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MARC GARANGER, PHOTOGRAPHE FRANÇAIS, À L'EXPRESSION

"Cas de conscience moi? Jamais!"

Par
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Il est venu accompagner le documentaire Vivre avec son oeil de Naïs Van Laer. Film attachant qui replonge dans le passé photographique de Marc Garanger, mais pas que. Film très touchant projeté dans le cadre de la huitième édition du Festival du film engagé. En marge de la projection, l'artiste de 83 ans répond à nos questions à bâtons rompus.

L'Expression: Ça fait quoi de revenir en Algérie?
Marc Garanger:
Je suis revenu plusieurs fois, oui. Je suis revenu pour la première fois en 1984. C'est une demande du journal Le Monde pour retourner en Algérie afin de revoir les gens que j'avais photographiés en 1960. J'ai revu certaines femmes et d'autres personnes.
C'était une grande émotion. C'était des femmes souvent très vieilles. c'était un grand plaisir et puis j'ai revu un fellaga que j'avais photographié le visage complètement tuméfié, qui avait reçu visiblement des coups de crosse, que j'ai revu 50 ans après. Ça a été une émotion folle.

Ces gens-là qui vous ont revu, c'était avec quel oeil?
On s'est embrassé. C'était incroyable!

Dans le film vous dites que certains vous voyaient comme le violeur...
Ça, ce sont les gens de l'extérieur qui tournaient autour de cette histoire qui pensent comme ça. Ce sont les intellectuels qui voient ça avec cet oeil justement. Je ne me suis jamais mis dans la position d'être un violeur. Jamais je n'aurai eu un cas de conscience ou de culpabilité. Cas de conscience jamais! j'ai fait mes images, elles sont là. Elles parlent par elles-mêmes. Je n'ai pas à faire un discours ou prendre à témoin le monde entier pour raconter n'importe quoi. Les images sont là. Elles parlent à ma place. J'étais bègue, donc je pouvais difficilement m'exprimer avec les mots. Je me suis donc exprimé par le regard.

Vous continuez à montrer ces photos lors de vos expos?
Oui. Je vois ce que vous voulez dire. Certains expriment ces mots terribles: il vend ces photos, le salaud! Vous ne l'avez pas dit, mais beaucoup le pensent. Nom d'un chien! Je suis un professionnel. Je vis de mon métier. Cette histoire fait partie de ma vie. Je ne vais pas m'interdire de faire paraître ces photographies sous prétexte que je ne dois pas les vendre.
Qu'est-ce que c'est cette torture inimaginable de votre esprit?

Je n'ai pas dit ça M. Garanger. Je voulais savoir seulement si vous continuez à les exposer.
Mais les gens me demandent d'exposer mes photos. Vous pensez que je vais refuser alors? Exposer fait partie de mon travail, de ma vie. Ces photos se sont faites instinctivement. Il n'y a eu aucune violence de m a part. Mais c'est la situation qui était violente. C'est cette guerre qui était violente que j'ai vécue. Les négatifs n'avaient de valeur que pour moi dans le travail et le message que je voulais communiquer.
J'ai photographié quand même Ouali Mohamed tué d'une balle en plein coeur, assassiné par l'armée française, le corps renversé en arrière. Et l'image suffit elle-même. Elle raconte les crimes de l'armée française. Je n'ai pas besoin de prendre un drapeau et de l'agiter. J'ai fait mon travail.

Comment êtes-vous arrivé à être photographe?
Ça remonte à mon enfance. J'étais bègue, au lieu de m'exprimer avec les mots je me suis exprimé avec les images. Point. C'est aussi simple que ça. Je n'ai pas besoin de références photographiques. Encore une fois je me suis retrouvé face à ce travail, en train de faire ces photos d'identité, j'ai immédiatement pensé aux photos du photographe américain Edward Curits. J'avais vu son livre qui avait paru quelques mois avant que je parte pour le service militaire. Je me suis dit que c'était une histoire similaire qui recommençait c'est tout.

Votre président, M. Macron est en Algérie. Vous en pensez quoi?
(Rire) Grand bien lui fasse mais ça m'est égal. Ce n'est pas mon problème.

Vous parlez dans l'oeil, dans le film, cela m'a fait penser à cette phrase: «Je suis responsable de ce que je fais, mais pas de ton interprétation.» A juste titre vous évoquez l'interprétation de chacun selon ce qu'il a dans sa tête...
Exactement, bien sûr, parce que moi je faisais des photos et le commandant et les militaires de haut rang pensaient que je photographiais à la gloire de la France et de l'armée française. Je n'ai pas arrêté de dire exactement le contraire. Encore une fois, chacun voit dans les images ce qu'il a dans la tête.

Que devient Marc Garanger aujourd'hui?
Je deviens aveugle... Quand on est aveugle on ne fait plus de photos. Je ne fais plus de photos, c'est terminé. La vie est faite de saisons. J'ai eu ma saison et j'ai fait des millions d'images. Je ne peux pas continuer à forcer le sort, à faire des images avec un oeil qui ne veut plus regarder. J'ai mon oeil qui fout le camp. Effectivement, j'ai fait des films, mais je suis moins cinéaste que photographe.

Vous a-t-on déjà proposé d'exposer ici en Algérie?
Oui bien entendu. Je suis venu avec mes photos sous le bras. La première expo que j'ai faite, c'était dans une galerie à Didouche-Mourad. J'ai pris l'avion avec une caisse et mes photos dedans. Cela n'a eu aucun impact à l'époque.

Quand on regarde le portrait fait sur vous on sent une certaine tragédie romantique digne des grands artistes..
C'est la vie de tout être humain, de tout artiste. J'ai un ami russe qui dit la chose suivante: «Nous avons un destin tragique.» Nous avons tous un destin tragique. Vous, moi.. Nous allons tous mourir...

Et du coup vous arrêtez le temps grâce à la photo..
Ça, c'est mon fils qui le dit: «Pan je l'ai tué!». Mais c'est un fait, que je le pense ou non.

Vous pensez quoi de l'hégémonie aussi du numérique sur l'analogique?
Je m'en fous de cela éperdument. C'est un faux problème. Le numérique n'est autre qu'une autre façon de faire une image. Point. Le reste peu importe. Que cela soit des produits chimiques ou électroniques cela n'a aucune importance. La seule chose qui compte c'est le résultat.

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