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CLAIRE DIAO CHRONIQUEUSE DE CINÉMA ET AUTEURE

"J'interroge notre apport au cinéma..."

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"J'interroge notre apport au cinéma..."

Invitée à animer un débat autour des cinéastes africains émergeants lors d'une table ronde, la Franco-Burkinabée est une journaliste des plus dynamiques, qui possède plusieurs cordes à son arc. Claire Diao vient d'éditer en France un gros livre des plus intéressants intitulé «Double vague» (chez Au diable vauvert), consacré aux cinéastes de double culture, comme elle. Elle nous en parle...

L'Expression: Claire Diao, vous êtes journaliste chroniqueuse de cinéma, écrivaine, mais pas que. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Claire Diao: Je suis journaliste et critique de cinéma. Je suis basée en France. J'ai un programme itinérant de courts métrages qui s'appelle «Quartiers lointains» que je fais depuis 2013. Aussi, une revue de cinéma Awotele cinéma cofondée avec Michel Amargé et Samir Ardjoum depuis 2015.
Et j'ai monté une société en 2016 qui s'appelle Sudu Connexion pour accompagner la distribution des films d'Afrique et de la diaspora et parallèlement à ça, j'ai écrit un livre qui vient de sortir en France chez la maison d'édition Au diable vauvert. Le livre s'appelle «Double vague», le nouveau souffle du cinéma français.

Dans ce livre vous vous êtes beaucoup intéressée aux jeunes cinéastes d'origine maghrébine. Un mot là-dessus peut-être? Quel a été le profil justement de ces cinéastes dont vous avez brossé le portrait?
«Double vague» s'intéresse en effet à toute une panoplie de cinéastes français issus d'une double culture. Soit ils sont nés en France ou à l'étranger et sont venus en France enfants ou ados, soit ils sont nés en France de parents étrangers. Car on est beaucoup en France à avoir cette dualité, cette double identité de ne pas être considérés comme français sur le territoire français. On va nous demander notre prénom et notre nom de famille ou notre culture de peau. Constamment on va nous poser la question tu viens d'où?
Et est-ce que tu es vraiment français? Et «Double vague» parce que c'est une génération montante de cinéastes. Je peux vous citer Houda Benyamina qui a eu la Caméra d'or l'année dernière, Rachid Djaidani qui a été primé avec Rengaine, Djinn Carrénard qui avait présenté aussi à Cannes Donoma, mais aussi Hakim Zouhani, Akim Isker etc.
Le point de départ de ce livre est une série de portraits que j'avais faits de 2012 à 2016 sur mon site Bondy bloc, un site français né suite aux révoltes sociales de 2005 et où le livre suit cette période de 2005 à 2015 avec la Caméra d'or de Houda Benyamina pour comprendre ce qui s'est passé.

Qu'est-ce qui vous a poussée à faire ce livre, ce qui vous a motivée?
Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, je suis moi-même issue de double culture, je suis franco-burkinabé. J'ai passé ma vie en France à remplir des documents administratifs spécifiant que je n'étais pas née en France, que je suis venue d'un département étranger, en renouvelant ma carte d'identité, il fallait prouver que j'étais française. Il fallait que je fasse un certificat de nationalité française sous Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'Intérieur. D'autre part, je suis spécialisée dans le cinéma d'Afrique. J'ai l'habitude de rencontrer pas mal de cinéastes africains qui, dans le continent africain n'ont pas les moyens pour faire un film parce que leurs gouvernements ne font pas du cinéma une priorité. En regardant dans le rétroviseur, on se rend compte qu'en France, un pays adulé pour son exception culturelle et par le fait qu'il finance son cinéma via un Centre national du cinéma il reste encore toute une génération de cinéastes, qui autoproduit ses films et n'a pas les moyens et n'a pas les réseaux nécessaires pour accéder à l'industrie cinématographique française. Cela m'a tellement interrogée que j'ai fait ce gros ouvrage qui interroge notre place dans la société, notre apport au cinéma et comment tous les rôles stéréotypés qui ont été mis en avant depuis la colonisation dans le cinéma français ont fait qu'on a aussi un rejet de soi-même puisqu'on n'arrive pas à avoir des rôles positifs.

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