Accueil |Culture |

UNE DANSE POUR DEMAIN AU BASTION 23

Voir le futur à travers nos corps

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Une scène et des espérancesUne scène et des espérances

Après avoir travaillé avec des danseurs d'Algérie et du Maroc, la compagnie Nacera Baleza a dévoilé la restitution finale du projet de transmission et de création avec ces jeunes, vendredi, dans une ambiance étrangement monacale...

Réveiller les morts pour mieux voir notre futur, les tuer d'abord et puis les ressusciter; éprouver notre passé et présent pour construire l'avenir. Est-ce le propos de ce spectacle chorégraphique donné vendredi après-midi au Bastion 23? Connaissant la thématique chère à Nacéra Baleza, celle qui consiste à triturer l'intériorité de nous-mêmes, fort à parier que nous ne sommes pas très loin. Tout d'abord, un espace, le palais des Raïs qui surplombe la mer, à l'entrée de Bab El Oued, ses effluves marines qui charriaient avec elles autant de rumeurs du passé que des souvenirs lointains, mais proches, et qui se lisent presque comme une souffrance mi-douce mi-amère. Il y avait tout cela en tout cas et bien encore qui se lisait dans cette fresque chorégraphique à trois temps. Trois temps, trois lieux et plusieurs mouvements discordants et le même regard nonchalant, hantés, presque chez tous les danseurs qui se sont laissé emporter par les sons, léthargiques, doux au départ pour finir sur un tempo plus électronique. D'abord à l'extérieur puis se produisant à l'intérieur de ce palais, les danseurs offraient des tableaux énigmatiques où le corps s'étalait souvent sur le sol avant de prendre son envol.
L'idée du vide, de la vie, la destinée et de la méditation semblait être omniprésente. L'originalité de ce spectacle c'est l'introduction de la chanteuse marocaine spécialiste dans le genre jazz à savoir Malika Zarra qui accompagnera pas à pas peut-on dire, ce voyage initiatique, par sa voix acapella en arpentant pour chacune des trois parties du spectacle les longs couloirs du Bastion 23 pour nous conduire vers un nouvel espace ou patio, là où s'épanchait le corps et exultait l'esprit entre ce va-et-vient incessant entre le soi, le moi et l'ailleurs. Un périple au coeur du vague à l'âme sombrant à côté du ressac de la mer pour se réinventer et se régénérer malgré la lourdeur et la souffrance apparente. De la sérénité enfin se profilait, mais donnait aussi le ton parfois à cette atmosphère bien chargée par instants. Pas prévu au départ, la chanteuse a regagné en dernier ressort cette belle expérience en demandant à son tour aux danseurs de lui révéler leur «image» autour de laquelle elle improvisera des mélopées notamment et autres chants, des plus harmonieuses, suaves et drôles. Liturgiques pensons -nous quelquefois.
Le corps comme moyen de prendre la température de notre avenir et sonder ses secrets? peut-être.
Le regard fermé des danseurs donnait souvent à penser qu'ils étaient plutôt projetés vers un monde onirique comme transporté dans une autre époque, une autre géographie.
Le corps comme «matrice» donne lieu à moult interrogations. «Une danse pour demain» est le titre de ce projet artistique qui n'en est qu'à ses balbutiements a été dévoilé vendredi. Cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme régional Med Culture, il s'inscrit à son tour dans le cadre du projet de la coopérative artistique et culturelle Nacera Belaza de coopération entre l'Algérie et le Maroc. Né de la volonté de deux femmes, Nacera Belaza et Meryem Jazouli, chorégraphes, pédagogues qui «oeuvrent pour le développement de la danse contemporaine dans leurs pays respectifs (l'Algérie et le Maroc)», ce projet consiste à identifier six danseurs, algériens et marocains, que nos deux «formatrices» ont souhaité accompagner dans leur démarche artistique afin de les conduire à développer leurs propres outils de réflexion et création». Aussi, après leur avoir proposé de travailler sur des images imaginaires et sensibles, nos danseurs ont écrit eux-mêmes leurs chorégraphies dont l'ensemble a été restitué dans ce majestueux et imposant palais des Raïs. Aussi, au contact des deux chorégraphes, le parcours de ces danseurs rencontrés en avril dernier, s'est s'enrichi de nouvelles notions: souvent issues du hip-hop, ils ont découvert une approche sensible et poétique dans un rapport à la spiritualité avec Nacera Belaza et un travail autour de l'intime avec Meryem Jazouli. Il est important de souligner que «ce projet de transmission-création, commencé en avril 2016, a eu pour objectif de «professionnaliser de jeunes danseurs / chorégraphes et leur donner la possibilité de structurer leur activité afin qu'ils deviennent eux-mêmes porteurs de projets chorégraphiques dans leur propre pays».
Pour info, la restitution finale du projet de transmission et de création pour jeunes danseurs algériens et marocains a eu lieu grâce à la compagnie Nacera Belaza en collaboration avec l'espace Darja de Casablanca (Maroc), l'ambassade de France en Algérie, l'Institut français de Paris et le Bastion 23.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha