L'IMPOSSIBLE OUBLI DE SAMIRA BELAIDI (ÉDITIONS DALIMEN)

Femmes rescapées...

Femmes rescapées...

L'histoire de deux destins qui s'affrontent, deux âmes qui se réconcilient au fil des révélations et des réminiscences.

«...En considérant ma vie avec indulgence, je me dis qu'oublier est aussi un temps à aménager.
L'important est de ne pas me laisser obnubiler par de mauvaises idées. Il me semble que j'aurais tout perdu si je manquais ce pas-là... Chacun porte en lui, ensevelie, une force ménagée pour se relever d'une éventuelle chute. Il appartient à chacun d'apprivoiser son destin, de le changer parfois, c'est ainsi que l'on avance, qu'on franchit les frontières de l'insensé. Il faudrait me reconstruire, c'est à moi et uniquement à moi, qu'incombait la tâche de me recréer...», écrit Samira Belaïdi, dans son roman «L'impossible oubli», paru aux éditions Dalimen. Ce texte est l'histoire de deux destins qui s'affrontent, deux âmes qui se réconcilient au fil des révélations et des réminiscences.
La première s'appelle Amina, une jeune adolescente qui a grandi dans un environnement hostile sans trop comprendre pourquoi. Sa mère la trentaine a toujours affiché une froideur à son égard. Son père qui ne l'est pas en vrai est un vieil alcoolique borné, grossier et répugnant qui est d'une vingtaine d'années plus âgé que sa mère. Collée à son métier à tisser, sa mère passait son temps scotchée à ses fils de laine comme pour oublier l'opprobre, ce funeste passé dont elle a été victime un jour, elle était alors âgée de 15 ans et sa soeur cadette...Amina.
Un soir, en visite chez la tante Yasmina, alors que le frère Wassim était revenu du maquis après s'être enrôlé dans les rangs des terroristes, les langues se délient et telle une boîte de Pandore un lourd secret est délivré au-delà des douleurs tues. De retour à la maison, la fille Amina comprendra pourquoi détenait- elle le prénom de la soeur de sa mère, morte de torture, alors que sa mère a survécu non sans avoir subi les pires sévices au maquis, parmi les fous de Dieu.
De cette guerre civile sans nom, de nombreux enfants illégitimes vont naître, à l'avenir incertain et dont le fantôme du passé continue à narguer beaucoup d'entre eux, dont Amina dont on interdira même de poursuivre les études, mais à peine de faire une formation de couture et rester à la maison. Ce sera sans compter avec Sadek, son voisin, sa seule bulle d'oxygène qui l'aidera à résister contre monts et vents et faire fi des démontas bus de la honte. Ecrit dans un style fluide qui se lit d'un trait, ce livre de l'impossible oubli fait se télescoper deux narratrices, deux femmes, deux destinées. Si l'une est une rescapée du passé, l'autre demeure otage du présent et des éternels qu'en dirat-on et le doute permanent.
Livre existentiel sur les souffrances humaines et a fortiori féminines, ce roman donne à écouter le cri silencieux d'une mère qui a longtemps refusé de parler et dire à sa fille qui elle était, là laissant choir dans l'ignorance et l'indifférence la plus muette. Mais celle-ci grandit à son tour très vite et tente de comprendre son histoire à défaut de saisir les contours de son avenir encore flou. Comment rester de marbre devant cette histoire si bouleversante qui vous remue tout en entier de l'intérieur? Samira Belaïd, ingénieure d'Etat en télécommunications réside et travaille à Tizi Ouzou. Elle a obtenu pour info le Prix d'excellence du concours international de la nouvelle en France, à Marseille. Loin des chichis des écrivains prétentieux de l'esthétique, Samira Belaïd semble privilégier l'émotion du récit au luxe ronflant des mordus de la linguistique. Son roman, une profusion d'émotion à l'état brut nous plonge dans les abysses de cette histoire, tout en images et descriptions, sans faire l'économie du langage. C'est peut-être au fond ça la littérature, celle qui vous introduit sans ambages dans les méandres du récit, sans flagornerie de son auteur allant trifouiller dans la syntaxe de la langue plutôt que dans celle des personnages. Car les héros ici sont véritablement les personnages. En vrai, des antihéros cassés et damnés. Les naufragés de la terre, nommée, Algérie...