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QUAND LA GUERRE DEVIENT UNE OPÉRATION DE PAIX

Ou le mensonge d'Etat selon Michel Cornaton

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Ou le mensonge d'Etat selon Michel Cornaton

Il évoque également les prisonniers abattus en campagne d'une balle dans le dos «parce qu'il fallait faire du chiffre», relatant des scènes traumatisantes d'horreur quotidienne dans les djebels et les mechtas de la Kabylie.

Dans son dernier ouvrage «La Guerre d'Algérie n'a pas eu lieu. Du déni à l'oubli, chronique d'une tragédie», Michel Cornaton dénonce, avec des événements vécus en tant qu'appelé du contingent durant la guerre de libération, le «mensonge d'Etat» dans une «guerre sans nom». L'auteur du volumineux ouvrage de 447 pages, paru en janvier chez L'Harmattan, ironise la vision qu'imposait l'Etat français sur une guerre déclenchée par les Algériens le 1er novembre 1954. «L'Algérie était la France, celle-ci ne pouvait donc entrer en guerre contre elle-même. Reconnaître l'état de guerre signifiait la reconnaissance d'ennemis que les Français d'Algérie considéraient toujours comme une autre espèce, les indigènes, pour ne pas les nommer des sous-hommes, ainsi qu'ils étaient pourtant traités», décrit Michel Cornaton, qui veut libérer la parole, l'aveugle «logique» de l'Etat colonial.
A cette idée, l'auteur, qui était soldat maître-chien en Kabylie, appose des faits d'une guerre atroce livrée quotidiennement contre une population dont des femmes, des enfants et des vieillards. Pour lui, «dès lors que le pouvoir, civil et militaire, interdisait de nommer la guerre, la chape de plomb du déni général recouvrit l'ensemble du pays», soutenant que le «mensonge d'Etat» instaure une scène publique sur laquelle «la guerre n'existe pas, ni non plus la torture, les massacres, les camps». «La guerre devient même une opération de paix», ironise l'auteur du livre «Les camps de regroupement de la guerre d'Algérie (1967, Editions ouvrières, et 1998 L'Harmattan)», «qui croyait vivre en Algérie» un film de guerre. Même si le titre de l'ouvrage est un peu trompeur dans le sens où il s'agit en vérité d'une chronique sur sa vie et où la guerre de libération n'occupe que la moitié, mais il fait état des tueries, des disparitions forcées, des liquidations très sommaires et la torture dans la région de Tizi Ouzou, dont il était témoin en tant que soldat maître-chien. «En l'absence d'une guerre, plus de prisonniers de guerre, mais des rebelles pris les armes à la main», sans droit aucun, les tortures ne sont que des interrogatoires poussés et l'extermination des civils que des ratissages et nettoyages de terrain», décrivant la confusion qu'entretenait le pouvoir civil et militaire, faisant observer qu'au même moment l'Algérie se transformait «en un vaste camp de concentration».
Il estime que cette «dénaturation» du langage s'est révélée «si efficace» qu'à leur retour au pays, «la plupart des deux millions de jeunes hommes enrôlés n'ont rien pu dire sur l'enfer vécu en Algérie». Celui qui atteste qu'il n'a jamais tiré sur un adversaire, évoque également les prisonniers abattus en campagne d'une balle dans le dos «parce qu'il fallait faire du chiffre», relatant des scènes traumatisantes d'horreur quotidienne dans les djebels et les mechtas de la Kabylie. Il cite 1500 condamnations à mort, «en ne comptabilisant que ceux qui eurent droit à un procès, sans que figurent non plus dans les statistiques tous ceux qui furent pendus, étranglés, jetés d'avion ou d'hélicoptère, et nombre de ceux qui furent exécutés à l'occasion des corvées de bois», rappelant qu'il y a eu 222 hommes guillotinés entre 1956 et 1962. «Sur ces 222, les quarante-cinq premiers le furent sous la responsabilité de François Mitterrand qui, du temps où il fut garde des Sceaux, refusa systématiquement le recours en grâce», ajoute l'auteur.

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