, l´éclaircissement des circonstances de la mort de Rafik Hariri pèsera largement sur le futur du pays, d´autant plus que le rapport de l´ONU a été très sévère quant au fonctionnement proche de « l´irresponsabilité» des services de sécurité libanais, lesquels, selon la commission d´enquête de l´ONU, «ont fait preuve de négligences sérieuses et systématiques dans la réalisation des tâches habituellement accomplies par un appareil national de sécurité professionnel». Aussi, «la restauration de l´intégrité et de la crédibilité de l´appareil de sécurité libanais est d´une importance vitale pour la sécurité et la stabilité du pays». La commission Fitzgerald, sans aller jusqu´à accuser Damas d´être derrière l´assassinat de Hariri, -pas que l´opposition n´a pas, pour sa part, hésité à faire en faisant assumer au régime syrien la responsabilité de l´attentat qui a coûté la vie à l´ancien Premier ministre libanais-, a accablé Damas, l´accusant notamment de «lourdes» ingérences dans les affaires internes du Liban. Le commission de l´ONU a ainsi indiqué que «le gouvernement syrien porte la principale responsabilité de la tension politique qui régnait (au Liban) avant l´assassinat». Il «exerçait une influence qui allait au-delà de l´exercice raisonnable de relations de voisinage». Enfonçant le clou, la commission Fitzgerald précise que Damas «interférait dans les détails de la gouvernance du Liban d´une manière lourde et inflexible qui était la principale raison de la polarisation politique qui s´en est suivie». Ainsi, le rapport de la commission de l´ONU met-il à nu les ingérences de Damas de même que les pesanteurs des renseignements syriens sur la vie politique au Liban. Cependant, en focalisant sur Damas les feux de l´actualité -en étant le supposé commanditaire, ou derrière cette tragédie- comme l´on a pu en déduire de l´assassinat de Hariri qui, en tant que Premier ministre, avait à maintes reprises demandé le retrait des forces syriennes du Liban, il y a comme un défaut, car la mort de Hariri ne servait pas et ne pouvait servir les intérêts de la Syrie. Aussi, quelque part, la Syrie a-t-elle été piégée par la mort de l´un des porte-drapeaux de l´opposition libanaise qui servait bien des intérêts sauf celui du «grand ami» syrien. Dès lors, élucider les causes de la mort de Rafik Hariri est devenue une priorité politique pour un pays où la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. C´est sans doute ce qu´a compris le président Lahoud, qui a fini par demander, jeudi, au secrétaire général de l´ONU, -avec lequel il a eu un entretien téléphonique, au cours duquel M.Annan a informé le président libanais des conclusions de la commission Fitzgerald- l´assistance des Nations unies pour la mise en oeuvre d´une commission d´enquête internationale indépendante, afin «de faire le nécessaire pour établir la vérité sur le crime le plus rapidement possible», enquête exigée en fait, dès le 14 février, par l´opposition sans recueillir alors l´adhésion du pouvoir. Le secrétaire général de l´ONU, évoquant les attentats du 19 et du 23 mars à Beyrouth, a également appelé «le gouvernement libanais à traduire devant la justice les responsables». Prenant acte de cette demande, le président Lahoud, qui a été contraint de lâcher du lest, s´est dit prêt, dans un communiqué de la présidence libanaise, «à châtier très sévèrement les auteurs, les commanditaires, les partenaires, les complices et les incompétents», ajoutant: «Je suis déterminé à mener tous les efforts, à utiliser tous les moyens et avoir recours à toutes les instances et potentialités internationales et arabes pour faire la lumière» sur cet assassinat. De fait, les observateurs ont surtout retenu le fait que le régime libanais en place laisse entendre, pour la première fois, qu´il est prêt à entériner la constitution d´une commission d´enquête internationale, pour faire la lumière sur l´assassinat de Hariri. Acculé, le gouvernement du président Lahoud, qui n´avait pas d´autre issue en vérité que celle d´accéder à la constitution d´une commission d´enquête internationale, tente de sauvegarder un crédit largement entamé par ses hésitations et ses reculades, lesquelles ont ravivé de vieilles rancoeurs que l´on pensait disparues avec la fin de la guerre civile en 1990, quand l´affaire Hariri, par les dimensions internationales qu´elle a prises, signera sans doute la fin de mission du régime pro-syrien au Liban. La fin est là, l´énigme Hariri risque de sonner le glas pour un régime qui n´a pas su se remettre en cause et surtout tirer profit de la paix pour amender la Constitution du pays et engager le Liban dans une véritable démarche vers la démocratie, les libertés collectives et les droits de l´homme, conformément à l´accord de paix de Taef de 1989 qui mit fin à la guerre, mais n´eut pas les suites espérées.

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