Enfin le vote !

C´est aujourd´hui que les électeurs auront à départager les six candidats à la magistrature suprême. Que va-t-il sortir des urnes ce jeudi? C´est en fait l´interrogation qui travaille d´aucuns. Qui va être élu par le peuple souverain? Aurons-nous la continuité avec le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, dont le premier mandat avait eu tendance à glisser dangereusement vers l´absolutisme, jusqu´à susciter des scènes d´allégeance, comme on a pu le voir, de manière récurrente, ces derniers mois lors de ses «visites de travail» à l´intérieur du pays? Le peuple choisira-t-il le changement et la rupture, leitmotiv du candidat Ali Benflis, qui veut répudier les pratiques du passé, et qui promet d´instaurer et de consolider l´Etat de droit et l´ouverture démocratique? Enfin, allons-nous assister, avec le postulant Saâd Djaballah Abdallah, à la pose des premiers jalons de l´Etat islamique que le chef d´El-Islah ne désespère pas d´instaurer? Toute chose égale par ailleurs, et sans préjuger des chances de Mme Hanoune et de MM. Rebaïne et Sadi, il est probable, au vu des tendances lourdes qui se dessinent, que le challenge présidentiel se résume à ces trois fortes personnalités représentatives des philosophies politiques en cours et porteuses en elles du devenir d´une Algérie en attente de sortie d´une crise qui n´a que trop duré. En réalité, ce sont
là les trois options fortes offertes aux Algériens que symbolisent les candidats cités plus haut. Avec M.Bouteflika, et en nous en tenant à ses déclarations de campagne, il est proposé aux Algériens de ratifier une forme étriquée, sinon fermée, du champ politique national. De fait, voulant promouvoir un présidentialisme fort, le président-sortant veut concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, laissant peu de place aux institutions de l´Etat et/ou aux groupes structurés (partis politiques et société civile) pour s´impliquer dans la conduite des affaires de l´Etat, au moment où les citoyens aspirent à participer plus directement à la gestion du pays. M.Saâd Djaballah, qui ne renonce pas à l´avènement de l´Etat islamique, espère pour sa part que cette présidentielle constituera, à tout le moins, le marche-pied idéal pour parvenir à ses desseins lesquels, tels que formulés lors de sa campagne électorale, induisent une menace sur les libertés collectives et individuelles, ce qui constituera un retour en arrière avéré quand la communauté humaine va de l´avant. Deux visions du pouvoir, en fait concomitantes, car toutes deux ont en commun la volonté de restreindre davantage les libertés et la prise de participation citoyenne dans la formalisation des choix politique, économique et social du pays, choix, jusqu´à aujourd´hui, décidés en solitaire, au nom du peuple souverain, par l´homme fort du moment. Ali Benflis, pour sa part, prend date et promet le changement par l´ouverture démocratique, la réalisation de la bonne gouvernance et la promotion de l´Etat de droit, la réhabilitation du travail et la rénovation de l´appareil industriel. Des options revendiquées par des parties de plus en plus larges du champ politique et de la société civile algériens. Toutefois, tout en prenant acte de ces bonnes dispositions du candidat rénovateur, celles-ci risquent d´être mises en défaut par les ralliés de la dernière minute, une faune qui se positionne dans un opportunisme débridé en faveur de celui qui s´installe, ou donne l´impression de s´installer, en pole position. Le danger pour M.Benflis est dès lors de voir ses promesses qui, peu ou prou, répondent aux attentes et espoirs des Algériennes et des Algériens, se diluer dans un populisme porteur de tous les malentendus, tant l´environnement politique joue un rôle crucial dans la concrétisation des promesses électorales. Les Algériens qui ont eu une quinzaine de jours pour voir et écouter les postulants à la magistrature suprême, auront sans doute, à l´heure de déposer leur bulletin de vote, fait le bon choix, un choix qui, faut-il le souligner, engagera le pays pour cinq longues années pour, souhaitons-le, le meilleur. Il est évident que ce concept se discute d´autant plus que nombre de citoyens voient le meilleur dans le charisme de Bouteflika, d´autres dans la chéchia de Saâd Djaballah et beaucoup dans le sourire franc et avenant de Benflis. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, certes, mais maintenant il n´est plus question de cela, il faut conclure. En fait, l´enjeu de ce jeudi consiste à ne pas se tromper dans son choix, celui de donner au pays l´homme de devoir, capable d´humilité, qui fera sienne la devise de Boudiaf, «l´Algérie avant tout»; celui qui sera en mesure de réconcilier les citoyens avec l´Etat et leur redonner foi dans ses institutions, rendre aussi confiance aux milliers d´Algériennes et d´Algériens dont l´ambition se réduit, aujourd´hui, à obtenir le visa, sésame qui ouvre d´autres horizons que ceux que (ne) leur offre (pas) le pays, celui enfin qui encouragera les milliers de cadres et les capitaines d´industrie nationaux expatriés à revenir au pays pour participer à son développement. En un mot, l´Algérie a besoin d´un homme qui sache l´écouter et surtout l´entendre, la comprendre, apte au dialogue, et qui ne prétende pas être le messie. Cet homme-là, s´il existe, je vote pour lui les yeux fermés.