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Sérieux les Arabes?

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Deux régions aux potentialités énormes, le continent sud-américain et le monde arabe, se rencontraient les 10 et 11 mai à Brasilia, capitale du Brésil, à l´initiative du président brésilien Luis Inacio «Lula» da Silva, dans un sommet inédit et unique dans les annales des rapports entre Arabes et Latino-Américains.
Cette première rencontre de l´histoire entre Sud-Américains et Arabes est assez particulière pour susciter l´intérêt des participants, notamment arabes, -plus ou moins marginalisés dans un monde marqué par la globalisation et les regroupements et/ou la création de grands ensembles économiques-. Aussi, la signification du sommet de Brasilia n´échappe à personne d´autant plus qu´il offrait l´opportunité de rétablir des passerelles entre Arabes et Sud-Américains.
Certes ! Toutefois, il fallait encore une fois compter avec les humeurs fantasques de dirigeants arabes qui, telles des divas, et pour rester fidèles à leur réputation, se sont fait massivement, portés pâles pour ces retrouvailles arabo-sud-américaines. Beaucoup de chefs d´Etat arabes ont ainsi préféré rester chez eux montrant par là tout le sérieux, pour ne pas dire le respect, qu´ils accordaient à un événement annoncé et préparé depuis deux ans et cautionné par les sommets arabes de Tunis en 2004 et d´Alger en mars dernier. Cette nouvelle défaillance arabe a mis à juste raison le secrétaire général de la Ligue arabe, l´Egyptien Amr Moussa, dans tous ses états, lui qui s´est totalement investi ces derniers mois pour assurer le succès d´un rendez-vous fort attendu singulièrement par les hommes d´affaires sud-américains dans la perspective, outre d´investir un marché juteux de quelque 300 millions de consommateurs, d´établir des liens économiques et financiers avec une région qui reste largement en friche. En fait, cette absence de dirigeants arabes au sommet Amérique du Sud-Monde arabe met en porte-à-faux le président en exercice de la Ligue arabe, qui copréside le sommet de Brasilia, le président algérien Abdelaziz Bouteflika qui, en dépit de son charisme et de son expérience diplomatique, aura du mal à expliquer aux Sud-Américains ces absences de monarques et chefs d´Etat arabes que, en réalité, rien ne justifie. De même, il est évident que le président brésilien, Luis Inacio «Lula» da Silva, initiateur de ce sommet, qui n´a pas lésiné sur ses efforts pour la réussite de ce rendez-vous historique et faire du sommet arabo-latino-américain le point de départ de novelles relations entre ces deux importantes régions du monde, goûtera très peu ces faux-bonds de ses pairs arabes. Toutefois, faut-il s´étonner de cet énième coup de Jarnac de dirigeants arabes qui ont habitué le monde à leur inconstance et, sans doute aussi, à leur immaturité politique, semblant vivre hors du temps et de la dure réalité qui est celle d´un monde en constante évolution, quand les Arabes se mettent d´eux-mêmes en marge de cette évolution. Or, nombre de paramètres incitaient les Arabes à rompre avec leurs (mauvaises) habitudes d´attentisme pour prendre au vol cette opportunité qui leur était donnée de revenir aux avant-postes afin de participer pleinement aux mutations qui traversent ce début de troisième millénaire et, -pourquoi pas- infléchir ces changements pour une meilleure prise en charge des intérêts du Monde arabe afin qu´on ne lui impose plus le fait accompli comme cela a été le cas au long des décennies écoulées.
Au plan économique, le Monde arabe avait ainsi l´opportunité de faire valoir ses potentialités économiques et industrielles, hors hydrocarbures, au plan politique, raffermir avec le monde latino-américain des relations quelque peu distendues ces dernières années, avec en toile de fond faire mieux comprendre la problématique proche-orientale à même de conforter le soutien des pays latino-américains à la cause du peuple palestinien.
Certes, des dirigeants arabes sont présents au Brésil, mais cela n´atténue en rien l´absence remarquée de responsables arabes et, surtout, cela n´excuse en rien, le (nouveau) faux pas de responsables arabes, trop imbus de leur personne, qui ne comprennent toujours pas le sens des relations publiques et à qui, last but not least, la mondialisation ne leur laisse plus la possibilité de se croire au-dessus de la mêlée, de jouer aux potentats, -ce qu´ils sont en fait-, n´en faisant qu´à leur tête, ne comprenant pas, surtout lorsqu´il s´agit de dirigeants, alors que le monde a changé, que chacun doit s´assumer et assumer ses responsabilités, envers ses administrés, envers ses partenaires internationaux.
Après Alger, où nombreux étaient les monarques et chefs d´Etat arabes qui ont brillé par leur absence lors du sommet arabe qui s´est tenu les 22 et 23 mars dans la capitale algérienne, voilà que les mêmes récidivent en décidant de faire l´impasse sur le premier sommet pays arabes- pays latino-américains.
Des absences qui, outre de souligner le manque de sérieux des dirigeants arabes, mettent en exergue l´obsolescence dans laquelle se meuvent monarques et chefs d´Etat arabes et expliquent les retards cumulés par les pays arabes en termes de bonne gouvernance, de démocratie et de droits de l´Homme, d´ouverture économique et politique.
Ce sont ces carences des dirigeants arabes qui donnent le droit à des pays tiers, comme les Etats-Unis, de dicter leur conduite aux pays arabes. Ce sont ces tares des responsables arabes qui pénalisent aujourd´hui en premier lieu les peuples arabes qui restent soumis au bon vouloir de potentats qui n´ont pas compris que le monde qui change est en train de se faire sans les Arabes, s´il ne se fait pas contre eux.

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