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22ÈME SALON INTERNATIONAL DU LIVRE D'ALGER UN COLLOQUE LUI EST DÉDIÉ

Mouloud Mammeri réhabilité au Sila

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Mouloud Mammeri réhabilité au Sila

En mars, la conférence que devait animer Mouloud Mammeri à l'université qui porte son nom aujourd'hui avait été interdite. Trente-sept ans plus tard, un colloque international de haut niveau lui est dédié à Alger.

L'écrivain et chercheur Mouloud Mammeri a été réhabilité de fort belle manière, en marge du Salon international du livre d'Alger. Un colloque de haute facture et de dimension internationale lui est dédié depuis vendredi dernier jusqu'à aujourd'hui, dimanche, grâce à une initiative du Haut Commissariat à l'amazighité (HCA). D'éminentes personnalités du monde universitaire ont animé des conférences-débats ayant permis de mettre en avant l'apport de Mouloud Mammeri, non seulement à la littérature algérienne et francophone en général, mais aussi son travail gigantesque et incontournable dans le domaine de la promotion scientifique de la langue et culture amazighes. Mouloud Mammeri, faut-il le rappeler, a été le premier concepteur d'une grammaire amazighe. Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA a précisé, lors de l'ouverture des travaux du colloque sur Mouloud Mammeri ayant pour thème global: «L'amousnaw, le sourcier des convergences civilisationnelles universelles», que l'auteur de «La Colline oubliée» qui a beaucoup oeuvré pour la préservation et le développement de la langue et culture amazighes à travers ses recherches anthtropologiques et travaux sur la grammaire, les méthodes d'enseignement de la langue et le dictionnaire dans lequel il a regroupé le vocabulaire des différents dialectes amazighs, est à ce jour, considéré comme le pionnier de tamazight et ses travaux scientifiques dans le champ de l'amazighité demeurent incontournables. Si El Hachemi Assad a affirmé que Mouloud Mammeri est l'auteur de plusieurs romans dont «L'opium et le bâton», «La colline oubliée» (adaptés au cinéma), «Le sommeil du juste», «La traversée» et de nombreuses pièces de théâtre, recueils de poésies anciennes et de contes. «Lui rendre hommage à travers un colloque international de haute facture, c'est non seulement un devoir de mémoire et un acte de reconnaissance, mais aussi un moyen indéniable de continuer à oeuvrer pour impulser et multiplier les recherches dans les domaines de la langue et de la littérature amazighes», ajoute le secrétaire général du HCA. Ce dernier précise que, contrairement à ce qui se fait habituellement, «nous avons opté pour la célébration de la naissance de Mouloud Mammeri en présage d'espoir, de renouvellement, de vigueur et de continuité de vie». «Nous avons fait le pari de la convivialité en instituant un comité scientifique de coordination. L'idée étant de partager les bonnes pratiques, les expertises, les retours d'expérience sur un centenaire que nous voulons à la hauteur des sacrifices de cette figure illustre de Mouloud Mammeri. Ce comité, composé de personnalités scientifiques et culturelles auxquelles s'ajoutent les représentants d'institutions et associations est pour nous un gage d'efficacité collective», a déclaré le secrétaire général du HCA à la même occasion.
Et de conclure: «Avec enthousiasme, pédagogie et sérénité, nous travaillons à perpétuer son legs, à le faire connaître et le valoriser. Il est pour l'Algérie entière une source d'inspiration et de stimulation féconde et bienfaitrice». Lors de la première journée de ce colloque dont les actes seront édités dans moins d'une année, plusieurs universitaires connus ont développé des thèmes inhérents notamment à des axes comme «parcours à travers une histoire et une identité confisquées» ou encore «l'oeuvre de Mouloud Mammeri cristallisée dans les quatre premiers numéros de la revue Awal». C'est dans ce sillage que l'universitaire de Paris 8, Zineb Ali Benali a parlé sur la littérature comme une réflexion sur la subalternité et la fin des civilisations chez Mouloud Mammeri. Dans son exposé, Zineb Ali Benali a tenté de répondre à la question: «Du piton kabyle au monde des Aztèques, en passant par une réflexion sur les littératures considérées comme mineures, quelles pérégrinations, quelles relations?».
Et de développer que Mammeri avait révélé qu'il avait d'abord conçu des pans de son premier roman en kabyle, avant de les faire passer à la langue française: son écriture était déjà polyphonique et la structure de «La colline oubliée» permet de voir les relations entre Taâssast et le reste du monde, en cercles concentriques, de plus en plus larges, avant l'ultime retour vers le premier lieu.
«Dans l'Algérie des années 50, après la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'épreuve de Sétif, Mouloud Mammeri entreprend, comme Mouloud Feraoun ou Mohammed Dib, d'écrire à partir d'un lieu, souvent un coin reculé, pour le mettre en relation avec le monde», a ajouté Zineb Ali Benali.
Cette dernière rappellera en outre que le travail de Mammeri sur l'oeuvre des poètes de l'oralité comme Si Mohand Ou Mhand, sur les littératures populaires, sur leur fragilité et leur disparition, comme ce fut le cas pour la civilisation aztèque, posent la question de la subalternité ou de l'inégalité entre cultures et de la répression (quelque fois sans violence visible) reste d'actualité: «Il est possible d'en suivre le déploiement dans son oeuvre littéraire, de traduction et d'analyse.»

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