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LA FIN DE LA PAUVRETÉ? DE PHILIPE DIAZ À LA CINÉMATHÈQUE

«Une solution d'ordre politique...»

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«Une solution d'ordre politique...»

Renverser un système économique bien ancré dans la planète depuis des millénaires, lui dire stop aujourd'hui en lui assénant ce célèbre verbe si en vogue «Dégage!» Réalité ou utopie?

Mais comment faire quand ce système dirigé par les plus grandes puissances mondiales a pignon sur rue dans le monde, et a même des bras armés qui veillent sur lui? La Fin de la pauvreté? de Philipe Diaz, film foncièrement militant d'après Ahmed Bedjaoui, tombe à pic. Dans un contexte sociopolitique miné par la crise financière, ce film vient remuer le couteau dans la plaie en mettant le doigt là où ça fait mal.
Le film, note-t-on, a été réalisé en 2009, avant que n'explose la dite crise. Le réalisateur nous a prévenus à la fin de la projection que son but n'était pas de donner des solutions pour en finir avec la pauvreté mais d'expliquer aux gens ce qui se passe aujourd'hui en remontant aux origines. La source étant l'époque coloniale.
Des chiffres de l'ONU appuient grandement le documentaire qui, au demeurant, nous a laissés bouche-bée! Plus de 800 millions de personnes se couchent avec la faim tous les soirs, dont 300 millions d'enfants. Une image d'un enfant mendiant dans la rue devant les voitures qui passent, clôt par ailleurs, cet édifiant documentaire qui laisse pantois. Aussi, toutes les trois secondes, une personne meurt de faim, en majorité des enfants de moins de 5 ans.
Avec tant de richesses dans le monde, pourquoi y a-t-il encore tant de pauvreté? La Fin de la pauvreté se demande si les véritables causes ne sont pas une orchestration des pays riches pour exploiter les plus pauvres. Mieux, le film soutient l'idée que «le Sud qui finance le Sud». Le capitalisme régente le monde mais comment en est-on arrivé la? C'est ce à quoi ce film tente de répondre en allant questionner plusieurs personnalités de couches sociales différentes, des pauvres des favelas d'Amérique, du Brésil, de la Bolivie, aux bidonvilles en Afrique, ainsi que des économistes réputés, anglais ou américains, des personnalistes politiques françaises et autres ainsi que des acteurs sociaux qui révèlent comment les pays développés pillent la planète, entretiennent les pays pauvres dans cette éternelle dépendance en accroissant leur pauvreté par les dettes, les empêchant de produire sur leur propre sol et en privatisant via des multinationales leurs propres produits alimentaires, agricoles et industriels.
Résultat: des pays qui souffrent jusqu'à aujourd'hui de l'héritage du colonialisme, à savoir appropriation des terres, accultu-ration, embrigadement religieux, mais aussi exploitation des ressources naturelles, néolibéralisme anarchique et injuste. Et des pays dépendant de la Banque mondiale et du FMI. Au Mexique cela remonte à l'époque des conquistadores où Incas et Mayas ont été pillés, tout comme les Massaï au Kenya.
Aussi, la destruction du savoir-faire, notamment l'industrie du textile indien par les Anglais poussent la population à la paupérisation inéluctable.
A l'indépendance politique survient une autre forme de colonisation, économique celle-là et plus pernicieuse.
Ne dit-on pas que l'Algérie importe plus qu'elle n'exporte? Et même si les pays retrouvent leur souveraineté politique, dans certains cas les terres sont récupérées par les gouvernements qui font passer des marchés avec les puissances capitalistes, favorisant ainsi la paupérisation de leurs populations respectives quand ces derniers se retrouvent expropriés de leur terre, leur seule source de vie!
Une violence en bonne et due forme qui ne dit pas son nom mais qui est loin de constituer une liberté économique pour ces pays qui sont loin d'avoir le monopole sur leurs marchés.
Bien au contraire, ce documentaire nous montre aussi comment ces pays subissent cette colonisation mentale qu'est la conversion au christianisme et son corollaire cette politique de l'individualisme (Amérique latine).
La guerre des ressources (Angola, Soudan etc.) fait place à un autre concept souvent utilisé, celui de l'inégalité de chances. En somme, «une violence structurée» qui fait main basse sur les richesses du monde, contrôlant les ressources du globe.
Outre le FMI et la Banque mondiale, le film de Philipe Diaz a le mérite d'évoquer «ces tueurs économiques» et ces «chacals» qu'on envoie souvent pour éliminer des chefs d'Etat qui gênent pour accaparer les richesses de leurs pays. Cela se fait par voie militaire. C'est le cas de l'Irak et plein d'autres pays, révèle ce documentaire.
«Chaque année on consomme 50% plus que la planète peut générer. C'est extrêmement grave autant que le réchauffement climatique. Les pays du Nord ont bâti des empires dans les pays du Sud c'est un fait. Ce qui m'intéressait était de savoir d'où c'est parti. La solution n'est autre que d'éduquer les gens en leur faisant comprendre que le système économique capitaliste doit changer», souligne le réalisateur qui prévient: «Le système n'a pas changé, il faut se le dire. Ce sont les outils du colonisateur qui ont changé. Il faut aussi une solution d'ordre politique à l'exemple de la Bolivie qui a refusé de privatiser l'eau et est sortie dans la rue pour protester...» «La fin de la pauvreté, dites vous? Réalité ou utopie? Un film insolent comme on devrait en voir le plus souvent à la télé», a confié Ahmed Bedjaoui, mercredi dernier, lors de cette seconde journée du festival du cinéma dédié au film engagé.

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