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RACHID TAHA N'EST PLUS

Adieu camarade!

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Un immense artiste s'en vaUn immense artiste s'en va

«On est l´Autre, et rien sans l´Autre et si on peut évoluer, avancer, il faut respecter l´Autre. Plus le respect entre les hommes existe, plus on fera de belles choses», nous confiait en 2006 celui qui vient de nous quitter...

La triste nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Rachid Taha n'est plus. Il est décédé suite à une crise cardiaque dans la nuit de mardi à mercredi à «son domicile parisien.. Il est né le 18 septembre 1958 à Oran, soit six jours avant son 60ème anniversaire. ´´Son fils Lyes, sa famille, ses proches, tous ses amis et son label Naïve, ont le regret et l'immense tristesse d'annoncer le décès de l'artiste Rachid Taha, survenu cette nuit suite à un arrêt cardiaque à son domicile des Lilas», indique le communiqué transmis à l'AFP
Rachid Taha venait de terminer un nouvel album qui devait sortir début 2019 sur le label Believe. Le chanteur baroudeur de la France Black-blanc-beur pendant les années 80 est parti à l'age de 59 ans nous léguant un héritage musical inestimable. Provocateur et franc-tireur, Rachid Taha a été le leader du groupe Carte de séjour, avec lequel il avait repris la chanson «Douce France» de Charles Trénet. Il avait entamé une carrière solo après la séparation du groupe et sorti plusieurs albums. Figure emblématique du rock alternatif l'artiste avait réussi le pari haut la main de mélanger «les musiques populaires d'Occident, du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord des années 90», mais aussi jusqu'à aujourd'hui. En effet, Rachid Taha savait comment mélanger sa culture algérienne marquée de son raï root et autres influences au rock anglo-saxon, avec un soupçon d'originalité inégalée. L'artiste qui militait contre le racisme savait donner ce message de paix et du vivre ensemble y compris dans sa musique qui appelait à la réflexion et à la mise en garde.
L'artiste était né près d'Oran où il a grandi avant d'arriver en Alsace à l'âge de 10 ans puis d'être élevé dans les Vosges. C'est à Lyon, alors qu'il était jeune ouvrier, qu'il forma avec Mohammed et Moktar Amini le groupe Carte de séjour. Son nom était étroitement lié à la Marche des Beurs de 1983. Punk dans sa démarche, il s'essayera à différents styles de musiques notamment le funk sur l'album Barbès, enregistré aux Etats-Unis, mais aussi à la techno, suite à sa collaboration avec son ami de longue date, le producteur anglais Steve Hillage, qui se soldera par le tube dance Voilà voilà. Un titre hautement politique sorti en 1993. Mais c'est sa reprise Ya Rayah de Dahmane El Harrachi, qu'il enregistra en 1997 pour l'album Carte blanche, qui explosera les charts! Un morceau connu et reconnu depuis dans le monde entier et sur lequel on ne finit pas encore de danser allégrement avec joie et par toutes les nationalités. Un morceau qui est devenu le chant de ralliement de la jeunesse de Beyrouth.
Un succès planétaire qui précédera la tempête 1, 2, 3, Soleils, un concert spectaculaire qui marquera l'année 1998 en remplissant la salle Bercy en compagnie de Khaled et Faudel. Des années fastes pour le raï qui fut à cette époque déjà propulsé au sommet. Après la séparation de son groupe, Rachid Taha avait enchaîné plusieurs albums formidables où il entremêlait musique électronique et orientale et puis des morceaux que l'on retiendra jusqu'à nos jours tels Rock the Casbah, Ecoute-moi camarade, T'es qui toi? Flanquée d'une réputation de mauvais garçon, Rachid Taha pour autant était considéré comme un génie de la musique. Sa façon de chanter ou de se tenir sur scène était unique. L'artiste déglingué avait le Gainsbarre dans le sang. Il n'y avait pas deux comme lui. Notre dernière rencontre remonte à 2013 quand il est venu accompagner l'avant-première algérienne du film Chaba Louisa avec Rachida Brakni. L'after avait eu lieu dans un des cabarets des plus huppés de la capitale et Rachid Taha n'a pu s'empêcher de prendre le micro et de chanter dans l'espace roots réservé à cet endroit. Ce fut tout simplement magique! Dans une interview accordée à L'Expression et qui date de 2006, Rachid Taha nous confiait déjà que ses «textes parlent de choses que je vis, que je vois quotidiennement. J´essaye parfois de me mettre en garde moi d´abord, puis les autres. il faut batailler. Ce n´est pas facile, parce qu´on n´a pas toujours la facilité de parler de pareils sujets.(le passé colonial, le racisme, l'intégrisme, Ndlr). J´ai la chance d´en parler lors de mes conférences et les interviews, mais je crois que ce n´est pas suffisant.» A propos de son style de musique hybride, Rachid Taha lui-même ne savait pas comment le définir ou le placer: «C´est difficile de répondre. J´ai toujours l´impression d´apprendre. Je n´ai pas l´impression d´avoir tout exploité, de tout exprimer. C´est un travail qui a été, certes, parfois pénible, mais en même temps assez intéressant. Je considère la musique parfois comme une arme. Non violente.» A notre question: «T´es qui toi alors?», il répondra par une pirouette philosophique mais ô combien d'actualité: «On est l'Autre, et rien sans l´Autre et si on peut évoluer, avancer, il faut respecter l´Autre. Plus le respect entre les hommes existe, plus on fera de belles choses.» A l'époque de cette interview, Cheikha Rimiti venait de nous quitter, bien entendu, on ne pouvait pas passer à côté, en lui posant la question, à savoir ce que cette artiste évoquait pour lui. Et Rachid Taha répondant spontanément nous dira: «Je ne sais jamais quoi dire quand il y a quelqu´un qui disparaît. J´ai rendu hommage à Cheikha Rimiti, il y a très longtemps avec Carte de séjour. Même quand je faisais des émissions de radio, on me demandait sur mes influences musicales, je parlais de Rimiti, du raï, de la femme, etc. Je lui rends hommage à travers mon travail, mon écriture, ou la façon de chanter des meddahate. Je rends souvent hommage aux femmes et, partant, de Cheikha Rimiti qui, d´ailleurs, tournait beaucoup dans le monde. Elle était connue dans le monde, tournait aux USA, en Angleterre...Peut-être pas reconnue, ici (en Algérie, ndlr). Nul n´est prophète dans son pays...»Aujourd'hui c'est votre tour de nous quitter Rachid Taha non sans avoir su planter dans notre tête plein d'émouvants souvenirs avec vos chansons... Nous pouvons témoigner de tout l'apport que vous avez offert à l'Algérie, pays de vos racines et qui hélas! ne vous l'a certainement pas rendu, bien ou pas assez reconnu. Effectivement, nul n'est prophète dans son pays. Adieu Rachid Taha! On ne vous oubliera pas...

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