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«SCHISTE ET MICA» DE MOHAMED BADAOUI

La poésie comme arme de survie

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La poésie comme arme de survie

Tel un hymne à l'amour, un appel à la paix ou à une résistance à la bêtise humaine, «Schiste et Mica» de l'écrivain Mohamed Badaoui, paru aux éditions Hélium, interpelle les âmes pures, vides de haine et de rancoeur, en les emportant dans une symphonie de mots vers un monde hélas vrai. L'auteur installe le lecteur, dès l'ouverture du livre, dans une atmosphère inconfortable, oppressante, puis lui aménage des plages de joie et parfois d'humour dans un «parfait» désordre. Un désordre gênant au début, mais qui est vite apprivoisé pour devenir le reflet, en toute fidélité, de la réalité de l'homme actuel, cette créature parfois monstrueuse, parfois angélique, perdue entre la raison, l'absurdité et les tentations. Les mots défilent et les idées pullulent dans un rythme qui suit la cadence d'un coeur qui reste solide face à la trahison, au mensonge, au faux, d'un coeur qui vomit l'hypocrisie, la traîtrise et la laideur. Des mots, dont l'affolement rappelle celui des fourmis, se suivent, se poursuivent, se bousculent, se chamaillent, se griffent, se réconcilient, avancent, reculent, vibrent, courent dans tous les sens, décidés à ne pas s'arrêter ou marquer une halte pour ne jamais s'effacer, preuve d'une lutte sans relâche contre un silence qui aura trop duré. «Schiste et Mica» ne laisse pas indifférent. Il provient des abysses de l'être et tente de s'arracher du sol pour fuir, suivant un cercle vertueux, les conventions et la banalité. Les textes, accompagnés de toiles du plasticien Mehdi Bardi Djelil, dérangent parfois, apaisent souvent... Les images qui accompagnent le verbe, à première vue, semblent effrayantes, parfois répugnantes même: des visages fragmentés, des corps en formes mi humaine mi-animale visiblement en lutte contre un mal. Un mal intérieur ou extérieur, peu importe, car la douleur et la souffrance en sont les «évidentes» conséquences. En parcourant les pages et en plongeant de plus en plus dans le sens profond des textes, l'impression ressentie au début change. Les personnages imaginaires peints en acrylique sur toile ou à l'encre et gesso noir sur papier, dégagent plutôt une bonté naïve, voire grotesque, une gentillesse abusée, une colère étouffée qui cède la place à une mélancolie. Le livre, dans son ensemble, évoque une vie que tout être humain digne, intègre, honnête, sensible, fragile et sincère, a dû affronter, voire subir. Toute personne qui se sent enfermée même dehors, seule au milieu d'une foule, ou exilée sur sa propre terre, verra des reflets de son existence dans ces textes qui exhalent une forte sincérité. Mohamed Badaoui présente son nouveau livre comme «un magma où fusionnent bruyamment pensées et sensations antithétiques. C'est une lave rougeoyante d'où montent indistinctement des cris de colère, de détresse, de dégoût, de fierté, de joie, d'extase et de jubilation (...)», le lecteur lui donnera sûrement raison.

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