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Colonies : la paix vue de Washington

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Washington continue de maintenir l´ambiguïté sur sa position en rapport avec les blocs de colonies juives en Cisjordanie. En vérité, il y a comme une volonté de maintenir sciemment une certaine confusion sur les colonies juives en territoires palestiniens que d´aucuns s´accordent à estimer être l´obstacle majeur à l´édification d´un Etat palestinien durable. Aussi, l´annonce de l´extension des blocs de colonies en Cisjordanie remet en question le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. C´est ce que réitère le Premier ministre palestinien, Ahmed Qorei, qui a affirmé, dimanche dernier, que «le maintien de ces blocs (de colonies juives) est extrêmement dangereux car il invalide l´Etat viable dont a parlé le président Bush dans sa vision de deux Etats», Israël et la Palestine, «vivant côte à côte». La question des colonies est revenue à l´ordre du jour après la décision du ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz, de donner le feu vert à la construction de 3500 logements dans les colonies juives de Cisjordanie, feu vert confirmé par le gouvernement israélien qui a annoncé qu´il allait continuer à construire des logements dans les trois principales colonies israéliennes de Cisjordanie, Maalé Adoumim (à l´est de Jérusalem), Goush Etzion (au sud de Jérusalem) et Ariel (nord de la Cisjordanie). Le problème est d´importance car l´existence de ces colonies rend sans lendemain les efforts consentis pour aboutir à une paix équitable entre Palestiniens et Israéliens. En effet, comment d´un côté défendre le processus de paix et y investir des efforts politiques et diplomatiques énormes, tout en donnant droit à Israël de continuer à conforter sa présence dans les territoires palestiniens par, notamment, l´extension des colonies juives de peuplement en Cisjordanie? C´est là où la position des Etats-Unis est peu claire et ouvre la voie à toutes les supputations. Ainsi, après l´annonce de la construction de 3500 logements à Maalé Adoumim, les Etats-Unis ont fait part de leur «inquiétude» comme l´a déclaré la secrétaire d´Etat américaine, Condoleezza Rice à la presse en indiquant: «Nous avons fait part de nos inquiétudes aux Israéliens». Mme Rice a ainsi estimé que ce plan est «en porte-à-faux avec la politique américaine» et les explications d´Israël «n´apportent pas vraiment une réponse satisfaisante». «Il est inquiétant de voir que la colonie (de Maalé Adumim) est (un endroit) près de Jérusalem», a-t-elle souligné. Là où il y a confusion est le fait que Washington qui, à l´instar de la communauté internationale, considérait illégales toutes les colonies, envisage désormais que des blocs soient placés sous souveraineté israélienne. Or, il y a comme un défaut, ou Washington est contre ces colonies, qu´il le dise clairement, ou il les approuve, à ce moment-là on ne voit pas à quel jeu se livrent les Américains. De fait, les choses ont rebondi après une déclaration controversée de l´ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Dan Kutzer, lequel, dans un premier temps, avait indiqué le «désaccord de son pays» à une extension des colonies avant de revenir sur cette affirmation en déclarant avoir été mal compris et que les Etats-Unis s´en tenaient à la déclaration faite par le président George W. Bush, affirmant: «Il y a des ententes très claires entre Israël et les Etats-Unis sur les blocs d´implantation, telles qu´elles ont été exprimées dans les déclarations du président George W.Bush en avril dernier». De son côté, Mme Rice a nié tout désaccord avec Israël sur un futur maintien des blocs de colonies en Cisjordanie, dans une interview diffusée dimanche par la radio publique israélienne. Alors à quoi rime cette pseudo-inquiétude exprimée par Mme Rice? Elle dira en effet: «La position américaine est qu´il faudra prendre en compte, dans les négociations sur le statut final des principaux centres de population existant» en Cisjordanie, ajoutant: «Certaines personnes cherchent à entretenir une confusion à ce sujet, bien qu´elle n´ait pas de raison d´être. Je comprends qu´on touche là à un enjeu politique majeur en Israël, mais personne n´a le droit de dire qu´il n´y a pas d´accord entre nos deux gouvernements». De fait, le président Bush avait déclaré le 14 avril 2004, lors d´une conférence de presse avec le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, à Washington qu´ «il est irréaliste de penser que le résultat des négociations sur un règlement définitif aboutira au retour total sur les frontières de l´armistice de 1949». C´est là où apparaît la mauvaise foi américaine dans toute son étendue, car soit M.Bush ment, soit il n´est pas informé des tenants du conflit israélo-palestinien et les positions défendus par les Palestiniennes sur la question. En effet, M.Bush évoque l´irréalisme du retour aux frontières de 1949, alors même que les Palestiniens, ou les Arabes, revendiquent plutôt le retour à la ligne de démarcation du 4 juin 1967, -existante avant la guerre de Six jours du 5 juin de la même année-. Or, les Palestiniens qui veulent la paix, n´ont plus d´illusions sur l´érection de l´Etat palestinien dans les frontières qui lui ont été octroyées par la résolution 181/II du 29 novembre 1947, qui partagea la Palestine historique entre un Etat juif et un Etat arabe, et sont en droit, en revanche, de réclamer l´homologation des frontières du futur Etat palestinien à partir de la ligne verte de 1967, les Palestiniens, s´affirmant par ailleurs ouverts à des rectifications mineures appropriées qui ne remettent pas en cause la viabilité de l´Etat palestinien. Or, les blocs de colonies juives constituent un obstacle majeur à l´érection d´un Etat palestinien stable, comme le rappelle le Premier ministre palestinien, Ahmed Qorei qui souligne, «Ces blocs que l´administration américaine a légitimés en donnant son soutien à Israël rendent impossible la création d´un Etat palestinien viable». Dans cette affaire des colonies, les Américains semblent avoir, bel et bien, négocié à la place des Palestiniens, en acceptant à l´avance le maintien des blocs de colonies en Cisjordanie qui morcellent dangereusement ce territoire comme le montre l´exemple de la colonie d´Ariel, implantée à 22 km en profondeur en territoire palestinien occupé et construit sur la principale nappe aquifère de la région. Or, l´équation est simple, soit Israël veut réellement la paix et doit consentir les efforts y afférents, dont le démantèlement des blocs de colonies, soit il ne veut pas d´une paix équitable et cherche seulement à gagner du temps. A ce moment, la question se pose : à quel jeu jouent les Etats-Unis, car même les Américains doivent être en mesure de comprendre que la paix se négocie à deux et ne peut se construire sur la dépossession d´un peuple.

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