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ZAHER ZORGATI, CHANTEUR TUNISIEN DU GROUPE MYRATH, À L'EXPRESSION

"On aimerait bien revenir en Algérie..."

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La voix du métal tunisien dans le mondeLa voix du métal tunisien dans le monde

Le 14 avril 2017 le théâtre antique de Carthage s'est enflammé au son du métal made in Tunisia et pour cause, 11 ans plus tôt, le jeune groupe Myrath avait fait la première partie d'Adagio et de Robert Plant. Or, vendredi dernier, c'est en gladiateurs forts de leur succès interplanétaire que les musiciens du groupe Myrath sont revenus récolter et goûter aux fruits de leurs efforts consentis après tant d'années. Rehaussé de quatre albums au compteur (Hope-2007, Desert call 2010, Tales of sand-2011 et enfin Legacy-2016), le groupe Myrath qui atteint véritablement la consécration avec son dernier opus d'où est extrait le titre Believer et un clip réalisé avec l'aide de deux spécialistes de Game of Thrones (excusez du peu) n'a plus rien à prouver aujourd'hui, si ce n'est continuer à avancer... Seul bémol à ses yeux, le manque de médiatisation dans son propre pays. Composé de Zaher Zorgati (chanteur), Malek Ben Arbia (guitariste), Elyes Bouchoucha, Anis Jouini (bassiste) et Morgan Berthet (batteur), Myrath qui joue du «métal exotique» sans complexe aucun, poursuit vaillamment son chemin en tout cas. Rien ne semble arrêter ces mordus de la musique qui comptent bien graver monts et montagnes, frontières et désert pour atteindre leur but. C'est tout le mal qu'on leur souhaite. Rencontré en marge de la clôture des Journées musicales de Carthage 2017 où le groupe était invité à se produire lors d'un mégaconcert, le chanteur Zaher Zorgati a bien accepté de répondre à nos questions. Cette gueule d'ange doué d'une voix caverneuse a le don en tout cas de faire réveiller les morts d'outre-tombe. Sa musique, qu'on se le dise, est une belle claque aux oreilles. Nous avons fait majestueusement l'expérience et Dieu que c'était bon...

L'Expression: Zaher, vous êtes le leader du groupe Myrath vous vous êtes produit devant une foule en délire au théâtre antique de Carthage. De retour en Tunisie après 11 ans d'absence. Cela fait quoi?
Ça donne la chair de poule primo et franchement j'avais les larmes aux yeux hier. Je n'ai jamais imaginé autant de monde sur place et après 11 ans, je me suis dit que le métal est mort en Tunisie, qu' il n'y a plus de métaleux. Je croyais qu'il restait juste quelqu'un qui résiste et qui essaye de survivre. L'amphithéâtre était presque plein, ça fait plaisir. Ça fait chaud au choeur.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire du métal au départ?
J'ai commencé à faire de la musique il y a plus de 11 ans. A l'âge de 10 ans j'écoutais comme tout le monde de la musique occidentale, du Michael Jackson, un peu de blues. Cela n'a rien à voir certes, mais jusqu'à maintenant j'écoute cela dit, autre chose que du métal. J'écoute un peu de tout. A l'âge de 14 ans j'ai eu le déclic parce que j'avais un cousin qui vivait en Allemagne qui était purement métaleux. C'est à cet âge-là que j'ai découvert Métalica, Nirvana, beaucoup de groupes, qui étaient entre guillemets dans l'extrême, à cette époque-là. Je chante depuis que je suis petit. C'est quelque chose que l'on ressent et que l'on ne peut pas expliquer. Tu l'as ou tu ne l'as pas cet amour du métal. Je n'ai pas de problème familial ou dans la vie (rire)

Vous cultivez votre voix pour avoir ce résultat sur scène?
Bien sûr. Ce n'est pas facile de chanter du métal. Je fais des vocalises. Il y a beaucoup de techniques pour interpréter du métal. Il faut savoir comment chanter pour ne pas s'user la voix. Et savoir utiliser ces techniques pour transformer sa voix et passer de la voix douce à une douce avec plus de grain, et tenir plus d'une heure voire plus, de concert, comme on le fait d'habitude et notamment récemment où on a fait une tournée européenne qui a duré un mois. C'était presque tous les soirs. Une heure et demie tous les soirs avec un rythme intensif il faut pouvoir tenir.

Outre le fait que vous avez une voix spéciale, vos chansons sont imprégnées de mélodies du Maghreb, et de l'Orient. Une façon aussi de revendiquer vos racines et votre héritage culturel à travers votre musique?
Oui, de musique maghrébine et orientale exactement. On s'est dit qu'en musique métal, on a tout vu et tout entendu et que ça pouvait être génial si on avait notre propre style. Regardez le groupe Led Zeppelin, ils ont bien su mélanger leur métal avec l'Orchestre national du Caire. Ils ont fait une nouvelle version bien originale du morceau Kashmir. C'était une merveille. Le plus de Myrath c'était d'apporter une nouvelle vision, une nouvelle approche au métal justement. Les Occidentaux ont une gamme mineure qu'on écoute seulement dans les films Gladiateur ou Cléopâtre par exemple. Les Occidentaux, quand ils écoutent de la musique arabe ils ne comprennent pas trop car il y a des quarts de temps et d'autres gammes qui sont vraiment difficiles à leurs oreilles. C'est quasi impossible à décrypter. Nous, ce que l'on fait, c'est de prendre certaines gammes et on essaye de les adapter à la musique occidentale. Et le genre métal. D'une façon très homogène, que cela soit du métal exotique.

Ce métal exotique est un choix assumé donc...
Complètement. On est à notre 4eme album. On prépare notre 5e. Il y a deux ou trois grosses maisons de disques en Europe qui attendent le résultat. On est en train de faire de la pré-production du 5e album. Jusqu'à maintenant, on existe encore sur la scène mondiale du métal, par ce qu'il n'y a aucun groupe qui fait ce que l'on fait. C'est notre atout. C'est comme si on parlait de haute couture et il n'y aurait personne qui fait du Chanel. Nous, nous avons notre propre spécifité et caractéristique.

Un mot sur les textes que vous interprétez?
On écrit en anglais. On utilise quelques refrains en arabe. En tunisien. On chante l'amour, la guerre, la paix. il y a un ami à nous qui est proche de la famille Myrath qui écrit avec nous. Il y a la femme du producteur aussi qui a contribué au dernier album Legacy qui veut dire Myrath en arabe, représenté avec la main de Fatma sur la pochette...

Quelle signification donnez-vous à ce mot Myrath?
C'est l'héritage culturel musical. Ce que tu écoutes dans Myrath, c'est un tout, du métal mélangé à de la musique tunisienne, du berbère, de la musique africaine, de la musque andalouse, de l'oriental, la gamme kurde par exemple, Il y a de tout. En ce qui concerne le Liban tu vas trouver uniquement des gammes chaâbies ou bien el debka tout comme en Egypte tu ne trouveras que le chaâbi mesri, de la musique traditionnelle égyptienne ou bien la nouvelle pop égyptienne. Tu ne trouveras jamais ce mélange que l'on retrouve en Tunisie, en Algérie ou au Maroc. Nous, c'est 3 000 ans d'histoire de culture, de musique, il y a comme je vous l'ai dit, la musique berbère, la musique tunisienne moderne, la musique maghrébine, la musique andalouse, de la musique arabe...

Myrath c'est aussi de beaux clips qui marchent. Votre image ça compte...
C'est un travail de production. Bien sûr que ça compte. C'est très important avec la musique. C'est complémentaire. Tu as évoqué sur une radio ta frustration du fait que le métal soit marginalisé en Tunisie...Médiatiquement oui. Mais d'après ce que j'ai vu hier devant moi le public est là. Je pense que c'est à cause des médias. On préfère montrer à la télé des stars ou des chanteurs de cabaret pour faire le buzz ou bien se moquer des artistes carrément. On marginalise un groupe qui existe depuis plus de 15 ans qui est la fierté de la Tunisie, du Monde arabe et du Maghreb. On n'en veut pas. C'est dommage. On ne parle pas de nous, c'est vraiment décevant. je dirais même c'est honteux. Parce que, quand on parle de ce problème-là aux USA, au Japon ou bien partout en Europe, même les Européens estiment que c'est honteux que notre pays ne nous programme pas et ne parle pas de nous...

Vous avez joué en 2015 en Algérie, plus précisément à Constantine. Quel souvenir en gardez-vous?
Effectivement. Franchement, on aimerait bien refaire un autre concert là bas, à Constantine ou ailleurs, à Alger par exemple. Nous avons beaucoup de fans là-bas. Les Algériens sont très ouverts. Ils écoutent du métal. Il y a énormément de fans du métal en Algérie. Ça fait vraiment plaisir.

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