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22ÈME SALON INTERNATIONAL DU LIVRE D'ALGER: KAMEL DAOUD, ÉCRIVAIN ALGÉRIEN, À L'EXPRESSION

"Le livre sacré n'appartient à personne"

Par
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Vendredi 3 novembre, l'écrivain de «Meursault contre-enquête» était à son deuxième jour de vente-dédicace au stand Barzakh. Plus disponible que le premier jour, l'écrivain et journaliste qui suscite souvent des polémiques ici et là en raison de ses idées controversées, nous a accordé cet entretien portant sur son nouveau livre sorti cet été, à savoir Zabor ou les Psaumes. C'est toujours avec le mot pondéré que Kamel Daoud se plie au jeu des questions-réponses, rompu qu'il est aujourd'hui à cet exercice et d'autant plus à l'Hexagone et outre-mer d'ailleurs, que dans son pays natal, faut croire. Entrevue.

L'Expression: Dans votre nouveau roman vous mettez dans une sorte de confrontation le livre sacré au livre tout court. Peut-on dire que l'auteur ou le livre peut se substituer à Dieu dans la mesure où le livre permet de réinventer le monde et repousser le temps?
Kamel Daoud: Non ce n'est pas une confrontation. Je pense qu'on a tous le droit de relire le livre sacré, de le revisiter de le réinterpréter. Je ne pense pas que cela soit le monopole d'une seule personne, d'un groupe ou d'un courant politique à qui appartiendrait ce livre sacré. Il n'appartient pas à une personne précise. Il appartient à tout le monde. Tout le monde a le droit de le méditer et le revisiter. Le livre sacré n'est pas seulement livre sacré d'un point de vue rituel c'est un patrimoine culturel, une vision, un recueil de mythologies, de croyances etc. Chacun et, surtout l'écrivain ou l'artiste a le droit de le revisiter et le réinterpréter en fonction de son époque, de ses demandes etc. Soit c'est un livre vivant qui appartient à tout le monde, soit on dit que c'est un livre mort et qui appartient à certains. Ce n'est pas une vraie confrontation. Quant à l'exercice de l'écriture, de tout temps l'écriture a été en confrontation avec les utopismes. Un écrivain est là pour remettre en question des certitudes, des visions du monde, des métaphores, un style. Il est là, non pas pour détruire, mais pour rénover une vision du monde. Ça se fait à partir de textes sacrés, de visions sacrées et d'idéologies. L'écrivain est contestataire par essence. C'est le premier diable quelque part. C'est celui qui dit non pour mieux éclairer le monde.

A propos de Djamila cette femme divorcée dans le livre. Vous lui attribuez un qualificatif assez lourd de sens et bien chargé, à savoir le mot «décapitée»...
Il renvoie tout d'abord aux Mille et Une Nuits. Le roi qui n'était pas content, décapitait les femmes le matin et puis ça renvoie à un fait, à une métaphore vive de la condition féminine de maintenant dans le sens où à la femme on exige toujours le choix entre sa vie et son corps. On la décapite, c'est-à-dire son visage n'est pas une «3awra» mais son corps l'est. Le seul moyen d'accéder à un espace public c'est d'abandonner son corps, c'est-à-dire le voiler, le cacher. Pour moi c'est une forme de décapitation. On essaye de séparer le corps de la femme de son être. On tolère son visage et encore, mais on interdit son corps. C'est une forme de décapitation pour moi.

Pensez-vous que c'est de plus en plus le cas dans les pays dits musulmans?
Mais bien sûr tout le monde le vit. Tout le monde le voit. On exige de la femme une amputation majeure: tu sors, tu abandonnes ton corps, si tu veux le garder, tu restes à la maison.

Vous évoquez les Mille et Une nuits, mais aussi plusieurs références littéraires tel Robinson Crusoé etc... Pourquoi toutes ces références littéraires. Est-ce des livres qui vous ont nourri vous-mêmes?
Exactement.Ce ne sont pas des références. C'est ma vie. La partie la plus intéressante de ma vie ce sont les livres que j'ai lus. Je suis enfant d'un village socialiste algérien. J'avais dix ans dans les années 1980. Il n'y avait pas de loisir, rien du tout. Le plus grand événement qui m'est arrivé dans ma vie ce sont mes lectures. Ce sont ces dernières qui ont été les serrures, les portes et les fenêtres de mon monde. J'en parle comme si c'était des rencontres qui m'avaient marqué. Les livres ne sont pas uniquement des livres de papier, ce sont des rencontres. C'est tout à fait normal qu'on parle des rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre vie.

Pourriez-vous m'expliquez cette phrase à la page 86 de votre roman. Vous dites: «Il y a dans ma mission une part de métaphysique, et surtout la loi de la Nécessité. Je crois en Dieu, mais je ne cherche pas à lui parler. Etre est une tragédie plus vaste que ce tête- à- tête devenu lassant. L'essentiel est ailleurs que dans la prière ou la désobéissance. Il est dans l'imminence, reportée par chacun, de la fin du monde.»
J'ai écrit un livre à méditer, pas uniquement à lire rapidement. Mon personnage Zabor est quelqu'un qui croit que sa relation à Dieu est beaucoup plus importante que le «halal» et le «haram», la punition, le paradis etc. Il croit que c'est une relation très intime et très profonde, que chaque être est là pour tenter d'expliquer le monde. Il dit que Dieu n'est pas une nécessité d'obéissance, mais une nécessité de réflexion. C'est quelqu'un qui cherche à réfléchir sur Dieu plutôt qu'à en avoir peur. C'est quelqu'un qui se veut rencontrer Dieu plutôt que de lui obéir. C'est ça sa conception.

Rencontrer Dieu de quelle façon?
D'abord en le cherchant avec honnêteté. C'est la première des choses et puis avoir l'humilité de ne pas répéter aux gens qu'on l'a déjà trouvé. Je pense que la rencontre ou non avec Dieu c'est de l'ordre de l'intime. c'est une expérience qu'on ne peut pas partager.

Il y a cette phrase dans le livre qui dit aussi: «Oh oui, l'éternité est un livre à paraître et le mien est la seule possibilité avant la fin. Je l'écris. Je l'écris.» Est-ce une obsession pour vous de laisser des traces en tant qu'écrivain?
Pas une obsession, c'est une nécessité. J'espère laisser plus qu'une pierre tombale. Écrire c'est se perpétuer. Homère vous le connaissez? Pourquoi vous le connaissez? c'est par ce qu'il a écrit. Si je vous cite le nom d'une autre personne vous ne le connaissez pas parce qu'il n'a rien laissé. La seule manière de vaincre un peu la mort c'est d'écrire... Je peux vous parler alors que je ne suis pas à côté de vous. Et je peux vous parler alors que je suis déjà mort ou vous n'êtes pas encore née. Donc l'écriture arrive à vaincre le temps et la distance.

Kamel que peut-on lui souhaiter? D'autres romans à succès?
J'essaye d'écrire d'autres livres. J'ai deux cent soixante quatre idées d' autres livres. Mais on retient une ou deux et on travaille le reste. Ecrire un livre c'est une entreprise qui est là, qui peut aboutir comme elle peut ne pas aboutir. J'ai toujours le désir décrire.

Pourquoi la fable en fait?
C'est un mythe modeste. C'est un artifice qui permet de raconter les choses, mais sans le souci du vraisemblable. Le roman de la fable n'essaye pas de se faire passer pour le réel. Il vous dit que je suis un artifice et il vous dit que le plus important ce n'est pas l'artifice, mais ce qu'il raconte.

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