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MAJDI AHMED ALI, RÉALISATEUR ÉGYPTIEN, À L'EXPRESSION

"En égypte on ne combat pas l'idéologie islamiste..."

Par
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Après avoir été interdit dans pas mal de pays arabes le film Mawlana a été projeté cette année à la 10e édition du Festival international d'Oran du film arabe, lors d'une séance spéciale devant un public conquis. Un film audacieux qui met à nu la relation complice entre ce triangle pervers du pouvoir, de la religion et des médias. Son réalisateur, qui n'est pas à son premier film dénonçant l'extrémisme islamiste en Egypte nous en parle ici...

L'Expression: Pourquoi avoir choisi d'adapter le roman de Ibrahim Aïssa?
Majdi Ahmed Ali:
Parce que je m'intéresse réellement au sujet de l'extrémisme religieux dans nos pays et particulièrement en Egypte. Je pense que c'est le plus important problème que connaissent aujourd'hui nos pays arabes et qui les empêche d'avancer. Je trouve que c'est le problème numéro un. Ni la démocratie ni la liberté d'expression. Du moment où tu laisses propager librement une pensée fasciste qui renie la vérité et voit que défendre l'extrémisme religieux c'est défendre Dieu lui-même, par conséquent mourir en son nom pour rentrer au Paradis, cela veut dire qu'on est face à un danger suprême qui s'est réellement répandu. Cela entraîne un Etat islamique en plus de la propagation de ces idées dans une large partie de la population. Et ce pour moult raisons: sociale, politiques, l'échec des gouvernants dont certains sont corrompus dans les pays arabes. Cela ne veut pas dire qu'on doit aller vers cette idéologie, mais on doit la combattre. Et principalement sur le plan de la pensée intellectuelle. Car ce que je vois est que le combat est dirigé beaucoup plus contre les extrémistes, non contre les idées qu'ils véhiculent. Et cela crée une différence. On les combat après qu'ils se sont bien implantés, se sont formés. Très peu sont ceux qui défient leurs idées. Et luttent contre. On pourchasse les islamistes, mais on ne combat pas leurs idées.

Comment doit -on faire alors?
Il faut un climat propice qui se généralise partout, de la famille à l'école, aux médias, dans l'art et la culture. Je trouve que la plupart de nos pays arabes vont dans la direction contraire. Nos pays ne s'intéressent pas énormément à l'art et la culture et sombrent dans l'indifférence.

Comment expliquez-vous aussi la propagation du voile islamique partout dans les pays arabes dits musulmans? Effet de la mondialisation extrémiste?
Oui! Oui!? ça a pris de fortes proportions ce voile effectivement. Pour moi, cette tenue du hidjab dans nos sociétés ne veut pas dire forcément un signe de religiosité. Selon moi c'est une expression politique d'une présence. Quand tu vois cette insistance de faire porter le voile et le nikab aux femmes, cela n'est ni le reflet d'une morale ou de la religion, mais exprime une volonté ou un Etat politique qui aspire à exister en force dans la rue. C'est une politique de façade et d'apparence.

Mais ce sont les femmes qui choisissent de le porter volontairement pour la plupart d'entre elles...
Mais ce phénomène commence ainsi. D'abord par les convaincre que c'est bien de le porter. L'histoire commence par l'endoctrinement et c'est le plus dangereux. La femme qui est persuadée que son visage est une honte, c'est très facile pour elle après de la convaincre de ne pas hausser sa voix, de ne pas donner son avis, qu'elle ne doit aspirer à aucun degré de liberté ou niveau de liberté. Une femme qui se persuade qu'elle doit cacher son visage peut être assujettie facilement. Après, l'homme peut imposer ce qu'il veut. Après, ce sera facile de dire à l'homme «tu es maître à la maison, mais pas de ton pays car tu ne t'intéresses pas à ta religion». Ce que je veux dire est qu'aujourd'hui, le voile est devenu un devoir comme la prière, le Ramadhan et le Hadj. Je ne sais pas d'où ils ont ramené cela? On te ramène des hadits qu'on attribue au Prophète (Qsssl), alors qu'ils n'ont aucune relation avec le sujet. Pour répondre à votre question. Le sujet de l'extrémisme constitue une des principales préoccupations depuis mes premiers films, que ce soit au cinéma et même dans mes collaborations télé, émissions ou les feuilletons. Quand j'ai découvert ce roman qui m'a permis d'y associer mes idées, je l'ai choisi d'emblée car l'histoire m'a beaucoup plu et je l'ai transformée en scénario.

Après la sortie du film au Caire il y a eu une attaque contre une église le lendemain je crois. Quelle a été votre réaction?
Oui, le hasard a fait cela, mais durant la révolution du 25 janvier 2011 il y eut de nombreuses attaques contre des églises. Après le 30 janvier, de nombreuses églises ont été attaquées. Près de 60. Effectivement, le film a été projeté à Dubai et le lendemain une église a été attaquée, à telle enseigne qu'on nous a dit que vous avez prédit cela ou quoi? Mais attaquer des églises ça reste récurrent en Egypte. Certain trouvent cela normal comme si c'était un acte essentiel au tissu national égyptien pour accéder au paradis. Certains sont convaincus de ce qu'ils font, pensent que les chrétiens ce sont des impies, qu'il faut les tuer. Or, la Constituion stipule qu'il n'y a aucune différence entre les religions et qu'on est tous égaux.

La démocratie existe-t-elle en Egypte?
Moi je considère que la démocratie n'existe nulle part vraiment dans le monde dans le sens pur et dur du terme. On lutte justement pour acquérir nos droits.

Dans ce sens certains estiment que la démocratie ne peut pas réussir dans les pays arabes et dits musulmans. Vous en pensez quoi?
Il s'est dit la même chose sur l'Inde qui est un pays connu pour la multiplicité de ses castes, populations et courants religieux. Pourtant, aujourd'hui il vit une belle expérience en démocratie. Cela a démenti totalement ces idées-là.

L'imam dont vous avez dressé le portrait dans votre film est quelqu'un ouvert d'esprit. Existe-t-il des hommes comme ça en Egypte?
Bien sûr. Il y en a beaucoup. Quand le film a été projeté en Egypte, d'aucuns se référaient à certains cheikhs qu'ils connaissent bien. Le cheikh que j'ai choisi de dépeindre je le voulais un condensé de tous les imams qu'on connaît autour de nous. D'ailleurs, ce n'est pas un simple imam, mais il passe dans une émission télé et conseille les gens. Il fait partie de ceux que l'Etat a choisi pour les instrumentaliser. Puisque tu as gagné la confiance du peuple, tu es devenu populaire et tu as un impact sur eux, tu te dois de collaborer avec la politique pour propager nos idées, c'est cela leur crédo...

Vu que le rapport entre l'Etat et l'imam dans votre film n'a pas marché au final, mais a échoué, est- ce à dire que vous plaidez pour la séparation du religieux, de la politique?
Le fond du problème est politique. Mais la relation entre le religieux et le politique c'est ce qui a dérangé de nombreuses organisations politiques qui ont rejeté le film. Parce que j'ai touché à un point bien sensible et clair en montrant cette «coalition» entre les gens de la religion et le pouvoir, qui possèdent beaucoup d'instruments médiatiques et de chaînes télé dans beaucoup de pays arabes. Et ce pouvoir peut faire pression sur eux via les impôts s'il veut. De cette manière il arrive à contrôler ce qui se dit. Cela dit ce n'est plus vraiment possible. Ça leur échappe aujourd'hui. Les Etats qui pensent pouvoir contrôler les médias, même sur le plan religieux, échouent. Pour preuve ce qui s'est passé en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis, etc. En Egypte par exemple Moubarek a cru pouvoir contrôler les Frères musulmans en leur promettant toutes les mosquées à condition qu'ils ne se lancent pas dans la politique et pourtant! Il a laissé les salafistes et les Frères musulmans se constituer progressivement et massivement en groupes, se renforcer. Personne ne contrôlait leur argent. Ils ont fini par acheter avec des armes et ces associations salafistes se sont propagées jusqu'à ce qu'elles deviennent une force réelle dans la société dont on n'arrive plus à mettre fin et à s'en débarrasser. Il y a aujourd'hui une guerre dans la presqu'île du Sinaï qu'on n'arrive pas à endiguer malgré qu'il y ait l'armée et la police. C'est dans l'est de l'Egypte. L'Etat aurait dû savoir que la coalition avec ces gens-là n'apporterait jamais rien de bon. Même les sunnites et les chiites vivaient en toute harmonie pendant longtemps. On n'entendait pas parler de guerre entre les deux, avant la chute de Saddam. Ils ont réussi à créer cette dissension entre les deux courants religieux. La radicalisation des Ayatollah en Iran a aggravé cette pensée. Les deux courants se sont mis à s'opposer, poussés par le désir de reconquérir une vérité que chacun pensait détenir. Les chiites en Egypte on les appelle les Gens de la Maison (Ahl el Beyt), ce sont les adorateurs du Prophète (Qsssl) et ses proches. Ils sont proches des soufis. Ils ont une longue histoire en Egypte. El Azhar, la plus grande institution sunnite aujourd'hui a été créée avec Fatma Zohra, c'est-à-dire avec Ahl El Beyt. Le peuple égyptien se nourrit de la pensée soufie. Mais on a fait en sorte aujourd'hui d'opposer les deux courants et cela est une des raisons de ce désordre religieux aussi qui prévaut en Egypte.

Vous avez abordé le silence complice dans nos sociétés. Il y a cette scène où l'imam s'emporte et balaie de ses mains les micros des chaînes télé qui se trouvent devant lui...
Cette scène ne sous-entend pas supprimer tout les médias, mais ce genre de médias. C'est ce qu'il dit au début de son prêche. Il dit qu'on s'est habitué à répéter les mêmes choses, les mêmes choses arrivent. Rien ne change et on ne retient aucune leçon.. Dans cette séquence il annonce son refus de se soumettre à nouveau à ce genre de média qui fait semblant de ne rien voir. Car en effet, comment peut-on plaider la légalité entre les religions, appeler au vivre ensemble entre toutes les religions alors que nous savons très bien qu'une bonne partie de la jeunesse ne se cultive pas, ne lit pas, ne s'intéresse pas à la culture à l'art, elle est pauvre et nous savons que la pauvreté est un des obstacles à l'évolution de la société et son émancipation.

Quelle est aujourd'hui la situation après le départ de Moubarak?
Il y a des tentatives de réformes de l'économie nationale, mais ce sont des tentatives non complètes car elles ne marchent pas avec une réforme politique concordante. La lutte contre la corruption est primordiale. Elle doit être motivée par une vraie réforme politique qui croit en le rôle de la société dans le développement et dans la démocratie. Je commencerai à croire que le pays avance quand je sentirai que l'Etat s'intéresse vraiment à l'art, la culture, par la démocratie, le multipartisme avec des partis forts, par la liberté d'expression, l'implication du mouvement civil. Mais ce que je veux dire est qu'on n'est pas loin. On est sur la voie. On se dirige vers le meilleur...

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