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MERZAK ALLOUACHE, RÉALISATEUR, À L'EXPRESSION

«Ce n’est pas un film de spécialiste sur la religion»

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L'auteur de Omar GatlatoL'auteur de Omar Gatlato

Il a été présenté à la 10e édition du Festival international du film arabe d'Oran où il a obtenu une Mention spéciale. Un film qui a suscité un débat passionnant suite à sa projection. Synopsis: Nedjma est une jeune journaliste dans un quotidien qui mène une enquête sur le Paradis que présentent, pour les besoins de leur propagande extrémiste et leurs appels au djihad, des prédicateurs salafistes du Maghreb et du Moyen-Orient à travers des vidéos qui circulent sur Internet. Mustapha, son collègue, l'assiste et l'accompagne dans cette enquête qui la conduira à sillonner l'Algérie...Un sujet pertinent et utile. Son réalisateur nous en parle...


L'Expression: Dans votre docu-fiction «Enquête au Paradis», la question tourne autour du Paradis, la femme et la religion. Il y a un hadith qui dit que le Paradis se trouve au pied des mères. C'est parti de là?
Merzak Allouache: C'est parti de la vidéo qui circule sur Internet que j'ai montrée. C'est la vidéo d'un prédicateur saoudien. Ce n'était pas important de citer son nom. En revanche, ce qui l'est, c'est ce qu'il raconte et à partir de là, j'ai essayé en utilisant ce que dit ce prédicateur de voir un peu où on en est en Algérie. Voir l'opinion des gens là -dessus.

Votre parti pris est relié à la question de la femme donc...
Oui, parce que dans le prêche de ce prédicateur l'essentiel c'est la femme. Il parle des 72 houris que les hommes vont recevoir au Paradis. Donc tous ceux que j'interviewe vont regarder la vidéo et ils répondent en fonction de la vidéo. Le glissement vers la situation de la femme se fait naturellement. Petit à petit, on s'aperçoit qu'il y a effectivement beaucoup de femmes qui interviennent, ont envie de parler de leurs conditions. Il y a des écrivains et des progressistes qui font même la relation sur comment la femme vit sa condition sur terre, sa condition difficile pour accéder au Paradis etc

Comment s'est opéré le choix des intervenants, d'autant plus que beaucoup vous ont reproché le fait qu'il n'y ait pas assez de gens de l'autre partie, j'entends les spécialistes ou érudits dans l'islam?
Ce n'est pas un film de spécialiste sur la religion. Je n'ai pas cherché de spécialistes. J'ai cherché des gens de la société. Comme je l'ai dit, il y a beaucoup de gens qui ont refusé de répondre à mon invitation, et ça c'est la réalité. Je voulais interviewer Hamadache, Cheikh Chemessedine etc. Malgré ça, moi je tourne vite et je veux terminer vite donc j'avançais. On m'a fait un tas de promesses qui n'ont pas été tenues qui plus est. J'ai eu quand même un ancien salafiste. Tous ceux qui ne voulaient pas je ne pouvais rien contre.

Alors pourquoi ce sujet sur la femme aujourd'hui?
Je crois que j'ai parlé presque dans tous mes films de la condition de la femme. Je trouve que la condition de la femme empire de jour en jour. Il y a une régression de sa condition, sa présence dans la société.

Comment avez-vous choisi ce groupe de jeunes rappeurs dont certains affirmaient littéralement que la source de leur problème provient de la femme. Où les avez-vous trouvés?
Ce sont des jeunes de la Maison de la culture de Mostaganem. J'ai demandé qu'on me regroupe des jeunes pour discuter et on m'a apporté des jeunes et vous remarquez qu'il n'y a aucune jeune femme parmi eux...Alors là, ça me dépasse! Ce sont des rappeurs, des danseurs et des acteurs amateurs...

Pourquoi le choix du noir et blanc? Vous avez indiqué que c'était pour ne pas se focaliser sur la beauté du désert...
Il y a de cela un moment que je voulais faire un film en noir et blanc, donc, ça relève aussi d'un choix esthétique. Là j'ai eu occasion de le faire et comme j'étais mon propre producteur alors je l'ai fait. Je trouvais cela plus beau. J'ai fait un essai et j'ai trouvé cela plus intéressant et plus intense d'être avec des personnages qui allaient parler en noir et blanc qu'en couleurs.

Qu'est-ce qui a motivé votre choix de Salima Abada comme film conducteur ou reporter dans ce documentaire-fiction?
Parce que je la connais. J'ai travaillé déjà avec elle «Les terrasses,Ndlr». Je sais qu'elle a un peu touché au journalisme, à des choses comme ça. Elle est très réactive en plus. Je ne lui disais rien. Elle menait ses interviews toute seule sans que j'intervienne.

Vous terminez votre film sur une note d'humeur. Est-ce une façon de dédramatiser tout ça?
C'est juste une boutade qu'on met à la fin.

Avez-vous eu les autorisations de tournage?
Oui bien sûr. On peut avoir les autorisations de tournage sans avoir l'aide de l'Etat. Quand on dépose une caméra dans la rue. Cinq minutes après, il y a la police qui débarque donc, on est obligé d'avoir une autorisation de tournage.

Vous avez dit dans le débat: «Beaucoup de choses ont été dites, mais moi je ne suis pas d'accord avec tout. Je ne prends pas position.»
Heureusement. C'est cela un documentaire avec des interviews. Vous êtes en train de m'interviewer.

Vous aviez un choix d'intervenants et vous êtes maître de votre montage...
J'avais un choix plus large d'intervenants. Je me suis contenté de ce que j'avais. J'ai resserré. J'ai été obligé de resserrer. Vous allez interviewer, vous allez sans doute enlever les trois quarts. C'est normal. Quand les gens sont interviewés, ils disent beaucoup de choses. Il y a des gens qui ont plein de choses à dire. Après, il a fallu que je coupe. J'aurai pu faire un film avec trois fois ou quatre fois une heure. Mais deux heures, c'est pas mal. C'est long aussi, mais c'est fait exprès. Donc, ce n'est pas grave.

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