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BACHIR DERRAIS, PRODUCTEUR ET RÉALISATEUR, À L'EXPRESSION

qui a peur de larbi Ben M'hidi?

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Le dossier sur le film a disparu du ministère des MoudjahidineLe dossier sur le film a disparu du ministère des Moudjahidine

Le producteur et réalisateur Bachir Derrais est connu pour son franc-parler et sa sincérité dans les propos. Dans sa dernière sortie médiatique, il a accusé le ministère des Moudjahidine de censurer son dernier projet sur le parcours historique du martyr Larbi Ben M'hidi. Nous avons pu joindre le producteur qui est actuellement en France pour préparer le film et nous avons voulu en savoir plus sur cette affaire et surtout avoir son avis sur l'absence d'un responsable pour diriger les commémorations du 50e anniversaire de l'indépendance et sur la récente nomination de Colin de Verdière, pour organiser la commémoration de la fin de la guerre d'Algérie.

L'Expression: Monsieur Derrais, vous venez de soulever un problème par rapport à votre film historique sur Larbi Ben M'hidi: qu'en est-il réellement?
Bachir Derrais: Je vais clarifier aux chers lecteurs que je n'ai pas attendu l'appel d'offres du cinquantenaire de la révolution pour développer un scénario, car on ne peut avoir de l'inspiration sur commande. Donc, il y a trois ans, j'avais émis le voeu de produire un film sur Larbi Ben M'hidi j'ai été solliciter M.Mourad Bourboune pour m'écrire le scénario. Ce dernier me demanda alors: «Bachir, es-tu sûr de savoir à quoi tu t'attaques? Larbi Ben M'hidi, c'est un «gros morceau»! «Si on réalise un film sur Larbi Ben M'hidi, on n'a pas droit à l'erreur. On est responsable. On est comptable. On ne peut pas bâcler un tel projet...» Il a hésité, mais le déclic a été la rencontre avec M.Abdelkrim Hassani, le beau-frère de Larbi Ben Mhidi que Dieu ait leurs âmes. Tous les deux et tous les martyrs de la révolution. Il se met alors à effectuer des recherches en achetant plus de 50 ouvrages d'histoire en Algérie et en France. L'écriture a duré une année. Le scénario a été envoyé à toutes les commissions de lecture: le Fdatic, la télévision et au ministère des Moudjahidine. Il a été accepté par toutes ces commissions. Nous avons reçu des écrits du département de la Culture, de la Télévision nationale mais, pas de réponse du ministère des Moudjahidine. Malgré plusieurs courriers restés sans réponse. Le chef de cabinet du ministère des Moudjahidine a promis plusieurs fois de nous envoyer des réponses. Des promesses non tenues. L'article 5 de cette nouvelle loi du cinéma dit ceci: «La production des films relatifs à la guerre de Libération nationale et à ses symboles est soumise à l'approbation préalable du Gouvernement.» Ce qui nous empêche de commencer la préparation. Puisque le ministère de la Culture, partenaire potentiel de notre projet, est paralysé par l'article de cette loi. La semaine dernière, j'ai chargé un de mes collègues réalisateurs, M.Djamel Azizi, de vérifier l'avancement de ce projet et la surprise fut générale: «Mon dossier a complètement disparu des couloirs du ministère des Moudjahidine! No comment! Comme si on avait peur de voir un film sur Larbi Ben M'hidi parce que cela renvoie leur propre image, leur miroir.

Votre projet a été soumis à trois commissions: ministère de la Culture, l'Entv et le ministère des Moudjahidine. Qui a officiellement accepté le projet pour le moment?
La télévision algérienne a donné son accord pour un film et une série de 5 parties et le ministère de la Culture et l'Aarc qui a cofinancé le développement du projet.

Y aura-t-il une coproduction avec la France, comme ce fut le cas pour «Hors-la-loi»?
Bien sûr qu'il aura une coproduction, mais nous n'avons même pas encore les autorisations de tournage. Comment voulez-vous que ces coproducteurs nous prennent au sérieux.

Que pensez-vous de la nomination de Colin de Verdière comme responsable des festivités de la fin de la Guerre d'Algérie en France?
J'ai eu l'honneur de le connaître lorsqu'il était ambassadeur de France à Alger. Je pense qu'il a un amour sincère envers notre pays et notre culture. C'est avec lui que nous avons co-organisé (Arcady- Kamel Aït Adjedjou et moi-même)la manifestation «Cinéma de l´été», en septembre 2000. Une manifestation, qui a vu la présence, pour la première fois à une projection cinéma, du Président Bouteflika et plus de 105 personnalités du cinéma français, dont plus de 20 stars mondiales, comme Marion Cotillard, Mireille Darc, Roger Hanin, Yamina Benguigui, Saïd Amadis, Daniel Santano, Frédéric Diefenthal, Antoine de Caunes, Samy Naceri, Gad El Maleh, avec la présence de plus cent journalistes français. Sans lui, cette opération n'aurait jamais connu cette grande réussite sur le plan médiatique qui avait permis à l´Algérie de sortir pour la première fois de la rubrique sécuritaire et d´être citée pour une fois, dans la rubrique «Cinéma et événement».
C'est lui aussi qui a osé évoquer les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Il possède une grande culture universelle. C'était lors de sa visite officielle à Sétif en 2005 que M.Hubert Colin de Verdière parle pour la première fois depuis 60 ans de cette «Tragédie inexcusable», et reconnaît pour la première fois depuis l'indépendance de l'Algérie, la responsabilité de la France dans ce massacre. J'espère que du côté algérien on nommera quelqu'un à sa hauteur.

Quelle est, d'après vous, la personne appropriée pour occuper la même responsabilité pour les festivités du 50e anniversaire de l'Indé-pendance en Algérie?
Nous avons énormément de compétences dans le domaine des festivités et des commémorations. Une personnalité comme HHC fera l'affaire. Il a la passion et aussi l'expérience nécessaire pour ce genre d'événement. Il a été ministre, ambassadeur et directeur général de l'Entv. Il y a aussi Yasmina Khadra, qui, par sa notoriété internationale et son statut de responsable du CCA, est également bien placé pour tenir ce rôle. Mais il y a également d'autres personnes tout aussi compétentes, que j'ai peut-être oubliées. Mais c'est facile de nommer un commissaire, le problème est qu'est-ce qu'on aura comme programme sérieux, à la hauteur de cet événement important pour l'Algérie? Pensez-vous qu'en quelques mois seulement on pourra produire des beaux spectacles, des expositions et produire de beaux films, etc. Les préparatifs de «l'Année de l'Algérie en France en 2003», avaient commencé en 2001. Je trouve regrettable qu'on ait raté cette belle occasion pour rassembler et réconcilier toutes les élites algériennes dispersées aux quatre coins de la planète pour faire une très grande fête du 50e anniversaire de l'indépendance. A titre de rappel, en France ils ont commencé à préparer cet événement depuis un an déjà.

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