Accueil |Culture |

ABDELWAHAB RÉDHA BENABDALLAH, MUSICIEN, À L'EXPRESSION

"Faire rayonner la culture musicale algérienne"

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Il respire la discrétionIl respire la discrétion

Il a la sagesse d'un vieil enseignant et pourtant, à peine la trentaine, il respire la discrétion, humble personnage qu'il est. Pour autant, redoutable musicien, notre artiste n'en demeure pas moins, un grand et talentueux musicien qui force le respect par la maîtrise du jeu et l'aura qu'il dégage. Rencontré à Alger, Redha Benabdallah était venu dans son pays d'origine avec l'espoir de pouvoir se produire chez lui et trouver un écho chez les siens. Depuis, des projets sont nés et d'autres voient le jour doucement, mais sûrement. Notre virtuose de la quouitra, docteur en musicologie, musicien oudiste et professeur de musique arabo-andalouse nous parle de sa passion pour la nouba, nous révèle son parcours, son actualité et ses projets à venir...

L'Expression: Vous êtes un virtuose du oud. Vous avez commencé jeune à vous exercer sur cet instrument. Tout d'abord, pourriez-vous nous parler de votre parcours?
Abdelwahab Rédha Benabdallah:
J'ai découvert la musique dite «arabo-andalouse» à l'âge de 9 ans à travers l'Association El Qantara de Bourges, en France, tout en poursuivant des cours au conservatoire de Bourges (avec le professeur Rachid Guerbas), où j'ai obtenu mon premier Prix de musique «arabo-andalouse» et de formation musicale. J'ai pu côtoyer et jouer avec certains maîtres algérois comme Mohamed Khaznadji ou Zerrouk Mokdad grâce aux master class organisés par l'association. En parallèle et après l'obtention de mon baccalauréat scientifique, j'ai rejoint les bancs de l'université Paris-Sorbonne où j'y ai obtenu ma licence, mon master et mon doctorat de musicologie en décembre 2015 sur le thème de la nawba algéroise. Durant ma thèse, j'ai créé à la rentrée 2013 une classe de musique «arabo-andalouse» au conservatoire de Roubaix que j'ai dirigée pendant trois ans avant de passer le relais à la musicienne marocaine Fatine Garti. L'envie de retourner à Paris et de me consacrer à mes projets musicaux après quatre ans de recherches universitaires se faisait pressante.

Vous êtes aussi un spécialiste de la nouba, mais pas que, puisque vous êtes aussi ouvert sur les musiques du monde en ayant un groupe de musique qui s'appelle Insula. Un mot là-dessus. Parlez-nous de ce groupe... Vous allez aussi rendre hommage à Frantz Fanon bientôt, comment et pourquoi?
Insula, c'est d'abord une histoire d'amitié de 10 ans avec Maher Beauroy, talentueux pianiste martiniquais qui a fait partie de la même promotion universitaire que moi à Paris-Sorbonne. A partir de là est née la promesse de jouer ensemble et de se faire rencontrer nos musiques respectives: Insula mêle le jazz caribéen moderne à la musique maghrébine. Au coeur de ce projet, un homme: l'écrivain Frantz Fanon, incontournable en Martinique comme en Algérie, ainsi que notre envie de faire résonner ses idées au travers de notre musique. Comment mettre en musique Fanon? De manière abstraite et instrumentale, avec des textes composés inspirés de ses combats, notamment la résistance culturelle comme lutte politico-sociale.

On croit savoir que vous souhaiteriez vous produire en Algérie avec cette formation, sans succès. Parlez-nous de ça. Quels sont justement vos projets et aspirations?
Nous serons en tournée avec Insula en octobre prochain dans les Instituts français d'Alger, de Constantine, d'Oran et de Tlemcen. En tant qu'Algérien, je serais très honoré de participer à un évènement en Algérie organisé par une institution algérienne. J'ai également d'autres projets comme la publication de ma thèse de doctorat sur la nawba algéroise ainsi que les transcriptions complètes du répertoire. J'espère continuer de transmettre mes recherches avec le Cnrpah dirigé par Slimane Hachi qui m'a déjà invité à deux reprises aux colloques organisés par la docteure en musicologie Maya Saïdani.
Enfin, je finalise un projet autour de la quouitra basé sur des pièces instrumentales de la tradition mais aussi de ma propre composition, ainsi que sur de chants soufis tirés des textes du grand maître spirituel Cheikh Al-Alaoui. La diffusion de la quouitra, l'un des quatre luths maghrébins, est une de mes priorités. Je présenterai d'ailleurs les anciennes quouitras du XIXe siècle de la Cité de la musique de Paris et du Musée des instruments de musique de Bruxelles en juin prochain. Je tente également des rencontres avec des musiciens de traditions diverses comme la Grèce, la Chine, l'Iran ou encore les musiques anciennes et baroques occidentales. Le but principal étant de faire rayonner la culture musicale algérienne dans le monde, je ferai mon maximum pour ajouter ma pierre à l'édifice.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha