ADAPTATION AU CINÉMA DU LIVRE DE YASMINA KHADRA CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT

L'effet positif de la colonisation selon Arcady

L'effet positif de la colonisation selon Arcady

Le réalisateur et producteur, Alexandre Arcady, a présenté la semaine dernière le film adapté du roman de Yasmina Khadra Ce que le jour doit à la nuit.

Le film traverse l'Algérie dans des années 1930, à travers le regard de Younès, 9 ans, et qui est confié à son oncle pharmacien de profession à Oran, joué dans le film par Mohamed Fellag. Rebaptisé Jonas, par les jeunes de Rio Salado, il tombe amoureux de Emilie, la fille dont tout le monde est amoureux. Entre Jonas et la lune fille naîtra une grande histoire d'amour qui sera troublée par la guerre qui agitera le pays. La musique d'Armand Amar est envahissante; les premières images, donnent le tempo: une voix off qui fait craindre le pire et qui ne tardera pas à se vérifier avant la fin du premier quart d'heure. Ce genre d'histoire d'amour (entre un Algérien et une Européenne) a déjà été traité en 1988, par Sid Ali Fettar dans Amour interdit. Quant à l'arrière-plan historique, outre la fresque «haminienne» on notera des similitudes avec Les Déracinés (1976) de Lamine Merbah. Mais le film nous rappelle un autre film récent les Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, dont son ouverture recèle des similitudes confondantes avec l'oeuvre du cinéaste algérien. En effet, le film Arcady débute par l'expropriation d'un paysan algérien de ses terres par le caïd du coin (Hassen Benzerari) qui n'hésitera pas à envoyer ses sbires mettre le feu à la moisson qui s'annonçait opulente, en cette année 1930... Mais si dans le film de Bouchareb, c'est l'administration coloniale qui dépossède le paysan algérien de sa terre déjà peu fertile, chez Arcady, l'injustice sera algérienne. C'est le départ vers Oran, du moins ses bas-fonds où les Algériens vivent en autarcie dans la misère... Et là, Arcady nous offre un tableau des plus ridicules sur la représentation des Algériens à l'écran...Aucune intelligence, aucun savoir-faire de la part de ce cinéaste, pourtant aguerri. Il fallait au moins visionner La Chronique des années de braise du maestro Lakhdar-Hamina, pour savoir comment étaient vêtus les paysans algériens des «années typhus», au lieu de les affubler d'un accoutrement sorti tout droit des pires feuilletons du Moyen-Orient. Le film est tourné en Tunisie.
Pourtant Arcady a certainement dû conserver des photos de sa vénérable grand-mère Messaouda Hadjadj.
Il aurait été mieux inspiré. De même qu'il n'était pas sans savoir que le turban en Algérie est soit blanc, soit jaune, mais jamais noir! Toujours dans ce même registre de l'apparence, il y aurait beaucoup à redire sur la façon de montrer les premiers moudjahidine de l'ALN, lesquels avaient l'air de revenir d'une «excursion» en Afghanistan que descendre des maquis du Dahra ou de l'Ouarsenis. On baigne, au risque de se noyer, en pleine caricature!
Le comble sera atteint lorsque Youssef (Fu'ad Aït Aâtou), fils adoptif du pharmacien d'Oran (Fellag) exilé pour activisme (Mtld) à Rio Salado se mettra en tête d'aller se recueillir sur la tombe de l'héroïne, préférée de son défunt père (mort de chagrin). Cette icône, c'est Lella Fadhma N'soumeur...
Tout le monde sait que la résistante algérienne a été enterré à Aïssaouia, (Médéa) sur les contreforts de l'Atlas saharien. Et que filme Arcady pour ce faire? Il choisit le mausolée le plus représentatif de l'ère Ben Ali (le tournage s'est déroulé en Tunisie, et quinze jours en Algérie) et dans un axe plein Sud (on aurait dit qu'on était en plein Atlas saharien!) pour immortaliser ce moment se voulant solennel...
A quelques encablures de la fin de la guerre, ce colon fait un cours sur le caractère positif de la colonisation à ce jeune, incarnation de... Janus. Pas un mot du Senatus Consulte (14 juillet 1865) qui déposséda les Algériens de leur terre!
Finalement, et au bout de plus de 150 minutes, on ne saura toujours pas ce que le jour doit finalement à la nuit. Sauf sans doute une nostalgie douteuse, car occultant une partie essentielle du puzzle colonial: le peuple algérien.
Avec Avava Inouva au générique de la fin, la perplexité a le goût de cendre et presque d'amertume, car il ne restait plus de ce film que ces images de farniente, d'insouciance, entre mer et soleil. Les affres de la colonisation, visiblement le cahier des charges de cette production ne leur a concédé qu'une portion congrue et, répétons-le, si caricaturale!...
Ce film au casting étonnant: Anne Parillaud, dans un rôle qui ne lui convient pas, Vincent Perez et le comédien algérien fétiche de Arcady Abbès Zhamani, sort le 12 septembre en France, un feuilleton télé pour FR3 est aussi prévu au programme, c'est ce qui expliquerait sans doute la platitude du filmage, hormis une ou deux ellipses bien vues...