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Karellen

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La science-fiction précède parfois la réalité et annonce ce qui sera ou, du moins, a des chances d´advenir. D´ailleurs, les auteurs des romans de ce genre sont en quelque sorte les prophètes de l´avenir et Isaac Asimov en est un. A travers son livre «Les civilisations extraterrestres» (publié en 1979), il démontre avec force argumentation, l´existence de planètes dans d´autres systèmes solaires que le nôtre. Les chercheurs, notamment américains, découvrent de plus en plus de planètes autour d´étoiles lointaines, donnant a posteriori raison au scientifique et auteur américain de science-fiction. Pour le moment, seules les plus grosses planètes, de la dimension de Jupiter, ont pu être observées, mais cela constitue néanmoins une révolution dans la connaissance de l´univers - et qui aboutit forcément à la possibilité d´une vie ailleurs. Il est ainsi plausible de supposer que nous ne sommes pas seuls dans l´univers, comme les humains l´avaient toujours pensé et qu´il y a, sans doute, d´autres civilisations que la nôtre. Un pas qu´avaient franchi les auteurs de science-fiction, parmi lesquels l´Anglais Arthur C. Clarke. Dans un roman peu commun, «Les Enfants d´Icare» (publié en 1956), il imagine l´invasion de la Terre par des extraterrestres venus du cosmos. Se basant sur le fait que le monde, qui venait de sortir d´une guerre mondiale atroce, - celle de 1945 qui fit des millions de victimes -, continuait de s´entre-tuer, il inventa l´ingérence ultime, celle venue d´ailleurs. Les violences rendaient l´avènement de la paix dans le monde un voeu utopique, aussi, il construisit son livre sur un autre mythe, l´idée d´une paix décidée par des extraterrestres venus du cosmos non pour asservir les Terriens, mais pour leur enseigner la paix. Leur seule venue a ainsi changé la Terre. Or, les vaisseaux qui ont envahi la Terre n´ont pas tiré un seul coup de feu, - de fait aucun Terrien ne verra jamais ces envahisseurs venus d´ailleurs - mais l´étalage de leur puissance a suffi à refroidir les traditionnelles ardeurs guerrières. Ils étaient la Puissance. Le chef des «extraterrestres», Karellen, - qui ne se montre aux Terriens que 50 années après sa venue sur Terre -, désigne le secrétaire général des Nations unies comme gérant de la Terre, les Etats, grands et petits, faibles ou puissants, ayant été abolis. Et comme par miracle, la paix revient sur la Terre, il n´y eut plus de guerre, plus d´occupation de territoires, plus d´asservissement des uns par les autres. Les Terriens avaient trouvé leurs maîtres. Les Enfants d´Icare est un roman à clé dans lequel Arthur C. Clarke s´engage clairement contre l´absurdité de la guerre et la mise de la force au service des hégémonismes et de la domination. Les puissants de l´heure seraient bien inspirés d´en tirer les enseignements au moment où les égoïsmes règnent sur les coeurs et où la force fait loi. Cette longue digression pour en venir à ceci: Karellen, l´homme venu d´ailleurs, créé par Arthur C. Clarke, a offert la paix à la Terre sans user de la violence. Le roman de Clarke montre en fait l´usage qui est fait, ou peut être fait, de la (vraie) puissance. Aussi, le postulat de l´ingérence extérieure, que semble prôner l´Amérique de George W.Bush, n´a aucune relation avec cette vision généreuse et désintéressée de la paix. Lors de son premier débat avec le candidat démocrate, le président sortant américain, George W.Bush, a eu ces mots: «Je sais diriger», lance-t-il à son adversaire John Kerry. Or, diriger qui? Les Américains? On sait que ceux-ci qui sont de «grands enfants», n´ont besoin de la tutelle de personne et se soucient peu de qui dirige le pays, du moment que leur confort social est assuré. Les dirigeants américains ont une mission, la seule en fait, conforter les valeurs et mode de vie américains, ouvrir de nouveaux espaces à leur production et faire fructifier le capital. Contrairement donc aux extraterrestres imaginés par Arthur C. Clarke, (auteur du chef-d´oeuvre «2001 l´Odyssée de l´Espace»), qui n´usèrent pas d´armes pour donner la paix aux Terriens, les Américains en Irak, leurs protégés israéliens dans les territoires palestiniens, imposent leur paix à coups de missiles et de raids meurtriers. N´admettant pas pouvoir se tromper, ou commettre des erreurs d´appréciation, singulièrement pour ce qui est de l´invasion de l´Irak, George W.Bush, lors de son second débat avec John Kerry, tel Dieu le père, persiste et signe: «J´ai pris les bonnes décisions». Voilà donc quelqu´un que le souffle du doute n´effleure pas; adossé sur les certitudes que donne la puissance financière et militaire des Etats-Unis, M.Bush assène ses vérités au monde sans chercher à savoir s´il ne fait pas fausse route au moment où des milliers de personnes meurent sous les bombes américaines en Irak. Il est vrai que George W.Bush ne possède ni les traditions des peuples d´Europe ni la culture politique qui a donné au monde de grands hommes d´Etat. M.Bush reste idéologiquement un «cow-boy» dont l´unique croyance est l´argent et la domination par le capital La maxime qui dit, il n´a pas la connaissance du sage, ni la justice du grand, les prières du pieux et le courage du brave, s´applique parfaitement à M.Bush. Quelle justice, quel sens de l´équité peut avoir M.Bush lorsqu´il accable un homme, Yasser Arafat, - prisonnier et assiégé par l´armée qui occupe son pays -, et encense son bourreau, - l´homme qui empêche la réalisation de la paix -, Ariel Sharon. En fait, George W.Bush n´est ni juste ni sage, il n´a ni la magnanimité du puissant ni le désintéressement du pieux et du sage, et la puissance américaine, faite de brutalité et d´arrogance, n´incite pas au respect, elle fait seulement peur. Et c´est là toute la différence entre la puissance qui construit et la force qui détruit.

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