Alliance par défaut

Quinze années après l´ouverture de l´espace politique national, il n´existe pas de véritable culture politique forgeant une classe politique qui s´assume et sache assumer ses positions politiques. C´est dû, en fait, à l´absence de traditions et de pratiques politiques que confèrent les luttes ouvrières et sociales. Or, nombreux sont les politiciens entrés dans l´espace politique national, soit par accident soit par effraction, n´ayant en réalité milité ni dans un parti politique ni dans un syndicat leur donnant d´affermir idées et concepts politiques. Aussi, ce déficit de conscience politique de nombreux politiciens algériens se répercute-t-il négativement sur la marche des affaires de l´Etat. La persistance même d´une transition qui n´en finit pas de se perpétuer est là pour dire tout le fossé existant entre la réalité telle que vécue par les citoyens et les propos lénifiants que tiennent volontiers des responsables politiques qui donnent l´impression de vivre ailleurs que parmi leur peuple. Or, l´image peu flatteuse que donnent d´eux responsables et édiles est là pour dire combien il est difficile d´être un homme d´Etat. La mal-gouvernance et autres scandales qui secouent les APC, par exemple, - «gouvernées» par des coalitions politiques -, illustrent pleinement cette absence de conscience de servir. Aussi peut-on se demander sur quoi sont bâties les coalitions dont les membres ne croient pas aux principes qu´ils prétendent défendre. Or, ces alliances bancales sont plus ou moins reproduites au niveau du gouvernement, induisant une cacophonie de mauvais aloi. On le constate sur des questions aussi graves que les dossiers de la réforme de l´école, de l´amendement du code de la famille, ou encore la vision qu´ont les uns et les autres de la concorde et de la réconciliation nationale. Ces divergences étalées en public mettent en porte-à-faux des alliés plus occupés de leurs intérêts que réellement soucieux de concrétiser le programme (présidentiel) qu´ils se sont engagés à appliquer. Ce qui implique à l´évidence qu´ils fassent l´impasse sur leur propre programme politique ou projet de société. Il est absurde en effet, que des partis, membres d´une coalition gouvernementale, comme l´est le MSP de Bouguerra Soltani, découpent le programme du gouvernement en tranches pour n´en accepter que ce qui les arrange et en rejeter ce qui ne leur convient pas. Ce que pratique le MSP qui rejette, globalement et dans le détail, les amendements du code de la famille, entérinés en Conseil de gouvernement où siègent des ministres islamistes. Même l´entrisme - spécialité en fait du MSP - doit sans doute avoir des limites au-delà desquelles, - ne serait-ce que dans l´optique d´une lisibilité du champ politique national -, il faut savoir assumer ses positions politiques et en tirer les conclusions qui s´imposent. Or, M.Soltani, président du MSP, qui a développé dans de récentes interventions publiques, des idées frontalement en contradiction, voire opposées à celles défendues par le chef du gouvernement et secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia, ne semble nullement gêné par cette tromperie. Or, cette cacophonie au sein du gouvernement à propos des dossiers du code de la famille et de la réforme de l´école, fait désordre, et discrédite quelque part ses auteurs et la politique qu´ils sont censés mettre en application. Cela pose en fait la question de savoir sur quels critères a été bâtie l´actuelle cohabitation gouvernementale, qui donne de plus en plus l´impression d´être une alliance par défaut, faute de mieux. En fait, en 1999, dès les premières semaines suivant son élection à la magistrature suprême, le président Bouteflika avait déploré haut et fort, l´absence en Algérie, d´hommes d´Etat. Le chef de l´Etat ne pensait pas si bien dire car il faut croire que la situation n´a pas grandement évolué au regard des impérities des uns, des foucades des autres plaçant les intérêts de leurs partis ou personnels avant ceux de l´Etat qu´ils sont censés servir en toute circonstance. Autrement, il faut avoir l´honnêteté politique et intellectuelle de choisir son camp, car il n´est pas possible d´avoir un pied dans le gouvernement et l´autre dans l´opposition comme le fait sans état d´âme le parti de Bouguerra Soltani. Certes, la politique, c´est l´art du possible, dit-on, mais, faut pas pousser n´est-ce pas? Toute coalition politique a ses règles et une fois acceptées par les contractants, il faut, soit mener cette alliance à son terme, soit - lorsque certains de ses membres estiment que la politique suivie est en contradiction avec les principes et convictions qu´ils défendent - en tirer la conséquence qui est la démission. C´est l´abécédaire même de tout homme politique qui se respecte et respecte partenaires et adversaires politiques. Sinon, la politique ne serait plus que le sésame de tous ceux qui font du jeu politique un fonds de commerce leur donnant accès au bien-être social. Or, l´alliance telle qu´elle est pratiquée par les trois partis de la majorité présidentielle, bouleverse les règles du jeu politique. Entre un parti islamiste, le MSP, flirtant dangereusement avec l´intégrisme, un RND, se positionnant dans la mouvance nationale-démocrate et un FLN dévitalisé par les luttes de clans, il n´y a, à l´évidence, pas photo. De fait, à l´encontre du MSP qui est contre et du RND, qui est pour, le FLN navigue entre le pour et le contre, tiraillé entre les pro-islamistes et ceux qui n´ont pas d´opinions bien arrêtées sur les amendements du code de la famille et sur la réforme de l´école. Aussi, nombreux sont les hommes politiques ignorants, ou oublieux des principes et idéaux, bases et archétypes d´un espace politique où le politicien, non seulement a une vision claire du devenir et du développement de la nation, mais aussi un programme et un projet de société qui expriment la cohérence d´une politique et l´homogénéité des hommes chargés de l´appliquer. Et le moins qui puisse être dit est que la lisibilité du champ politique se ressent de l´ambiguïté prévalant sur ce qui est qui et qui fait quoi. En effet, la question de l´alliance politique met en exergue un aspect pointu du fait politique en ce sens que chaque parti est censé apporter le plus afin de créer stabilité et continuité dans la gestion de l´Etat. Qu´en est-il en fait?