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DAR EL BAROUD (MUSÉE D'EL ASNAM)

Un monument historique oublié

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Un monument historique oublié

La bâtisse fait l'objet d'un désintérêt ambiant dénotant une absence totale d'une culture muséale et archéologique chez la population locale.

Dar El Baroud (poudrière), un monument historique situé en plein coeur de la ville de Chlef, demeure encore «debout» pour témoigner des atrocités d'une guerre sans merci livrée à un peuple désarmé, tout en portant l'histoire d'autres peuples lointains ayant traversé la région bien avant l'époque coloniale. La bâtisse, devenue aujourd'hui musée d'El Asnam, fait, en dépit de son importance tant historique que patrimoniale, l'objet d'un désintérêt ambiant dénotant une absence quasi totale d'une culture muséale et archéologique chez la population locale, a-t-on constaté. Exception faite de certaines visites circonstancielles, de groupes d'étudiants et de lycéens, voire même d'écoliers, ce musée enregistre une affluence des plus faibles, en dépit de sa situation stratégique au centre-ville de Chlef, et de son prix d'accès symbolique, affiché à 30 DA.

Pour l'ancrage d'une culture muséale
Pour y remédier, des actions sont initiées par la direction de cette structure, en collaboration avec les établissements éducatifs et autres instituts et universités de la région, en vue de l'organisation d'activités sensibilisatrices visant à faire la promotion de ce monument historique, à l'ancrage d'une «culture muséale» en milieu juvénile, et, partant, la préservation de pans de la Mémoire nationale et de la ville de Chlef, a indiqué à l'APS son directeur, Mustapha Chira Ahmed. C'est dans cette optique que Dar El Baroud enregistre une certaine effervescence à chaque mois du Patrimoine (18 avril - 18 mai). Une activité qui demeure toutefois insuffisante, pour faire la promotion d'un site d'une telle importance, bâti en 1847 sur ordre d'Eugène Cavaignac, alors gouverneur d'Algérie, qui en fit un dépôt d'armes et de munitions. Dar El Baroud devint, par la suite, un musée englobant des pièces archéologiques datant de la préhistoire et des produits artisanaux relatant l'histoire de l'ex-El Asnam, en particulier, et de toute l'Algérie, en général.
Selon les spécialistes du domaine, les musées revêtent une importance en matière d'information des masses, tout en constituant une source pour le développement de la créativité et la préservation de l'identité propre à chaque peuple, d'où la nécessité de l'ancrage d'une «culture muséale», a soutenu, à ce propos, le président de l'association d'archéologie Castellum Tingitanum, Ahmed Cherifi. Le docteur Ali Mokdad, du département de sociologie culturelle de l'université Hassiba Ben Bouali de Chlef estime, pour sa part, qu'une majorité de citoyens trouve dans la visite des musées une perte de temps, en l'absence d'actions faisant la promotion de ces structures, d'où l'appel au renforcement de la sensibilisation des citoyens sur l'intérêt des monuments historiques et des musées de la ville de Chlef, parmi lesquels Dar El Baroud.
Ce constat est corroboré par une étudiante en droit, Siham, qui avoue ignorer l'existence de ce musée jusqu'à son entrée à l'université, faute d'informations et de publicité, selon elle. Son concitoyen Nabil, fonctionnaire de son état, admet, quant à lui, être au courant de l'existence de Dar El Baroud, mais avoue également n'avoir jamais pensé à le visiter. «Le milieu dans lequel j'ai été élevé n'a pas de culture muséale», concède-t-il, estimant que c'est là une caractéristique de tous les habitants de sa ville. Son ami Rachid, lui, va plus loin en affirmant que la façade «peu engageante» de Dar El Baroud n'invite pas à une visite des lieux.
La visite de Dar El Baroud est enrichissante à plus d'un titre, car cette bâtisse circulaire, aux arcades blanches, est le «réceptacle» de nombreuses civilisations millénaires, tout en renfermant des objets remontant jusqu'à l'ère préhistorique. Le pavillon dédié à la civilisation romaine constitue l'un des lieux les plus intéressants de ce musée, grâce aux multiples jarres (dolium) de cette époque qui y sont exposées. Les représentations en mosaïque du jardin de Dar El Baroud sont l'autre curiosité des lieux. Selon l'archéologue Mustapha Chira, ces mosaïques proviennent de la plus ancienne église chrétienne d'Afrique du nord (325 av J.-C.), sous Constantin 1er, connu pour être un grand réformateur de l'église chrétienne.

Des civilisations millénaires dans un seul monument
Des époques plus proches sont aussi représentées dans ce temple de l'histoire, à l'exemple de celle du colonialisme français, représentée, entre autres, par le buste en bronze de Paul Robert, le premier maire de la municipalité de Chlef (ex-Orléansville), ainsi que par des pianos, dont le plus ancien date de 1849, et dont les touches sont toujours prêtes à lâcher des sons mélodieux au moindre effleurement. Des ustensiles en fer et en aluminium ainsi que des pièces d'armes utilisées contre la soldatesque française, durant les différents soulèvements populaires, y sont aussi exposées. L'artisanat algérien dans toute sa diversité et splendeur a, également, une place prépondérante dans de ce musée où des pièces uniques en poterie, en bois et en cuir du Grand Sud sont exposées, en plus d'un important jeu d'épées et de sacoches en cuir utilisés généralement lors d'exhibitions folkloriques, ainsi que des métiers à tisser traditionnels.

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