BANDE DESSINÉE AUX ÉDITIONS DALIMEN

Imaginaire et talent d'ici et de là-bas

Imaginaire et talent d'ici et de là-bas

Deux albums de BD ont marqué les étals des éditions Dalimen au Sila 2017, il s'agit de L'assaut de Bou-Gafer de Brahim Raïs et Carnet de trois voyages, un travail d'atelier à «six mains» algéro-italien.

Après avoir publié ses deux précédents albums Les passants et Le grand silence, les Editions Dalimen récidivent en sortant le nouvel album du Marocain Brahim Raïs. Il s'agit de L'assaut de Bou-Gafer, un album de 62 pages en noir et blanc sur une véritable bataille qui a opposé en 1933 les combattants des tribus Ait Atta aux forces coloniales françaises. Le 13 février 1933 plus exactement, l'armée coloniale avait mené sa première offensive contre les combattants des tribus d'Ait Atta, qui s'étaient repliés dans les montagnes de Bou-Gafer. C'est ce que nous découvrons à travers les dessins au fil des pages où l'aigle, étendard de ces tribus maghrébines, revient le plus souvent planer au-dessus de cette bataille sanglante qui s'est achevée par une rude résistance après plus de 40 jours, mais a poussé la tribu à capituler à la fin. Aussi, les tribus d'Ait Atta vont résister jour et nuit aux bombardements aériens et de l'aviation stationnée à Ouarzazate et à un sévère blocus. Asso Obsslam est décidé à combattre pour la dignité de ses enfants, sa tribu et sa famille et contrer l'armée du général Huré qui, même s'il dispose d'armes dernier cri, a perdu beaucoup de ses hommes et le plus prestigieux d'entre eux, le capitaine Henri de Bournazel avait souligné: «On s'attend à une résistance d'autant plus farouche que le terrain s'y prête admirablement.» En effet, face à la résistance héroïque des moudjahidine, le général Huré, qui commandait les troupes françaises au Maroc, avait décidé de prendre lui-même le commandement de l'opération et de faire appel à deux généraux pour mettre au point une nouvelle stratégie d'attaque de la montagne. «Bournazel est accoutumé à vaincre. Aucun obstacle ne l'a jamais arrêté. Il triomphera sans nul doute de la montagne», écrira le romancier Henry Bordeaux. Après la mort du capitaine Bournazel, l'armée française poursuit les bombardements sur les pistes de ravitaillement des combattants, les abris utilisés, là où se forment les points d'eau existants à l'intérieur du massif. Ainsi, elle a fini par les traquer. Aussi, les dessins en noir et blanc de cet album de BD vous plongeront dans les massifs arides de ces montagnes, et vous ferez ainsi connaissance avec ces braves moudjahidine, mais aussi avec cette armée qui ne cessera de comploter pour conquérir une terre et arrêter des hommes. Ce sera sans compter sur la force et la détermination acharnée et sans faille de ces guerriers dont la principale arme était la foi. L'assaut de Bou-Gafer est une BD assez simple à lire ayant vulgarisé cette partie de l'histoire de manière à l'assimiler sans grands détails, laissant beaucoup place au dessin entre paysages panoramiques et portraits saisissants d'hommes et de scènes de combat. Pour info, Brahim Raïs (né en 1981 à Ersmoukn), a fait trois ans de formation à l'école des arts plastiques d'Essaouira. Il s'inscrit au centre régional pédagogique de Marrakech. Il travaille depuis quelques années en tant qu'auteur de bande dessinée et enseigne les arts plastiques à Tata. L'auteur a participé en 2001 au collectif BD sur l'Afrique du Sud Thembi et Jetj, les tisseuses de l'arc en ciel, Editions L'Harmattan. L'autre BD que les Editions Dalimen ont publiée cette année est Carnets des trois voyageurs comprenant, comme son nom l'indique, des dessins de trois bédeistes, à savoir Racim Bey Benyahia, Bouchra Mokhtari et Stefane Orsetti. Il s'agit d'un album rassemblant les travaux issus «d'un atelier algéro-italien où trois artistes donc ont travaillé durant une année à l'élaboration d'un album à six mains. D'abord à Alger, en résidence en avril 2016 à l'Institut italien d'Alger et ensuite à Venise en avril 2017», souligne dans la préface Dalila Nedjam, commissaire du Festival international de la bande dessinée d'Alger, qui, rappelle-t-on, l'Italie a été l'invité d'honneur du Fibda 2016. Déclinées en noir et blanc, les premières planches de l'Italien Stephane Orsetti ont pour cadre Venise avec comme personnages centraux des oiseaux. La seconde BD est celle de Bouchra Mokhtari qui avait eu beaucoup de succès durant la dernière édition du Fibda 2017. Rym mêle le fantastique à ses dessins. En effet, son personnage principal est une jeune fille qui, dotée d'un pouvoir magique, traîne avec elle un petit couffin magique qui, un jour, elle et son petit chat, la pousse à s'envoler jusqu'à Venise où il lui arrive des péripéties bien sympathiques. Enfin, Racim Bey Benyahia nous entraîne quant à lui dans un conflit entre deux royaumes celui du Vieux Rocher et la cité des Eaux, à travers l'histoire d un soldat qui cherchera à réparer son cristal magique. Au cours de son périple, rien ne se passera comme prévu, toutefois, à la place de la rancoeur finissent par triompher la paix et l'amour entre les peuples. Un joli conte de fées en somme. Notons que les planches des deux dessinateurs algériens sont en couleurs. Chacun possède son trait caractéristique de dessin. Celui de Rym, à l'attrait plus enfantin, capte plus l'attention, tandis que celui de Racim se veut fin et onirique.