Profession: journaliste

De nouveau, l´élaboration d´un code de l´information est remise à l´ordre du jour au moment où la profession de journaliste est au centre de tous les excès. Entre les velléités d´encadrement de la profession et les harcèlements dont ils font l´objet, les journalistes algériens se retrouvent à faire de l´acrobatie sur une corde raide. Mais, un code pour quoi faire? C´est en vérité la question qui se pose depuis les temps qu´on discute de la régularisation des métiers de l´information. Pourquoi les règles de déontologie journalistique doivent-elles être parachutées?. En effet, à quoi sert un code de la presse supervisé par les pouvoirs publics, si ce n´est à encadrer la profession, et lorsqu´il est assigné à celle-ci un cadre «officiel», peut-on vraiment évoquer la liberté de dire et d´écrire? En fait, la liberté d´expression «normalisée» d´en haut, est un non-sens dans la mesure où il appartient à la profession de s´organiser selon ses propres critères et estimations de la pratique. Cela, d´autant plus que les pouvoirs publics ont à leur disposition tout l´arsenal du code commercial (registre du commerce) et du code pénal pour sévir contre les contrevenants, ce que d´ailleurs ils ne se font pas faute d´appliquer (cf ; le nombre de journalistes actuellement en prison). De fait, tous les gens du métier estiment que l´actuel code de l´information est un code pénal bis. Or, regardons autour de nous, si code il y a, il ne peut être que le produit de réflexions de la profession autour des devoirs et des droits du journaliste, tant il est vrai que l´on ne peut être jugé que par ses pairs (cf; l´ordre des avocats, l´ordre des médecins ou des notaires notamment). Pour dire qu´un code de l´éthique du journaliste est incontournable, mais celui-ci doit être le fait de la profession et uniquement elle. Autrement cela nous ramènera droit à l´article 24 du défunt code de l´information de 1982 qui stipule notamment «le monopole de toute activité de distribution des informations écrites est dévolu à l´Etat». En d´autres termes, la production, la diffusion et la distribution de l´information est de la seule compétence de l´Etat, c´est-à-dire des seuls gouvernants. Cqfd. Et les harcèlements auxquels des hommes de la presse font face visent, sinon à réintroduire l´allégeance à des clans du pouvoir, du moins à la remise au goût du jour de l´autocensure, renvoyant le journalisme à la situation qui était la sienne dans les années 70/80. Un code de l´éthique et de la déontologie est indispensable, car il a l´avantage de réguler la profession d´une part, d´instaurer une certaine discipline professionnelle d´autre part, mais cela doit être le fait de la profession. Aussi, quelle que soit l´appellation sous laquelle il est connu -code d´éthique et de déontologie, charte du journaliste professionnel, code d´honneur- la finalité est la même, organiser la profession sur les bases du respect de principes immuables, caractérisés par l´obligation d´informer correctement, de défendre la liberté et l´indépendance de l´information, de contrôler ses sources, de garder le secret professionnel, de ne pas divulguer ses sources notamment. Parmi les interdictions, relevons celle de calomnier ou diffamer, de dévoiler la vie privée des gens, ou de faire l´apologie de la violence. Ce sont là en vérité les devoirs d´astreinte auxquels tout journaliste est tenu. La liste n´est pas exhaustive certes, mais elle établit suffisamment les bases sur lesquelles se fondent les règles de conduite de la profession de journaliste. Mais cela, c´est évident, relève du domaine de compétence de la profession. Ainsi, il existe de par le monde de plus en plus de commissions paritaires éditeurs-journalistes, qui établissent en commun les droits et devoirs des journalistes. Dans de nombreux pays ces commissions, -ou conseils-, de la presse sont présidées par une personnalité neutre, en général un magistrat. Aussi, il nous appartient de nous organiser en conséquence afin d´assainir le milieu d´une part, d´autre part d´élever le niveau de la pratique en rétablissant la cohésion de la presse, cela quelles que soient les opinions exprimées. Il est vrai que ce n´est pas «l´information responsable» (celle qui plaît aux puissants, -il y eut durant les années de plomb, son pendant, la «démocratie responsable-), mais nos diversités, nos débats contradictoires, qui font le crédit de nos écrits et donnent aux citoyens d´être informés. Un spécialiste du droit et de la communication, Bernard Voyenne, affirme sans ambages «Sans la liberté d´informer, (...), il n´y a pas d´information, sans information, il n´y a pas de citoyens» (Bernard Voyenne Le droit d´informer Edition Aubier - Montaigne) Partout dans le monde, on estime aujourd´hui que le droit à l´information, est un droit fondamental, au même titre que le droit à la santé, à la sécurité et à l´éducation. Et l´éthique du journaliste aide beaucoup à défendre ce droit. Mais la conquête de ce droit ne s´est pas faite du jour au lendemain. Il a fallu à la profession des siècles de lutte pour imposer les règles du droit à l´information. Reste seulement à espérer que les pouvoirs publics tirent les enseignements de ce qui a été fait dans le monde et de ne pas renouveler le gâchis qu´avait été l´industrie «industrialisante» en Algérie, quand les gouvernants n´ont pas tenu compte du capital expérience vécu ailleurs. Pour revenir à notre propos, la libre expression est l´un des paliers incontournables de l´apprentissage de la démocratie. Aussi, il appartient à chacun de tracer ses lignes rouges, y compris, sans doute surtout, le pouvoir, et de s´y tenir, si l´on tient qu´une presse soumise, qui occulte les vérités qui fâchent, ou qui doit dire seulement ce qui plaît aux puissants, ça ne peut pas être cela la bonne gouvernance, et encore moins la démocratie, qui est fondée sur la liberté d´expression sous toutes ses formes.