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8E FICA 2017

Vivre comme les vagues...

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Vivre comme les vagues...

A l'heure où nous mettions sous presse, la huitième édition du Festival international dédié au film engagé devait prendre fin hier soir avec un palmarès dans lequel aurait pu se trouver on l'espère, «Vivre avec son oeil»...

En effet, parmi les films à qui nous donnons crédit haut la main en sa qualité hautement esthétique en documentaire cinéma est bien le film Vivre avec son oeil de la réalisatrice Naïs Van Laer. En aparté, elle nous confiait après nos félicitations pour la beauté de son doc: «Je me devais d'être à la hauteur de ce grand photographe.» Et pour cause! Formée à l'école des beaux-arts, la réalisatrice possède un regard tout aussi affûté. Aussi, son film portant sur le parcours iconoclaste et intimiste du photographe pacifiste de guerre Marc Garanger est une belle oeuvre qui se regarde, mais s'écoute aussi, tant par ses plans que par ses chuchotements ou silence dilués. Car le cinéma prend le temps de la remémoration comme l'on rembobinerait les fils de sa jeunesse. Ici, en l'occurrence, des souvenirs mi-figues, mi-raisins, partagés entre vie professionnelle en grande partie, mais aussi des petites évocations d'ordre plutôt personnel. Et de voir d'un coup Marc Garanger pleurer. Moment solennel que la caméra réussit à capter au milieu de ce spleen envahissant, peut-être celui d'un passé trop lourd à porter quand il parle de la femme qu'il a aimée...Synopsis «À 80 ans, le photographe Marc Garanger revient sur sa carrière et nous raconte ce qui est au fondement de son regard: la naissance de sa révolte durant la guerre d'Algérie, ses reportages au goulag du Grand Nord soviétique, son admiration pour la résistance des peuples autochtones de Sibérie... Et quel que soit le pays, tout au long de sa vie, l'inlassable lutte pour la décolonisation de la pensée qui passe d'abord par une décolonisation du regard. La photographie comme affirmation de notre humanité partagée. Vivre avec son oeil fait entendre la parole de ce photographe ultrasensible dans un film qui s'immerge dans le bruissement de la nature au petit jour.» Et la réalisatrice d'affirmer lors du débat qui a suivi la projection: «La force qu'il y a dans ces photos selon mon point de vue est que je vois deux personnes qui sont prises au piége dans une même guerre et qui s'en sortent toutes les deux par le regard. Marc parle à travers son objectif en cadrant en majesté, à la ceinture avec des références photographiques très précises, ces femmes qui ramènent à l'histoire de la colonisation américaine sur le peuple amérindien d'Amérique du Nord et il témoigne de la violence de la situation grâce à ses photos. Il savait qu'il témoignait de ça car c'était clair depuis le début qu'il partirait avec ses négatifs au service de l'indépendance de l'Algérie. Et les femmes effectivement qui étaient forcées à enlever le chèche et leur voile, elles s'en sortaient aussi par le regard puisqu' elles fusillent du regard le photographe qui les oblige à être capturées photographiquement. Quand j'ai fait ce film j'étais très consciente de ça et je voulais vraiment que ça existe, la question du viol symbolique. Pourtant, je pense que c'était une situation violente des deux côtés et que chacun s'en est sorti par son regard et en cela c'est un témoignage très important sur cette situation.» et de renchérir: «Ce qui m'a amené à faire le portait de Marc Garanger parce qu'on partage un peu ça et l'amour que je porte à l'image. J'aime beaucoup faire confiance à l'image, ça raconte quelque chose sans forcément avoir une légende ou de voix off. C'est peut-être pour cela que j'ai laissé une grande place au silence. J'ai voulu aussi structurer le film comme ça autour d'une prise de conscience politique anticolonialiste quand Marc avait une vingtaine d'années en Algérie et une forme de prise de conscience plus philosophique quand Marc avait 40-50 ans auprès des peuples nomades de Sibérie. C'était aussi proposer une réflexion plus globale sur qu'est-ce que la colonisation? En Algérie ça a pris le nom d'une guerre qui est devenue une guerre de libération. Pour info, le peuple nomade de Sibérie subit toujours une forme de colonisation culturelle, une colonisation des imaginaires qui est très importante.» A propos des images des essais nucléaires incrustées dans le film, la réalisatrice souligne encore: «J'avais envie que ça existe dans le film parce que les essais nucléaires font partie des crimes atroces commis par l'armée française. Ils sont d'une violence incroyable. Il m'a semblé que ça faisait ça en parlant de l'histoire coloniale.»Autre documentaire assez intéressant projeté la semaine dernière est Jean Genet, un captif amoureux de Michèle Colléry. Un documentaire qui revient sur l'engagement du poète révolté, Genet au côté des Palestiniens et des Blacks Panthers. Un long métrage fiction cette fois-ci a ému jeudi l'assistance de la salle El Mouggar. Il s'agit du film russe Battalion Dmitri Meskhiev qui a ses chances d'obtenir un prix. Il raconte l'histoire du premier bataillon où une seule femme russe a combattu dans la Première Guerre mondiale. Maria Bochkareva alias Maria Aronova est tout simplement époustouflante! Enfin, un film, cette fois français, a clôturé jeudi soir la sélection des longs métrages fictions. Il s'agit de Réparer les vivants de Katell Quillévéré d'après l'oeuvre originale de Maylis de Kerangal. Un film qui pose une réflexion pertinente sur la nécessité du don d'organe pour donner la chance à autrui de vivre. Un film émouvant qui traite d'amour, mais aussi d'engagement envers l'être humain, même quand il s'agit de se faire violence. Sur une mise en scène fine et intimiste, le récit donne à voir un microcosme humain avec chacun ses particularités, ses origines et ses failles, mais unis tous pour donner le meilleur de soi. Un film sur la générosité et l'empathie et ce, quelle que soit notre couleur de peau ou de croyance. Un film qui dit, décrit par petites touches, sans grand discours la nécessité d'aimer son prochain, en le mettant face à ses responsabilités. La nature est ainsi faite comme les vagues qui se brisent et puis se glissent sous la houle au risque de s'étouffer, mais se releve toujours de ses blessures...

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