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FESTIVAL OF COLOR ALGERIA

Une détermination exemplaire!

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L'art au service du peupleL'art au service du peuple

Oui les autorités ont lâché l'évènement. Non! Ce dernier n'a pas été annulé. Mieux, cela s'est transformé en une grande action citoyenne faisant d'un quartier dans lequel la population vit dans le dénuement, le théâtre d'un véritable mouvement de solidarité hautement artistique...

Le Festival des couleurs de Béjaïa a drainé un nombre assez intéressant d'artistes cette année prouvant par là sa constante évolution vers une idée assez certaine de la culture. «On ne lâche rien!» aurait pu être leur slogan. Si l'aspect festif a été annulé, celui artistique s'est bel et bien consolidé. Ainsi, les organisateurs ont tenu à relativiser cet échec sans pour autant baisser les bras et poursuivre les activités artistiques qui se sont tenues à même d'un des quartiers des plus chauds et réputé pour être dangereux dans la capitale des Hammadites. Qu'à cela ne tienne! Le travail de proximité avec les habitants du quartier a été d'une totale réussite.
En effet, même si la feuille de route de cet événement a pris une nouvelle tournure, l'esprit de partage avec l'Autre était bel et bien là et c'est cela l'âme de ce festival qui a rendu sourire aux enfants et permis même à une doyenne de danser. Le Festival of Color Algeria a su donc mettre en pratique ce slogan qui en dit long «l'art est public!» Riche était en effet le programme. Après le nettoyage du quartier 27 et l'action de sensibilisation des jeunes et des enfants du quartier au respect de l'environnement, les ateliers avec les enfants ont pu commencer. Parmi eux on citera ceux de dessin, de recyclage. Le programme comprenait aussi des expos et du street art, mais de la musique aussi, à gogo, entre jeu de guitare et DJ Kheloui, dans une ambiance des plus décontractées. Le 12 août, au soir, la Brise de mer s'est métamorphosée en une artère bien animée où la joie et la bonne humeur régnaient sur les lieux comme une reine de Saba. Et c'est cette image que l'on gardera de cet événement où garçons et filles se sont mélangés... oui! Mais pour l'amour de l'art et la passion de la vie. Car la vie qui n'a pas de prix, est justement un coeur palpitant de couleurs...des couleurs humaines. Pour assister à cet avènement, des gens sont venus de nombreuses régions pour célébrer ce festival. On notera Constantine, Biskra, Oran, Tlemcen, Alger, etc. Une belle leçon de résistance et d'humanisme. De modestie et d'émotion pure!
Les artistes présents se sont tous attelés à colorer les murs de ces maisons de fortune qui servent pourtant de toits à ces nombreuses familles qui nous ont accueillis les bras grands ouverts avec le sourire. Un bidonville certes, mais où le calme et la sérénité se reflétaient sur le visage de ces personnes.
Le meilleur cadeau qu'on pouvait espérer est ce joli pied de nez à l'Etat qui a refusé de prendre en charge l'aspect sécuritaire du concert qui devait avoir lieu au niveau du port de Tala Ilef, arguant le manque d'effectif pour assurer la présence de 3000 jeunes, chiffre qui était annoncé après la vente des billets, donnant pour preuve le succès et l'engouement de la jeunesse à cet événement et sur lequel les jeunes du festival planchaient depuis des mois et des mois. Mais sans se décourager et après avoir essuyé leurs larmes, ils ont décidé, tenaces malgré tout, de poursuivre le combat, leurs actions et faire de ce quartier, le Q G de ces rencontres enrichissantes avec l'Autre, entre enfants, femmes, vieilles et vieux. Le sens du mot engagement prenait ici tout son sens. Une véritable manne de couleurs que peut contenir cette extraordinaire expérience humaine, riche en valeurs de citoyenneté. Le mérite revient aussi à ces artistes qui ont répondu présents en participant à faire rayonner les couleurs de mille feux sur ce quartier 27.
Outre Souad Douibi que l'on ne présente plus avec son samedi en couleurs, Sneak et sa boulimie de tagueur, Farès Issad alias Serdas et son style unique de dessinateur ou encore Abdelghani Haydouche et El moustache, il est bon de souligner la présence en force de l'Association Mohamed Dib de Tlemcen qui était là avec cinq de ses membres. On citera le photographe Merzak Ahmed Abdel Ali, Ben Moussa Amine artiste plasticien, peintre et tagueur de mur, Chakib Lahfa alias DJ Chaks, Mohamed Amine Lhafaf et Younès Taleb Bendiab qui sont venus animer un atelier de théâtre public. «Moi je travaille dans l'argentique et je fais plus dans l'absurde et le surréalisme. Le cadre de cette expo qui s'est déroulée déjà à Tlemcen et qu'on a prévu de transposer ici à Béjaïa s'intitule La grille; Ça a trait à la ville de Tlemcen, mais vu selon l'artiste lui-même, c'est-à-dire chacun des artistes donne sa vision de la ville» nous fera remarquer Merzak Ahmed Abdel Ali. «Mon oeuvre à moi est partie sur le constat selon lequel une ville est un amas de personnes. J'ai essayé de capturer des moments, des portraits et des lieux assez phares à Tlemcen, mais en mettant dans chaque photo une partie de moi-même, reflétant une partie psychologique d'une personne. La photo où il y a un miroir c'est un peu l'hypocrisie qu'à une personne. Là où il y a un jeu de lumières c'est la partie d'ombre de la personne. Les photos où nous percevons une sorte de flou cela correspond à l'inconstance et le flou vis-à-vis de notre avenir et notre vie. D'autres photos représentent la ville, comme les escaliers de Sidi Hamed etc. Le tout a été travaillé en argentique. Le traitement a été minimaliste.» Le résultat est tout bonnement fantastique. A propos de sa présence au festival des Couleurs, l'artiste confie: «C'est un énorme plaisir de se voir inviter dans ce festival qui est une occasion unique de rencontrer un nombre assez conséquent d'artistes. Ça permet une communication, des prises de contact, des échanges d'informations, de vision et de culture surtout.» Pour sa part, les photos de Fouad Mohamed Semach parlent en noir et blanc des immigrés de l'Afrique subsaharienne qui viennent à Tlemcen. L'expo de Mejati Farouk, quant à elle, tourne autour de la vie des femmes le soir à Tlemcen, cette ville assez conservatrice et traditionnelle au fond. Le travail de Fouad a consisté à capter, à chaque instant, le regard des hommes vis-à-vis d'une femme marchant seule dans les dédales, dans une vieille rue à Tlemcen.
Un travail assez intéressant qui a suscité la curiosité des habitants du quartier 27. A refaire en tout cas. La société a tranché...comme le dira si bien Souad Douibi: «L'édition de cette année est la plus réussite, parce que quand on comprend que l'art est au service de la société et des personnes délaissées, cela explique la maturité de ce festival.»

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