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LOUNÈS GHEZALI, ÉCRIVAIN, À L'EXPRESSION

Le "je" n'est pas le "je"

Par
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L'Expression: Le «je» n'est pas le «je» du texte qui suit. Mais, il apparaît à la lecture que le deuxième dicte au premier ce qu'il va dire dans la suite du texte. N'est-ce pas?
Lounès Ghezali:
Le «je» c'est l'Autre. Un peu comme l'enfer, d'ailleurs. Les deux sont haïssables et pavés de bonnes intentions; mais là, heureusement s'arrête la comparaison (rire). Dans le prologue, il y a une densité poétique, donc plutôt du subjectif. Il n'y a pas d'événement qui est raconté. Il y a de l'émotion, beaucoup d'émotion. Le «je», ici, prend une autre tournure parce que le texte est enveloppé de métaphores. Et même plus, ici le maître de céans, si j'ose dire, n'est pas le «je» du narrateur lui-même, mais son père. Par contre le «je» du chapitre 2 raconte un événement ou des événements. Il prend toute sa dimension de narrateur dans ce cas. La linéarité du récit fait qu'il n'est pas auréolé d'oripeaux. Il est nu et apparaît donc plus nettement que le premier.

A travers le récit, la forêt prend deux aspects contradictoires ou plutôt paradoxaux. D'une part, elle apparaît comme une scène où les esprits des morts côtoient le monde sauvage des animaux. Elle fait peur. D'autre part, elle apparaît comme un lieu sûr et protecteur pour toutes les personnes persécutées par le colonialisme en particulier et l'humain en général...
La forêt ou la montagne apparaissent pour le personnage principal avec deux facettes contradictoires: la première c'est celle du traumatisme de son enfance. La peur, pour lui, vient de la montagne. Mais paradoxalement le salut aussi. Il y a deux pensées distinctes: celle, infantile qui lui rappelle la peur des animaux sauvages, plus particulièrement des chacals et celle plutôt de l'adulte qui le protège et l'enveloppe de son manteau protecteur. Son étouffement et son exaspération de la vie au village l'ont poussé à se jeter corps et âme dans la montagne. Ce dehors pourtant qui lui rappelait des choses était vu dans ses moments d'hésitation au départ comme un abîme profond dont il ne connaissait que le côté «effarement» de son traumatisme d'enfance. Plus tard, l'inertie du désespoir, l'exaspération, le tassement de la révolte lui ont permis de voir son seul salut avec l'aide de Mouloud Bacemi

Le contexte de ce roman n'est pas celui du premier. Mais bien que le siècle n'est pas le même, il semblerait que l'Histoire s'impose à toi comme un univers incontournable. Est-ce que c'est volontaire?
Le Rocher de l'hécatombe est un récit donc, même s'il est romancé, il y a une histoire vraie racontée en utilisant des fragments de littérature orale. L'appel de la montagne c'est différend. Là c'est une pure fiction. Une fiction bien sûr reliée à la réalité par des faisceaux solides. La réalité de la période 1945-1954 avec tous ses bouleversements. La densité politique de cette période-là a fait que des destins individuels prennent des tournures pour le moins insoupçonnées. Les acteurs qui ont façonné cette période sont, je le pense, représentés ici: le caïd, l'amine, le PPA, le commissaire, les gendarmes etc. Fascination pour l'histoire? Peut-être! en tout cas pour les contes oui. En plus c'est une période qui n'est pas très loin de nous. C'est celle de nos parents ou nos grands-parents. D'autant plus qu'elle est fascinante et ne nécessite pas des recherches approfondies pour la connaître. Elle est en chacun de nous. Qui n'a pas été bercé par les histoires de la guerre de libération ou même par celles d'avant? Nous avions vécu la période de l'accalmie (les années 70 et 80) ou nous avions été gavés de récits sur la Seconde Guerre mondiale ou la Première Guerre ou encore la guerre de libération. Nous ne pouvions ne pas écouter les récits de cette période-là. Ils sont bouleversants car ils sont comme des romans plein d'émotions, d'héroïsme, d'humanisme, de bravoure...Il y a aussi peut-être le côté universalité de la chose. Nos parents, nos grands-parents ont participé à libérer l'humanité d'un mal(cela est valable aussi pour la guerre de libération car il s'agit d'un mal universel qui est le colonialisme).

Ali Hendi, un personnage clé dans votre roman. Pour qui, semble-t-il dans le roman, aller en guerre contre l'ennemi extérieur, le colonialisme, était le résultat d'une fuite des siens qui voulaient le traîner dans la boue. Un autre contraste que vous poussez à coups de «mots» à se dévoiler. C'était volontaire?
Oui, Ali Hendi, je l'ai voulu comme personnage vivant comme tout le monde. C'est-à-dire il n'était pas impliqué dans le mouvement nationaliste au départ. Mais la vie que menait le commun des mortels à cette époque-là était insupportable aussi. Elle était étouffante. Et la suite des événements allait venir à lui plutôt que lui vers eux. Les courants étaient tellement forts qu'il suffisait de tourner la tête vers une direction pour se voir emporter par les vents.

Avez-vous d'autres projets d'écriture sur la table?
Ecrire, c'est d'abord partager puisque ce terme est aujourd'hui en vogue. Mais aussi se ramasser soi-même, si j'ose dire. Ça donne une certaine sérénité après coup, en tout cas. Raconter des événements, des scènes que l'on croit à première vue ne nous concernent pas, sont, en réalité une plongée dans le tréfonds de soi-même. On n'arrête jamais de vivre ses émotions, ce n'est pas possible, à moins de changer de registre. En ce qui me concerne, actuellement, je suis en train d'ébaucher quelque chose qui serait sur un ton poétique un peu à la manière du prologue de L'appel de la montagne. Pour le moment, c'est tout ce que je peux dire. Je ne sais pas ce que ça donnera plus tard.

Pour finir, nous vous laissons le soin de dire ce qui vous touche dans l'actualité littéraire nationale et internationale...
Nous sommes comme un serpent qui se mord la queue. Nous sommes en train de perdre ce formidable potentiel de valeur, d'intelligence, d'héroïsme, d'optimisme, de vision de l'avenir qui était celui de la guerre de libération. Nous sommes encore à se morfondre sur une arabisation idéologique, sur une islamisation politique de la société. L'école algérienne produit des cadres, des étudiants, en plus de leur incompétence dans leurs domaines respectifs, ils sont insensibles aux oeuvres d'art, aux livres. Elle a produit une génération qui n'a pas de besoins de l'esprit. Les autres pays proches de nouveau s'éloignent, eux, des archaïsmes. Regardez le Maroc, la Tunisie, ils n'ont pas cet entêtement à l'abrutissement comme nous. Les pays du Golfe aussi; ils sont en train de moderniser leurs pays. Je ne parle pas des infrastructures. Je veux dire qu'ils achètent des universités européennes; ils ont acheté tout récemment le musée du Louvre. Ils n'ont pas de problème de langue eux. Ils veulent greffer le siècle des Lumières chez eux alors que nous avions les meilleures prédispositions dans les années 60 et 70.

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